Archive for the ‘discussions piquantes’ Category

La Révolution Française, c’est (peut-être) maintenant.

Saturday, April 23rd, 2016

Les événements ou personnages de l’histoire qui suit paraîtront familiers à certains. Ce n’est pas une coïncidence.

En 1788, l’État du royaume de France était ruiné.
En 1788, le principal ministre du roi était un financier genevois.
En 1788, les paysans souffraient de la disette, des prix pratiqués par les spéculateurs et du droit féodal
En 1788, les « ouvriers parisiens » et des autres centres urbains souffraient de la disette, des prix pratiqués par les spéculateurs et de la faiblesse des investissements.
En 1788, une bonne partie de la bourgeoisie française vivait du commerce des colonies, et donc des esclaves.
En 1788, des petits-bourgeois lisaient Rousseau.

En 1789, la révolution n’était pas à l’ordre du jour.
En 1789, les bourgeois parvinrent à s’imposer au roi dans le rôle de réformateurs.
En 1789, il n’était pas question pour les « ouvriers parisiens » et de quelques autres centres urbains de se soucier des intérêts de classe de la bourgeoisie, laquelle aspirait à quelques changements en sa faveur.
En 1789, les « ouvriers parisiens » prirent la Bastille. Sans les paysans, qui honoraient le roi, ni les bourgeois, qui peinaient à conserver leur place de réformateurs.
En 1789, des paysans brûlaient des châteaux. Ce n’était pas la première fois, mais l’ampleur en était telle que le 4 août les « Saigneurs » de la terre firent semblant de mettre fin à un régime inique vieux de plusieurs centaines d’années.
En 1789, ce sont les femmes qui ramenèrent le roi à Paris pour le mettre sous la surveillance du peuple. C’était les journées des 5 et 6 octobre.
En 1789, quelques bourgeois écrivirent la « Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen ». Dans les mois qui suivirent, ils spécifièrent que n’était pas citoyen toute personne qui voulait. Encore fallait-il le mériter. Par la bourse.
En 1789, des petits-bourgeois populomanes1 tentèrent de remettre en question la situation des esclaves dans les colonies. On leur répondit, depuis les bancs de la bourgeoisie, que l’économie en dépendait et qu’il fallait rester raisonnable.

En 1790, on se dit dans les salons bourgeois que la révolution, qui n’était pas à l’ordre du jour, était allée suffisamment loin.

En 1791, ouvriers et paysans continuèrent de s’agiter d’insatisfaction, ne se concertant pas, parlant peu. Quant aux esclaves, beaucoup ne savaient même pas ce que ce mot recoupait qui puisse être pire que leur propre condition.
En 1791, la garde bourgeoise fit feu sur les « ouvriers parisiens ».
En 1791, la garde bourgeoise mata des révoltes paysannes dans le sang.
En 1791, les premières révoltes d’esclaves ayant entendu parler de la Déclaration furent maitrisées.
En 1791, pourtant, le roi trahit les bourgeois…

En 1792, les bourgeois au pouvoir déclarèrent la guerre à l’étranger pour calmer les ardeurs des « ouvriers parisiens » et des paysans éparpillés dans tout le royaume.
En 1792, les « ouvriers parisiens », aidés par les fédérés de Brest et de Marseille, s’assemblaient démocratiquement et décidaient de, décidément, agiter l’Assemblée bourgeoise. Ce fut l’insurrection de la Commune, des sections. Ce fut le 10 août.
En 1792, des petits-bourgeois populomanes réclamèrent la citoyenneté pour tous. Quel scandale ! Mais les bourgeois s’y plièrent à certaines conditions : ils avaient entendu parler des moyens qui existaient pour manipuler les élections. En dépit des appels de certains petits-bourgeois (c’est peu connu), les femmes perdirent le peu de droits qu’elle avaient eu par le passé.
En 1792, les bourgeois furent forcés par la rue parisienne de déclarer la déchéance du roi et l’avènement de la République.
En 1792, les bourgeois, sous la pression, toujours, mais cette fois des flambées paysannes, appliquèrent une série de mesure pour réduire les droits des seigneurs (eh oui, le 4 août avait été une farce).
En 1792, une nouvelle Constituante fut élue majoritairement par les paysans, lesquels avaient bien d’autres soucis en tête -c’était la moisson, leurs gamins étaient à la guerre- et y envoyèrent les bourgeois locaux qui n’avaient rien à faire de leurs journées.

En 1793, les bourgeois sacrifièrent le roi, qu’ils ne pouvaient plus défendre aux yeux des « ouvriers parisiens », désormais « sans-culottes » et trop souvent trahis. Les paysans, désinformés, ne comprirent pas. On ne leur rendait toujours pas leurs terres.
En 1793, les bourgeois assemblés à Paris furent si effrayés par les « ouvriers parisiens » et leurs amis, qu’ils laissèrent les quelques petits-bourgeois populomanes parmi eux écrire une nouvelle Déclaration et une nouvelle Constitution. Ces textes furent les plus révolutionnaires établis par une Constituante jamais promulgués en France.
En 1793, les petits-bourgeois populomanes voulurent abolir l’esclavage dans les colonies. Les bourgeois des colonies tinrent bon, durent faire face à des révoltes. Mais c’était loin, les colonies. Les « ouvriers parisiens » et les paysans avaient d’autres soucis : la guerre, les spéculateurs, les moissons, le manque de travail.
En 1793, un petit-bourgeois populomane nommé Marat fut assassiné par une gamine manipulée par des bourgeois partis agiter le bocage normand contre la révolution.
En 1793, les petits-bourgeois populomanes abolirent les droits seigneuriaux qui persistaient.
En 1793, les bourgeois parvinrent à rejeter la faute de leurs torts sur les paysans. Ils furent considérablement aidés en cela par les bondieusards récalcitrants au progrès social. Plus tard, les bourgeois mirent sur le compte des populomanes les massacres de Vendée.
En 1793, il faut bien le dire, les petits-bourgeois populomanes animés de bonnes intentions étaient peu nombreux, mais en plus, certains de leurs idées, ils passaient trop de temps à se critiquer les uns les autres, voire à se battre. C’est sûr, ils n’étaient pas préparés à tout ça. C’est sûr, c’était encore de grands enfants. C’est sûr, on a des conclusions à en tirer.

En 1794, les petits-bourgeois populomanes s’attaquèrent aux spéculateurs. Ils en supprimèrent bien quelques-uns, mais il en restait tant…
En 1794, ayant bien divisé les « ouvriers parisiens », les paysans et les petits-bourgeois populomanes, les bourgeois firent massacrer ces derniers, qui commençaient à devenir sacrément prétentieux avec leurs mesures de gauche. Parmi eux, quelques noms –Robespierre, Saint-Just, Couthon– devinrent symboles de monstruosité. On ne lutte pas contre la liberté d’entreprendre impunément. C’était Thermidor.
En 1794, une fois seuls au pouvoir, les bourgeois réprimèrent les « ouvriers parisiens ». Les paysans étaient loin, et de toute façon ils avaient des guerres et des moissons devant eux.
En 1794, les bourgeois confirmèrent qu’ils ne s’attaqueraient plus à la spéculation et firent semblant de regarder ailleurs quand on leur parlait d’esclavage.

En 1795, les bourgeois mirent fin à la guerre qu’ils avaient allumée contre les paysans. Ils comptaient bien réutiliser quelques fois le stratagème.
En 1795, les bourgeois réécrivirent encore une fois la Déclaration et la Constitution. Ce fut le grand bond en arrière.

En 1799, comme les bourgeois ne parvenaient pas à gérer les guerres extérieures qu’ils avaient allumées et les miettes de démocratie qu’ils avaient conservées à leur avantage, ils désignèrent les plus cupides d’entre eux qui choisirent le plus retors d’entre eux, lequel fit la guerre aux paysans et aux ouvriers de l’Europe entière pendant seize ans. Toussaint Louverture creva seul dans une cellule. L’esclavage fut rétabli officiellement et ne fut aboli qu’en 1848.

On ne résume pas la Révolution française en quelques lignes.

Mais si, en fait, on peut le faire. On vient de le faire.

Et ensuite, on s’interroge, et on cherche à voir si on ne peut pas remplacer certains mots par d’autres, peut-être en changeant quelques faits, en allongeant les délais, en se demandant si certaines choses ne se sont pas déjà répétées à quelques reprises…

Ceci est ma tentative d’appui à la réflexion qui marine en ce moment sur les Nuit debout et autres mouvements plus ou moins actifs, plus ou moins conscients, qui, à l’échelle de la France, de la Belgique, de l’Europe peut-être, s’agitent, se demandent, hésitent à s’allier.

Alors, certes, tous n’ont pas les mêmes ambitions, les mêmes problèmes, les mêmes soucis.

Mais tant qu’ils ne chercheront pas à s’associer, ils continueront de faire rire les bourgeois

Paysans, “ouvriers parisiens”, esclaves, petits-bourgeois, français, européens, de plus loin… Il n’y a pas de centres, évidemment, mais si les choses doivent partir de Paris, si les choses doivent partir d’un milieu social plutôt que d’un autre, si le résultat pouvait en être un grand chambardement, pourvu que nul ne s’en réclame pour s’arroger de place ensuite, qu’importe, et qu’elles partent…

  1. C’est de ce terme que Robespierre était qualifié par la Gazette de Paris en 1790. Burgot traitera plus tard les Jacobins de « populaciers ». Le mot populiste est une excellente alternative à populomane aujourd’hui. []

Une “brève histoire” de la consommation actuelle

Wednesday, September 16th, 2015

C’est l’histoire du libraire qui râle sur Amazon et utilise Uber;

l’histoire du taximan, qui râle sur Uber et prend un vol Ryan-Air;

l’histoire du pilote d’avion qui râle sur Ryan-Air et possède des actions chez Mittal;

L’histoire de l’ex-ouvrier métallo qui râle sur Mittal et achète une Dacia;

l’histoire de l’ex-ouvrier Renault qui râle sur la Dacia et va chez Lidl;

l’histoire du petit producteur qui râle sur Lidl et épargne sur KeytradeBank;

l’histoire de l’employé de banque qui râle sur Keytrade Bank et offre ses cadeaux via gift.be;

L’histoire du fleuriste qui râle sur gift.be et achète ses pompes sur Zalando;

l’histoire du dernier cordonnier qui râle sur Zalando et réserve ses vacances sur Booking.com;

l’histoire du voyagiste qui râle sur Booking.com et inscrit son fils sur des cours en ligne;

l’histoire du professeur d’université qui râle sur les cours en ligne et achète son ordinateur chez Vanden Borre

l’histoire du détaillant en informatique qui râle sur Vanden Borre et achète son vélo chez Decathlon;

l’histoire du petit vendeur de vélo qui râle sur Decathlon et achète ses pilules bleues en ligne;

l’histoire du pharmacien qui râle sur les sites de ventes de médocs en ligne et ne lit que la presse gratuite;

l’histoire du journaliste qui râle sur la presse gratuite et est abonné chez Carrefour Mobile;

l’histoire de l’employé de téléphonie qui râle sur Carrefour Mobile et regarde ses films et séries sur Netflix;

l’histoire du petit exploitant de cinéma qui râle sur Netflix et achète ses dvds et livres sur Amazon…

C’est l’histoire d’une société de consommation qui est arrivée à son climax avant fermeture…

Et si vous vous demandez pour le titre entre guillemets, c’est parce qu’il y a des historiens low-cost qui s’amusent à écrire des “brèves histoires”, et que ça aussi ça m’énerve…

Tiens, je vais aller m’acheter des chocolats sur merde-en-ligne.be…

Réflexions de l’an dernier -avril 2014

Monday, April 27th, 2015

Je retrouve des notes intéressantes, sujettes à réflexions…

“Je suppose que je resterai éternellement surpris de ce que la plus grande partie des hommes en Occident trouvent normal de privilégier la liberté d’entreprise sur l’intérêt d’individus, de groupes d’individus, parfois de l’équilibre humain lui-même.”

“Mes événements ne sont pas toujours ceux des médias. De ma redécouverte des émissions de Henri Guillemin à mes lectures d’auteurs peu connus, ou pas assez, j’aurais envie de faire mention plus souvent. Des aveux d’Albert Speer ou des seconds romans de Marche, il me semblerait plus utile de parler que des journaux.
“Au moins j’y vois un peu ou beaucoup de valeurs.”

“J’ai beaucoup réfléchi cette nuit à une idée qui pourrait faire avancer l’enseignement dans le bon sens: celle de rendre les cours philosophiques non-obligatoires pour les élèves à partir de quinze ans.”
(ça date d’avril 2014, mais il faut avouer que le procès qui a relancé le débat est plus ancien, ce qui signifie que j’en avais sans doute eu vent à l’époque. N’empêche, c’est rigolo de retrouver ces notes en avril 2015)

“Un voisin entreprenant et bruyant. Qu’est-ce que je fais?”

“Je m’interroge souvent sur les raisons d’être de la publication, sur ce qu’il faudrait ou non sortir, etc. Sur le fait que le marché laissé libre ou même aménagé ne fait que du tort à l’univers littéraire. Pourquoi cela est-il surtout le cas du livre? Il y a le cinéma, la musique et le livre, en fait. Mais pourquoi m’en fais-je avant tout pour le livre?”

“Le Goff, dans “Pour un autre moyen-âge”, présente la richesse profonde du marchand: le temps et le fait que “l’autre” n’en a pas! C’est sur le fait que “l’autre” n’a pas de temps ou/[ni] d’argent au moment où il lui en faut que le marchand spécule.
“Je pense devoir écrire les Res Gestae hominorum ignobilium.”

“Lecture du Monde Diplo d’avril. Un somment p. 21. Le modèle grec à importer chez nous. Tiré du modèle chinois. Vive cette UE qui permet de lire dans un journal d’Athènes: en Crète, on recherche ‘des femmes de chambre sans salaire contre nourriture et gîte.’
“Je n’ose demander ce qu’en pense DSK.”

“A la lecture de Le Goff, je repense au temps. La décomposition en heures variables avait du bon: il faudrait adapter le travail à la longueur du jour.”

“A. Speer, dans Au coeur du IIIe Reich, confirme, s’il était besoin, que Hitler détestait les fonctionnaires et que lui-même comme son prédécesseur Todt fonctionnaient avec un système d’autonomie entrepreneuriale.”
(C’est un coup bas, mais j’en ai jusque là d’entendre associer socialisme et national-socialisme)

“Tout se rapporte à des comparaisons avec Hitler. Avant, on disait souvent que la philosophie, c’était des notes dans les marges de Platon; aujourd’hui, la politique ce sont des références constantes au nazisme.”

“Avec la campagne électorale, les agents politiques, les vitrines, volent de manière agressive sur le moindre prétexte pour faire du bruit. Du bruit, ce bruit nauséabond qui devient la seule motivation d’un mot, d’une réflexion, d’une réaction, un bruit qui démolit, détruit, parfois, souvent à tort, telles les trompes de Jéricho. L’important, c’est qu’il en reste une trace, même une mauvaise trace, dans l’esprit des électeurs le 25 [mai].”

Se retourner sur les réflexions de l’an dernier, ça peut être intéressant…

Un petit coup de Bahar, et ça repart…

Saturday, February 1st, 2014

Je me fais timidement le relais de mon ami Bahar Kimyongur, toujours en résidence surveillée en Italie…

“Cher(e)s ami(e)s,

Aujourd’hui, un article intéressant est paru en ligne dans le site du quotidien belge La Libre. Il concerne les jeunes Belges partis se battre en Syrie dans les rangs du groupe terroriste appelé l’Etat islamique d’Irak et du Levant (Daech).
Dans cet article, je suis cité mais avec un titre inexact: “chiite d’origine alévie”.
Une fois encore, je dois le préciser: je n’appartiens à aucune religion. Par ailleurs, il y autant de différence entre chiisme et alévisme qu’entre alévisme et alaouisme (appelé également noussayriyyé). Mes opinions politiques ont très peu à voir avec mes origines même s’il est vrai que grandir dans une culture hétérodoxe facilite une certaine identification avec des opinions politiques hétérodoxes. Autre rappel important: j’ai défendu la souveraineté nationale de l’Afghanistan contre l’attaque US en 2001 malgré le fait que les Talibans sunnites étaient les bourreaux des chiites hazaras. J’ai défendu la souveraineté nationale de l’Irak de Saddam Hussein le sunnite en 1991 et en 2003 alors que ce dernier massacrait les chiites. J’ai défendu la souveraineté de la Libye de Kaddhafi le sunnite en 2011 malgré ses liens présumés avec l’assassinat du philosophe chiite libanais Moussa Sadr. Cela au nom du respect du droit international et de la paix. C’est pourquoi, je me sens rabaissé à chaque fois que l’on évoque mes origines (dont je ne suis aucunement responsable) pour expliquer mes prises de position politiques.

Merci de votre attention.

Bahar”

L’article en question.

Démocratie radieuse

Sunday, January 12th, 2014

Je serai favorable à l’énergie nucléaire le jour où les entreprises privées qui les assument et nous vendent leur produit
-prendront en charge l’ensemble de la construction des implantations;

-assumeront une exploitation non impérialiste et non colonisatrice des ingrédients nécessaires à leurs entreprises;

-assumeront la surveillance et la protection de leurs usines, y compris concernant d’éventuelles attaques aériennes;

-assumeront les coûts assuranciels en conséquence des risques réels calculés sur base des expériences passées;

-auront trouvé des solutions durables concernant les déchets nucléaires, impliquant le temps de vie réel de ces déchets, et non pas quelques dizaines ou quelques centaines d’années;

-auront provisonné le montant nécessaire au démantèlement de l’usine nucléaire, même en cas de faillite;

-auront répercuté l’ensemble de ces coûts sur nos factures électriques, histoire d’éclairer réellement les consommateurs sur ce que coûte l’énergie électrique issue du nucléaire;

-autoriseront des contrôles indépendants et des visites citoyennes régulières accompagnées de scientifiques non issus de leurs milieux protégés, insoupçonnables de collusions et véritablement impartiaux;

-admettront que le nucléaire est une chose trop importante pour la confier à des intérêts privés selon les lois de la simple propriété privée.

Bref, lorsque le lobby nucléaire aura admis que ses positions sont intenables.

Et qu’il faudra abandonner le nucléaire comme source d’énergie acceptable au sein d’une démocratie.

PArce qu’au-delà des discussions sans fin sur les tenants et aboutissants écologiques, des émissions de CO2 et autres phénomènes, il faut se rappeler que le nucléaire ne saurait en aucun cas être une source d’énergie démocratique: elle exige une opacité, un contrôle vertical, un système autoritaire et des forces armées aux ordres d’intérêts qui ne sont pas ceux d’un système véritablement démocratique.

Entretenir l’ennemi, justifier la guerre, affaiblir les amis ou futurs amis, et autres petits effets de stratégie…

Friday, December 20th, 2013

Ne pas toucher à l’Arabie Saoudite, au Qatar, au Bahrein… Jamais… Même dans les médias les plus “honnêtes”, si l’on devait comparer au poids les articles incendiaires consacrés à ces trois régions et à leurs troubles rapports à la démocratie, aux femmes ou au terrorisme du genre Al-Quaida, avec ceux qui touchent aux “grands méchants” du genre Syrie, Iran, Libye (jusqu’il y a peu) ou Irak (jusqu’à la mort du précédent nouvel Hitler), il n’y aurait pas photo.

A tout prendre, l’Arabie Saoudite est un pays de joyeux bédouins qui viennent de temps en temps dépenser des fortunes dans nos casinos tout en achetant les hôtels où ils dorment. Ou l’inverse.

Or, ces figures caricaturales, images d’Epinal, dont on entend rarement parler autrement qu’avec des photos souriantes et des poignées de main exotiques, sont loin d’être des gentils républicains ou des aristos modérés.

Mais on ne scie pas la branche sur laquelle est assis son ennemi. Il pourrait disparaître trop vite.

1941-1943: Arthur Harris, commandant en chef de la flotte de bombardement stratégique de la RAF britannique, lance ses opérations sur l’Allemagne. Bombardements massifs (Area Bombing), avec l’objectif de démoraliser l’Allemagne. Quelles vont être généralement ses cibles? Les noeuds routiers et ferroviaires? Les usines d’acier ou de roulement à bille? Les barrages hydroélectriques?

Non, ou si peu.

En dépit d’une défense aérienne allemande médiocre (Göring était un piètre commandant aérien), qui aurait sans doute permis aux alliés d’arrêter la guerre dès la fin de 1943, s’ils avaient focalisé leurs bombardement sur ces cibles, selon les dires mêmes du ministre de l’armement allemande de l’époque, Albert Speer, ce sont les villes et les usines périphériques qui seront les cibles d’une campagne aérienne dont la stratégie échappait complètement à Speer. Au lieu de frapper les “sources” de l’industrie allemande, les bombardements toucheront les “embouchures”, tout à fait réparables.

Pire: les assauts répétés sur les villes vont ressouder le peuple allemand autour de ses chefs, en qui pourtant leur confiance s’était effritée au cours des derniers mois de 1942 avec l’enlisement du front russe, suivi du débarquement en Italie et de la défection de l’allié latin.

On était sans doute à un pouce d’une révolte ou d’un abandon faute de matériel… Speer admet qu’un bombardement de plus sur les usines de roulement à bille de Schweinfurt aurait stoppé la production d’armes lourdes (tanks, avions, navires, sous-marin), et donc précipité la fin du IIIe Reich. C’est tout le contraire qui arriva: il parvenait à produire tellement de matériel, qu’il n’y avait plus assez d’hommes pour les porter.

Les alliés n’avaient-ils pas compris à quel point leur stratégie correspondait peu aux objectifs avoués?

Ou fallait-il retarder l’affaiblissement de l’ennemi tant que l’on n’était pas prêt à débarquer, de peur que “d’autres” récoltent les lauriers 1? Faut-il croire ceux qui pensent ques les USA voulaient réduire l’Europe à l’état de dépendant chronique de leur économie?

Ou penser que les stratèges alliés étaient des gros nuls? Ce que pensait manifestement Albert Speer qui voyait en Harris un “excellent partenaire”, puisqu’à lui tout seul il soutenait le morale du peuple allemand.

Est-ce parce qu’ils sont nuls que les Etatsuniens écrasent ou menacent d’écraser tous les Etats qui n’ont précisément aucun lien avec Al-Quaida? Saddam Hussein, Khadafi, l’Iran étaient loin d’être des copains de feu Oussama. Ou ne serait-ce pas parce que Al-Quaida tape bien plus sur les Chiites que sur les Sunnites? Ou est-ce parce qu’il faut se garder en permanence un ennemi crédible sous le coude?…2

  1. Pour rappel, les Alliés occidentaux n’ont rien fait pour accélérer l’avancée de l’Armée Rouge, premiers arrivés à Berlon. []
  2. A lire: Un article sur le site de Collon et au moins deux livres: Albert Speer, Le journal de Spandau et Joachim Fest, Albert Speer. Le confident de Hitler, parmi d’autres. []

La presse papier va disparaître…

Tuesday, November 26th, 2013

Le Monde De Tijd

La Libre Belgique

Libération

La Stampa

El Pais

Time

The Observer

The European

Le Figaro

La Repubblica

Le Point

Le Soir

La Dernière Heure/Les Sports

Het Laatste Nieuws

O Globo

Le Courrier International

Le Nouvel Obs

The Washington Post

der Spiegel

Financial Times

De Standaard

O Estado de São Paulo

Libération

A Folha de São Paulo

le Vif/L’Express

Le Moustique

Paris-Match

De Morgen

Die Welt

The New York Times

Il Corriere della Sera

Il Sole 24 Ore

L’Equipe

La Gazzetta dello Sport

Het Niewsblad

The Daily Mirror

La Voix du Luxembourg

The Herald Tribune

The Sun

Etc.

Etc.

Etc.

Est-ce que c’est vraiment grave?

Diviser la gauche par zéro

Monday, November 18th, 2013

Critiquer Rafael Correa… L’occasion m’est venue tout récemment dans une conversation avec un ami. Il faut dire que, après avoir résidé quatre ans au Brésil et mangé de l’information réactionnaire de là-bas à plus ne savoir la vomir, j’avais quelques arguments en ma faveur. Correa favorise les grandes entreprises et critique toutes les mesures laïques possibles. Et quand il finit par s’opposer à une grande pourvoyeuse d’esclavage et de detruction de l’environnement comme la bétonneuse Odebrecht (dont l’origine sinon le capital est brésilienne), ce n’est pas par souci social ou environnemental, mais parce que, ô surprise, les budgets ont explosé.

Oh, Rafael, tu plaisantes ou quoi? En même temps, qu’attendre d’un type qui a été éduqué par nos universités? Ses modèles ne sont sans doute pas reluisants.

Bon, et pourtant, après une minute d’arguments, je me suis rétracté: non, je ne veux pas me mettre sur le plan des critiques de Correa. Pourquoi? Je n’ai guère de sympathie pour lui, ni sur le plan politique, puisque je trouve sa gauche trop molle, ni sur le plan philosophique, avec ses références chrétiennes trop prononcées. Pour autant, et pour avoir vécu en Amérique Latine durant quatre ans, dans un pays bien plus riche -le Brésil-, quoique pas plus à gauche -et même sans doute moins-, je me sens astreint à une attitude intermédiaire et, je l’espère, temporaire, celle de refuser la critique de front sur les leaders, disons, de gauche, dans cette région.

Pourquoi?

Pour une première raison, c’est que les alternatives de gauche à Correa, Dilma ou Maduro sont à construire par les Equatoriens, les Brésiliens et les Vénézuéliens, et que nous n’avons sûrement pas de leçons à leur donner. Dans le même ordre d’idée, lorsque l’on sait d’où viennent ces Etats, d’où viennent encore l’Uruguay, le Nicaragua ou la Bolivie, on ne peut voir dans ces dirigeants qu’un mieux transitoire, en espérant qu’ils donnent aux habitants le goût du progrès social et l’envie de plus de révolte encore. C’est, semble-t-il, le cas, bien que de manière complexe et qu’il serait trop long d’analyser ici.

Pour une deuxième raison, c’est que nous avons déjà fort à faire avec notre propre gauche, nos propres gouvernants, notre Europe, nos pays. Si nous voulons vraiment influencer le monde, alors nous devons changer ce qui se passe ici et maintenant, en Europe, en Belgique, chez nous.

Là où nous avons prise.

L’Europe est l’un des leviers de commande du commerce international. La politique abdicatrice -au bénéfice des profits du capital- de nos dirigeants est l’une des plus honteuses de la planète. Peut-être la plus honteuse, car nous sortons d’une période qui impliquait une véritable opportunité de direction vers une gauche modérée qui aurait pu être acceptable si elle s’était étendue à l’ensemble de la planète. Je ne dis pas une gauche idéale, mais quelque chose qui aurait pu servir de tremplin vers un monde à la fois plus juste et encore perfectible.

Nos dirigeants sociaux-démocrates ont préféré se courber devant les milieux conservateurs et les bakchichs que ceux-ci offraient à leurs serviteurs en place, devenus leurs partisans, leurs avocats, leurs complices.

Ils sont parmi les premiers contributeurs de la situation internationale pour s’être systématiquement accordés avec les intérêts diplomatico-stratégiques d’une Organisation du Traité Atlantique-Nord qui, normalement, n’avait plus de raison d’être.

Ils sont à ranger parmi les complices des gouvernements autoritaires qui nous servent de résereves énergétiques, de la Birmanie au Qatar, en passant par les bonnes vieilles dictatures latino-américaines et les néo-colonies africaines.

Le fait que les Etats d’Amérique Latine se soient plus ou moins -plus ou moins- émancipés, ils ne l’avalent toujours pas. Ils nous l’ont encore montré en 2002, lors de la tentative de coup d’état contre Chavez, qu’ils s’apprêtaient à saluer avec soulagement.

Non, le régime vénézuélien, pas plus que celui de Correa, et encore moins celui de Lula et Dilma ne sont des exemples de gauche aboutie. Oui, je constate moi-même que dans ce pays auquel je suis particulièrement attaché, le Brésil, les événements sont inquiétants et qu’il n’est pas impossible que nous soyons au bord d’un précipice dangereux, avec, qui sait, peut-être, un retour en arrière, un grand bond vers un système autocratique. Le Brésil est un pays extrêmement fragile et toute avancée sociale y est combattue avec une violence incroyable, même si de loin les reflets en sont toujours chamarrés et mélodieux.

Non, je ne me satisfais pas des positions autoritaires du gouvernement chaviste, ni de la verticalité de la “révolution cubaine”, pas plus que de la mollesse équatorienne ou de l’illusion chilienne.

Non, je ne suis pas nécessairement d’accord avec les positions internationales de ces gouvernements non plus, encore que je les honore souvent en ce qu’elles sont plus souvent indépendantes de celles des USA et qu’elles développent des voies différentes, plus modérées, plus nuancées, que celles de la Chine ou de la Russie.

Mais, si informer sur ces pays est une bonne chose, et je continuerai à y contribuer dans la mesure de mes moyens, il faut le faire avec toutes les réserves que je viens d’évoquer: d’où ils viennent, ce qu’ils risquent en cas de retour en arrière, notre propre poutre dans l’oeil…

Et s’il faut le faire, je crois que ce doit être avec une forme plus constructive et moins insultante.

Notre combat, nous devrions le mener comme si nous étions encore au temps de la première internationale: à notre niveau, au service de nos syndicats, de nos coopératives, de nos luttes de base, contre notre bourgeoisie, et ne jamais crier avec elle sur un coup de diversion, telle une guerre lointaine dont nous ne maîtriserons jamais tous les tenants et aboutissants, tel un scandale international qui devrait plutôt nous faire sourire et qui implique des loups entre eux.

Quant aux procès sur ce qui est ou n’est pas de gauche, ils sont illégitimes et improductifs. Les crachats à la figure sur nos rares intellectuels compétents, sur des mouvements auxquels nous n’adhérons pas parce qu’ils ne respectent pas les principes dogmatiques que nous avons choisis en fonction de notre propre vécu, ou sur des pays lointains dont nous ne comprenons pas le tiers du quart (et, en dépit de mon expérience, je suis loin de saisir tous les éléments qui font du Brésil ce qu’il est), c’est indigne d’un esprit de gauche.

A force de diviser la gauche ou de la laisser diviser, nous sommes en train de la réduire à rien.

La voie est dans la ruelle.

Tuesday, October 22nd, 2013

Librement inspiré de ceci

La ministre Sabine Laruelle a averti hier le Machin Réformateur qu’elle arrêterait sa carrière politique en 2014. Elle ne compte plus siéger comme députée et ne sera pas sur les listes aux prochaines élections. (…) Elle veut partir avant de devenir trop cynique. Mais, tout de même, elle compte bien empocher sa prime de sortie parlementaire… Bref, elle démissionne, mais fait comme si on la licenciait. Attendez, non, c’est pas tout à fait ça, mais… Bon écoutons-la.

Sabine Laruelle (MR) a annoncé hier qu’elle mettrait fin à sa carrière politique en 2014. La ministre fédérale en charge des paysans, des petits exploiteurs… -tants (-tants, -tants, j’ai rien dit), et des vampirisés, ne participera même pas aux prochaines élections. Cette nouvelle a pris tout le monde entier de court, y compris au sein de son cabinet de toilette et à la CIA. Pourtant, elle a mûri cette décision depuis des mois (voire depuis des années, on n’a pas approfondi l’analyse).

Pourquoi annoncer maintenant votre départ? Il y a eu un événement spécial? Un coup dur politique de trop? On a raté un truc?

Les mots en gras sont vraiment de la blonde. Les trucs en italique sont vraiment du journaliste. Enfin, de l’interviewer… Du truc, là, qui sert la soupe…

Non, rien de spécial. Pourquoi annoncer cela maintenant ? Je m’ennuie. Faut bien se rendre compte que je n’ai pas un boulot, comme, disons, je ne sais pas, moi, un postier qui se lève tous les matins à cinq heures pour de nouvelles aventures jusqu’à l’âge de 65 ans. Ou un prof’, qui ne sait jamais ce qui va lui tomber sur la tête dans sa classe (d’ailleurs, ses élèves ne le savent pas non plus, c’est souvent de l’impro, c’est cool non?). Je ne veux pas faire la législature de trop, j’ai envie de nouveaux défis. Des trucs de ouf! qu’on ne fait pas au gouvernement, comme de commander soi-même une pizza chez Rob, ou de faire du vélo sur une piste cyclable…

Pourquoi serait-ce pour vous “la législature de trop”?

Je veux partir avant de devenir aigrie, stratège, alimentaire… Ma motivation s’érode. Je vais avoir 50 ans il faut savoir se remettre en question, c’est le bon moment de me demander ce que je veux faire des quinze prochaines années. Vous ne croyez pas qu’un ex-métallo de chez Mittal, ou un employé de CPAS devrait se poser la même question? Et la réponse est : faire autre chose que de la politique, je veux me mettre en danger. Ca, c’est le truc qu’un petit salarié, vous voyez, ben, il peut pas comprendre…

Pour faire quoi? Vous avez sûrement une idée quand même…

Je n’ai rien de prévu pour après. Enfin, rien jusqu’après mes vacances dans le Rif. Ca tombe bien, l’hiver arrive, je vais aller rectifier mon bronzage dans le Sud. Peut-être travailler dans une organisation internationale, dans une ONG… Ou alors reprendre des études. Le ciel est la limite, comme ils disent au pays de la droite décomplexée. Voilà ce qu’il faut se dire: il faut se donner l’occasion de se lancer! Vous allez me dire que la fille qui émarge des titres-services n’en a pas les moyens? Et alors? Elle n’a qu’une vie: ‘faut qu’elle arrête de s’en faire: si elle se plante sur ce coup-là, elle peut toujours se jeter d’un pont ou se pendre dans le bureau d’un de ses innombrables ex-patrons pour lui donner une bonne leçon.
Si je restais après 2014, je sens que je n’aurais plus assez d’enthousiasme. Tout m’énerve plus vite qu’avant. Ce n’est pas une solution facile, j’aurais pu choisir de rester députée. On est blindés de tunes et on n’a pas grand’chose à faire, on paie pas la plus grande partie de nos frais et ce sont les petites mains qui nous mâchent le travail.

Mais vous pourriez quand même pousser les listes. N’est-ce pas un gâchis pour le MR en province de Namur pour les prochaines élections?

Il faut rester modeste, personne n’est irremplaçable (rires, puis silence, puis de nouveau rires, puis reprend son sérieux). Il faudra réfléchir autrement pour la composition des listes, c’est vrai. Mais il y a des talents : François Bellot, Richard Fournaux, Anne Barzin… Bon, vous avez raison, ça risque quand même de faire un sacré gâchis pour le MR… Mais, bon, en même temps, on s’en fout… Comme si ça allait changer quelque chose dans la composition du prochain gouvernement. (rires derechef)

Donc vous quitterez aussi le Parlement en 2014. Avec votre prime de fin de législature?

Vous avez entendu ce que je viens de vous expliquer? Vous êtes sourd ou quoi? Je n’ai plus rien après. Rien de rien! La gêne, mon gars. Mon diplôme d’ingénieur agronome? Mais je l’ai hypothéqué, mon pote. Je vais vivre de quoi? Vous allez me donner une allocation? Vous vous imaginez que je vais vivre longtemps avec les 3000 euros du chômage? Quoi, c’est pas 3000 euros? Ouais, bon, j’en sais rien, moi… Je ne pars pas pour un autre poste ailleurs ni pour diriger une entreprise publique, moi… Donc là, je n’ai rien après. Je ne sais pas où j’en serai dans sept mois. Le chômage et son cortège de misère, comme disait Blier… Enfin, heureusement, j’ai mon carnet d’adresses… (murmure) Faut bien que ça serve à quelque chose d’être député…

Votre prime parlementaire s’élèvera à combien?

Je n’en sais rien du tout. Mais, cette prime, ça sert justement à ceux qui quittent la politique, non? Bon, d’accord, moi je la quitte volontairement, mais après dix ans quand même… Dix ans de service dans le confort total, le chauffage central et la vie royale. On ne renonce pas à ça sans une petite compensation, non? En plus, si je ne trouve pas un truc à ma mesure, je n’aurai plus droit aux feux de la rampe… J’adore ça, les caméras, les journalistes… Vous faites quoi, après le bouclage?…

Heu… Certains aspects de la vie politique ne vous ont jamais vraiment intéressée: les sections locales, les soupers-boudins… Vous quittez tout cela aussi.

Les soupers-boudins, ça n’a jamais été ma tasse de thé, c’est vrai. Parler avec des retraités, des employés, des pauvres… Pff… En plus, la qualité de la bouffe, je vous dis pas… Par contre, j’adore parler à des conférences et porter des dossiers au gouvernement. Ca, c’est super délire. On m’a tout préparé, je dois juste apprendre des petites phrases choc par coeur et les répéter jusqu’à ce qu’elles deviennent des vérités, et les dossiers, c’est génial aussi: les intercalaires de couleur, les chemises en plastique, les rondelles pour les trous. C’est un monde, vous savez. ‘Faut absolument que je trouve un autre boulot où je pourrai avoir tout ça, mais sans les soupers-boudins.

Vous voulez aussi éviter de vivre la prochaine période de formation du gouvernement qui risque d’être très difficile?

Boh, non, ça c’est plutôt rigolo… Vous vous rendez compte? La dernière, 500 jours sans gouvernement! Ca voulait dire qu’on travaillait finalement encore moins que d’habitude! Même pas de dossiers du gouvernement à traiter! Je pouvais me contenter de compter mes gommettes et de vérifier mon stock d’intercalaires! Tout ça pour le même salaire! De temps en temps une réunion avec les socialos… C’était plutôt rigolo, on ne devait même pas se coltiner les flamands: c’est Elio qui s’occupait de tout… Enfin, Elio… Son équipe quoi, parce que, bon… C’est pas Louis qui lui a appris la langue de Vondel, hein… (rires)

Vous avez dit ce lundi à vos collaborateurs, en annonçant votre départ en 2014, qu’ils ne seraient pas “recasés” ailleurs…

Qu’ils se démerdent!

Que diable est-il en train d’arriver ? Une analyse en trois actes.

Sunday, June 23rd, 2013

Un article signé par une sociologue brésilienne, docteur de l’USP et professeure de l’UFRGS, Raquel WEISS
L’original se trouve sur le site suivant:
http://www.socionautas.com.br/2013/06/que-diabos-esta-acontecendo-uma-analise.html

Face à la multitude qui s’est emparée des rues dans plusieurs villes de notre pays, lundi dernier 17 juin, le thème qui revenait le plus souvent dans la presse était l’indignation envers les événements. Qui sont ces gens ? Que veulent-ils ? D’où ont-ils surgi ? Journalistes, scientifiques, politiciens, tous s’interrogent à ce sujet. Répondre à ces questions ne sera pas chose facile, et je ne pense pas qu’il existe une réponse unique et définitive, d’autant plus qu’il s’agit d’un mouvement en cours. Mais ceci ne peut être une excuse pour ne pas chercher à comprendre, et ce que je propose ici est une tentatitve d’analyse à partir du répertoire théorique que je considère adéquat, dans le cadre d’une approche proprement sociologique, et considérant des événements, des idées, des déclarations et des actions avec lesquels nous avons eu des contacts, et qui nous ont amenés à la construction de ce dialogue conjoncturel. L’analyse en trois actes qui suit prend en compte non les manifestations en tant que phénomènes isolés, mais la situation dans laquelle elles se trouvent inscrites, observe les différents acteurs qui agissent et réagissent aux protestations. Chaque acte correspond à différents moments de ce processus et attire l’attention sur différents aspects qui y sont liés.

Premier acte : Pour 20 centimes.

Les manifestations qui protestaient contre l’augmentation des tarifs de transport de bus ont beaucoup gagné en visibilité à travers tout le pays, surtout en raison de l’énorme volume de personnes qui descendirent dans les rues pour exprimer leur mécontentement. Dans les médias, dans les couloirs, de tout côté, on entendait les personnes se demander : tout ce « boucan, c’est vraiment pour 20 centimes ? ». Et bien, oui. C’est-à-dire, plus ou moins. C’est l’objectif le plus évident, mais ce n’est pas un objectif qui serait venu de nulle part, d’un jour à l’autre. Et ce n’était pas l’unique objectif des manifestations. Plusieurs autres manifestations traversent le pays, et même le monde, pour le dire vite, avec les revendications les plus variées, depuis les plus explicites, comme dans le cas de la « marche de l’herbe », jusqu’à des mouvements plus complexes comme Occupy au États-Unis d’Amérique.
Dans le cas particulier du Brésil.ce que nous avons besoin de comprendre, c’est que depuis longtemps déjà, existe un mouvement infatigable de la société civile, mais sous des formes que nous n’avons pas l’habitude de considérer comme des formes d’action « réellement politiques », parce qu’elles échappent aux modèles traditionnels de « médiation ». Ce ne sont pas des partis, ni des mouvements sociaux structurés de formes plus traditionnelles, avec des structures hiérarchiques et des formes d’organisation centralisées et bien claires.

Il s’agit d’un autre univers qui, pour le regard d’un observateur non-averti, fait penser à « une bande de jeunes qui font la fête », ou quelque chose de ce genre. Des expressions apparaissent, qui ne correspondent pas aux analyses traditionnelles concernant la vie politique : collectifs, horizontalité, intervention urbaine. Les noms les plus bureaucratiques et les plus sérieux qui évoquent les partis et les mouvements sociaux traditionnels cèdent la place à des appellations moins prétentieuses, dont le sens, le plus souvent, n’est pas explicite : « L’amour existe à São Paulo », « Mouvement passe libre », « En dehors de l’axe », « À la dérive », « Masse critique », « Bande culturelle », et ainsi de suite.

Soit ! Ils n’ont pas d’organisation hiérarchique, ni ne veulent assumer la forme d’un parti. Mais alors que veulent-ils ? La réponse, cependant, est sans doute aussi variée qu’il existe de ces « mouvements ». Pour autant, il est peut-être possible d’ébaucher une certaine manière de penser une unité : ce sont des personnes, dans la plus grande partie des cas « jeunes », qui se réunissent parce qu’ils partagent une vision du monde, avec l’intention d’inférer d’une certaine manière dans l’ordre des choses. En général, ils promeuvent de nombreux événements et discussions au cours desquels les causes que chaque mouvement défend sont débattues : cela peut être la mobilité urbaine, la lutte pour la légalisation de l’avortement, de la promotion de causes identitaires, etc. etc. etc. Le point de départ est toujours le diagnostic d’un mal, soit dans la ville, soit dans l’Etat, soit dans le pays, voire même dans le monde entier.

Les « ennemis » combattus par ces mouvements ne sont pas aussi facilement identifiables que par le passé. Serait-ce une réponse au manque de sens qui caractérise notre monde contemporain ? L’absence d’un « ennemi unique » contre lequel lutter n’a cependant pas comme conséquence l’absence de proposition ou l’absence d’une cause concrète. L’ennemi n’est plus « la dictature ». Ils valorisent la démocratie, et ne sont d’ailleurs possibles que parce que la démocratie existe. Ils ne veulent pas en finir avec elle, ils ne veulent pas dire « tout cela est une saloperie, jetons tout et recommençons à zéro ». Ils veulent, bien au contraire, prendre position face aux milliers de problèmes concrets qui ne sont pas résolus par la simple existence d’une démocratie. De fait, nous le savons, la démocratie n’est jamais qu’une forme, dont le contenu est construit par les personnes qui y vivent, les personnes qui ont la responsabilité de penser sur ce que nous voulons, sur les conséquences des lois, des pratiques, des politiques publiques.

Il s’agit de mouvements qui, donc, s’emparent de la démocratie, mais ne se contentent pas de laisser les décisions sur tous les sujets dans les mains des représentants élus. Mais ils ne sont pas contre les partis. Ils ne veulent pas abolir, ni remplacer le rôle joué par les partis. Sans doute existe-t-il ici une autre conception de la démocratie : il ne s’agit plus de la démocratie représentative, du type, j’ai voté, et je ne me préoccupe plus de rien, ni d’une démocratie au sens strict. Il s’agit de l’idée selon laquelle la politique se fait tous les jours, par tout le monde. C’est la réaction aux injustices sociales et aux attaques identitaires commises quotidiennement, et qui finissent par être telles qu’elles deviennent loi : l’augmentation du prix du transport public, les légisations sur l’avortement, les lois qui traitent de l’homosexualité comme une maladie, et ainsi de suite.

Dans le contexte de ces groupes, c’est une manière de s’organiser autour de valeurs partagées qui sont réévaluées et réfléchies. Et, naturellement, beaucoup d’objectifs sont transversaux, sont partagés par plusieurs mouvements différents et représentent la vision du monde de nombreuses personnes. C’est un peu ce qui est arrivé tout récemment avec l’augmentation des tarifs de bus : à travers tout le pays, il y avait déjà beaucoup de groupes mobilisés qui réfléchissaient sur les différentes décisions politiques, s’enrichissant de discussions profondes sur le sens de l’espace public et la question de la mobilité. Quand des gouvernements municiapux annoncèrent un peu partout qu’ils allaient augmenter le prix d’un service qui était déjà fort peu accessible, le mouvement a gagné une force inimaginable. Il s’agissait de personnes qui adhéraient déjà à cette cause et qui possédaient un grand pouvoir de mobilisation rendu visible, naturellement, par les réseaux sociaux. Il s’agissait d’une cause considérée juste par une large partie de la population, ce qui a mené beaucoup de gens dans les rues, à cause de 20 centimes.

Deuxième acte : les étudiants bruyants et les gens bien pensants.

La conséquence inévitable d’une revendication qui conquiert de nombreux adeptes et qui n’a pas de résultat est, évidemment, la protestation. Et protester, dans ces cas, ne se fait pas seulement sur Facebook ou Twitter. Ce sont bien sûr des plates-formes importantes, d’échange d’idées et de mobilisation. Mais c’est dans la rue, quand elle est prise, que tout se passe. Par là apparaît un fait entièrement nouveau : les individus qui auparavant étaient isolés, ou qui n’agissaient que dans des petits groupes, se réunissent maintenant en une masse conséquente. Ils marchent ensemble, chantent ensemble, rythment ensemble, crient ensemble. Une véritable métamorphose s’opère. Ces idées qui étaient jusque là simplement bonnes et justes se transforment en valeurs ultimes et irréductibles, acquièrent un caractère presque sacré, inviolable. Et les individus se sentent plus forts : ce que chacun est dans le groupe n’est plus la même chose que lorsqu’il était seul. Et tout ce qui est produit dans ce contexte en vient à être investi de cette énergie extraordinaire.

Il s’agit du processus qu’en sociologie on appelle « effervescence collective ». Cette idée a été développée par un auteur qui m’est particulièrement cher : Emile Durkheim. Il décrit ce phénomène en lui attribuant un caractère « dynamogénique ». L’idée de dynamogénie, qui trouve son origine dans la biologie, signifie une altération des fonctions organiques en rapport avec une intense élévation du tonus vital, engendrée par une surexcitation. Les moments de manifestation sont des moments d’effervescence par excellence, des moments au cours desquels tout semble faire sens, l’individu fait l’expérience d’une énergie énorme, et ceci fait en sorte que la cause pour laquelle il lutte devient la chose la plus importante de sa vie, au moins dans ce présent. Selon le même auteur, ces situations d’effervescence peuvent rendre ces individus capables d’actes héroïques inimaginables, mais également d’actes destructifs. Il est impossible de prévoir le cours des choses, et il est difficile de savoir comment chaque individu réagira face à ces situations.

Quel qu’en soit le résultat, l’expérience de prendre part à une manifestation de cette envergure est quelque chose de transformateur, d’inoubliable et que les individus ne veulent pas voir se terminer. Et, de fait, pour que les valeurs envisagées dans ce contexte continuent à avoir le même attrait, il est véritablement nécessaire de revivre périodiquement ces moments, pour nourrir la foi dans ces idéaux. Ceci garantit une continuité du mouvement et même permet qu’il croisse. Mais, évidemment, la prise des rues provoque une autre conséquence : la réaction de ceux qui y voient leur quotidien perturbé. Qui n’y trouve pas son compte, qui ne partage pas la cause, voit dans ces manifestations rien d’autre qu’un obstacle. Et les personnes qui interrompent leur vie pour faire ce genre de choses, ce ne peut être qu’une bande d’étudiants sans occupation, dont le futur est assuré, qui veulent s’amuser et dérangent la vie des citoyens bien pensants qui doivent aller travailler.

Et, face à ce diagnostic, lourdement repris et répété par la « grande presse », il est plus que naturel que les citoyens bien pensants aspirent à l’ordre, ce qui signifie en finir avec le blocage du trafic et tout ce qui interfère dans la routine. Et qui est responsable de l’instauration de l’ordre ? La police, naturellement.
A un moment déterminé, la police ne réagit pas seulement aux situations considérées comme illégitimes [comme des graffiti, des déprédations, par exemple], mais va bien plus loin : elle fait usage de la force [avec tout l’appareil à sa disposition] pour contenir la manifestation elle-même, comme si la manifestation en soi était un acte illégitime. Je fais ici référence au 13 juin dernier, naturellement, à São Paulo. Personne n’a été épargné. Qui que ce fût, quoi qu’il fît, les coups pleuvaient.

Les scènes enregistrées ont heurté à ce point la conscience publique, allant jusqu’à provoquer l’irritation d’organismes internationaux, qu’il fut difficile de considérer ce type d’action policière comme légitime. Il fut difficile d’accepter que le désir d’ordre fût plus important que l’État de Droit, que les Droits de l’Homme, que la liberté d’expression démocratique. Et c’est ici que commence le retournement de cette histoire.

Acte 3 : Ce n’est pas seulement pour les 20 centimes – C’est pour tout.

Le jour qui suivit la manifestation évoquée plus haut, les moyens de communication, de manière presque miraculeuse (?), commencèrent à raconter de nouvelles versions de l’histoire du mouvement : il y avait eu un problème de respect du côté de la police. Les bons citoyens devaient se mobiliser contre l’arbitraire. Le mouvement est légitime. Les bons citoyens devaient faire partie du mouvement, pour lutter pour un Brésil meilleur, contre la corruption, contre tout. Une vague de patriotisme envahit le pays. Il semblait que chacun se retrouvait dans le sentiment d’appartenance à la nation et voulait faire partie de ce moment historique. Ou de cette grande fête. Même des jeunes qui ne se sont jamais approchés d’une manifestation adhéraient au mouvement, ce qui, en principe, pourrait être quelque chose de très positif. Au vu des centaines de milliers de personnes qui ont pris la rue, c’était la joie de tout côté parce que « le géant s’était réveillé ». Entre vendredi et lundi, quelque chose est arrivé qui a réveillé le pays. La presse qui, auparavant, critiquait amèrement le mouvement, désormais l’exaltait, à pleins poumons. La grande question est : que s’est-il passé ?

Je crois que personne, en pleine conscience, ne croit réellement que ceci puisse signifier une prise de conscience de la part de la presse. Il s’agit, en fait, d’un coup de maître. Nous pouvons recourir à une métaphore pour l’éclaircir. Plutôt que de s’employer de front contre une force opposée à ses intérêts, elle a eu recours à quelque chose de caractéristique des arts martiaux : je n’attaque pas de front, j’absorbe l’énergie et je la rends dans une autre direction. Ce qui renverse l’opposant, c’est la force qu’il a lui-même engendrée. Simple, efficace, génial.

Autrement dit, plutôt que de critiquer les manifestations, les médias les ont transformées en quelque chose qui réponde à leurs intérêts, en incitant une masse de plus en plus grande de personnes à y prendre part. L’effervescence qui était déjà grande est devenue gigantesque. Il faut ici rappeler quelque chose de crucial : l’effervescence est en elle-même neutre. C’est une énergie qui peut créer, conserver ou détruire. Elle confère un caractère de sacralité à n’importe quel idéal qui a les faveurs d’un groupe d’individus. La manifestation n’est pas un lieu de débat, de formation d’opinion. C’est un lieu où les opinions déjà formées se manifestent et gagnent une intensité jusque là inespérée. Et il n’est pas difficile d’imaginer ce qui arrive lorsque les mots d’ordre se comptent par dizaines dans une seule manifestation. Encore plus lorsque les mots d’ordre ne sont pas seulement différents, mais contradictoires. Et quand il ne s’agit pas seulement des mots d’ordre, mais bien de véritables cosmologies (ou de visions du monde, ndt).

Le mouvement qui avait commencé en se positionnant au-delà des partis, mais s’accordant sur des visions de centre-gauche, comptant par ailleurs sur l’appui de partis de gauche, d’un jour à l’autre se vit dépassé par des personnes à leurs côtés qui s’opposaient à la présence de tout parti. Et qui avaient un discours d’opposition au gouvernement brésilien. D’opposition à la présidente de la république. On entendait des cris du genre « Dehors Dilma » (du nom de la présidente, Dilma Rousseff, ndt). Et, face à cela, deux scénarios paraissaient possibles, tous deux très intéressants pour l’opposition : un impeachment, plaçant Michel Temer (le vice-président, conservateur, ndt) dans la ligne successorale, ou la défaite aux prochaines élections pour le centre-gauche, de préférence avec la victoire d’un candidat de centre-droit.

Et comme si l’histoire n’était pas déjà suffisamment compliquée, voilà qu’elle allait se troubler encore. Ce ne sont plus seulement ces acteurs qui sont en jeu. Comme l’affirma Paulo Peres, politologue, ce mouvement a catalysé toute une série d’insatisfactions et a ouvert une « boîte de Pandore », de laquelle tout peut sortir : sans-partis critiques du gouvernement, anarchistes qui trouvent dans la destruction du patrimoine une de leurs formes d’action, skinheads et néonazis qui sont les partis de gauche, noirs, homosexuels et qui sait qui encore… Mais les médias persistent à montrer que les troubles ne sont que le reflet d’une minorité et que le mouvement est beau.

Aujourd’hui, jeudi 20 juin, ces différences sont encore attisées. La lutte pour les 20 centimes est d’ores et déjà gagnée. Les dizaines de mots d’ordre poursuivent leur chemin dans les rues, avec de nouveaux dédoublements. A São Paulo, des agressions entre les manifestants eux-mêmes, en particulier des skinheads et des néonazis. A Rio de Janeiro, des actes extrêmement violents contre des bâtiments publics. A Porto Alegre, la combinaison d’une action démonstrative de la Brigade Militaire et d’actes de déprédation contre de petits établissements commerciaux, réalisées par des personnes que l’on ne peut identifier. On ne sait pas qui ils sont ni ce qu’ils veulent. Le sentiment de tension et d’insécurité nous amène à nous poser des questions sur ce qui est en train de se passer. Chacun donne à sa manière du sens à ce qui arrive. Mais, sans aucun doute, apparaît de tous les côtés une sensation que quelque chose ne va pas.

Aujourd’hui encore, j’ai pris un taxi, où j’ai eu un échange verbal troublant. Le chauffeur m’affirmait qu’il était en faveur de la manifestation. Qu’il pensait, en fait, que l’on devrait tout casser à Brasilia (la capitale du pays, ndt), se débarrasser du gouvernement. Lui demandant qui il faudrait mettre à la place de Dilma, j’ai eu une réponse à laquelle je ne m’attendais pas : « Ca pourrait être un militaire, parce qu’eux au moins ne font pas de politique, et ils remettraient de l’ordre dans cette barraque. » Ni les pétistes (partisans du PT, le parti de Dilma Roussef, ndt), ni les toucans (opposants du PSDB, centre-droit, ndt), ni une victoire de l’extrême-gauche, ni aucun mouvement social.

Pour reprendre une expression de Max Weber, c’est le paradoxe des conséquences. Nous sommes les artisans de notre histoire, mais nos exigences ne sont pas les seules en jeu. Il existe des intérêts de tous types, certains portés par un appareil de propagande et d’investigation au-delà de notre capacité d’imagination. Il est temps pour nous aujourd’hui d’être intelligents. Il est temps d’utiliser notre raison un peu plus que nos sentiments, car il nous faut de la stratégie, de la lucidité. Il est temps, une fois de plus, de prendre l’histoire entre nos mains, de faire un diagnostic sérieux de présent, histoire de parvenir à nous construire un futur où seraient préservées ces valeurs qui nous sont les plus précieuses, parmi lesquelles, la liberté, la liberté responsable, dans le sens le plus profond du temps, la liberté de continuer à exprimer nos exigences et notre vision du monde.

Raquel Weiss
Professeure de sociologie de l’UFRGS.