Archive for the ‘discussions piquantes’ Category

Être obligé de se justifier de toute une vie de gauche

Wednesday, March 1st, 2017

Trois mois sans hérisson… C’est que j’ai encaissé salement ces derniers temps.

Ce fut la goutte qui…

Alors bon.

Si j’étais né syrien, n’aurais-je pas, à la suite des printemps arabes, levé mon poing, pris mon arme (que j’aurais naturellement trouvée sous mon matelas) et suivi les mouvements rebelles désireux de renverser Bachar el-Assad?

Assurément, de ce que je sais des gouvernements médio-orientaux, et comparés avec ceux que je critique déjà en Occident, il ne fait aucun doute que je ne me serais pas réjoui (supposant qu’y naissant, j’aurais développé les mêmes idées que les miennes d’ici et maintenant) des dynasties syrienne, jordanienne ou saoudienne, pas plus que de la main de fer de Saddam Hussein ou du régime religieux chiite en Iran. Aurais-je décidé de fonder une famille dans cette situation? N’aurais-je pas tenté de fuir? Mais où? Qui m’aurait accueilli en temps de paix?

Et quoi? Ceci me permet-il, à moi, de me substituer au jugement des peuples?

Ingérence humanitaire.

Ah oui, l’ingérence humanitaire.

Je plaide coupable. C’est la seule chose qu’acceptera le lecteur intransigeant défenseur des droits de l’homme -pourvu qu’il s’agisse des droits de l’homme sélectionné (l’homme) par les intérêts gérés par la triplice \gouvernants-médias-entreprises&finances/ dominante sous l’égide de l’Otan.

Mais moi, pas plus malin ni introduit qu’un autre, je me contente de suivre l’histoire, et essentiellement l’histoire des principes de la propagande de guerre, et de constater que tous les gouvernements, médias et producteurs qui, au moins depuis l’antiquité grecque et romaine, ont désiré lancer une guerre contre un opposant qui, jusqu’alors, ne semblait pas plus dangereux pour la population à convaincre, ont usé de tout ou partie desdits principes1.

JE NE SUIS POUR AUCUNE GUERRE, parce que je sais, pour être pratiquement une loi scientifique tant ces faits se sont répétés à travers l’histoire, que toutes les guerres, sans exception depuis qu’elles sont documentées, contiennent en elles-mêmes des éléments de justification dont l’objectif est de cacher les réelles motivations des fauteurs, lesquels sont rarement les fauteurs officiels, mais curieusement toujours les vaincus. Officiellement. Heureusement, quelques générations d’historiens tendent à rectifier ce genre de principes. On y travaille.

En attendant, ni des armes produites au nom de nos élus, ni de l’argent versé de mes revenus, ni des hommes que j’aurais connus…

En tout cas, pas en mon nom.

(à suivre)

  1. On lira avec profit les “Principes élémentaires de propagande de guerre” d’Anne Morelli, qui reprenait avec bonheur les thèses d’Arthur Ponsonby []

Contre-révolution

Friday, November 11th, 2016

Ce post ne fait pas suite aux clowneries récemment arrivées aux USA, en France ou au Brésil.

IL y a quelques mois, je publiais ici-même un bref aperçu de la révolution française, insistant sur certains éléments de cet événement avec l’objectif de faire réfléchir le lecteur sur les possibilités de parallèle avec notre époque. De parallèles, pas de comparaison.

La Terreur?

Les époques ne sont jamais comparables et les leçons de l’histoire sont avant tout des pistes de réflexion, pas des modèles à suivre ou à rejeter. Il ne s’agit pas non plus de faire croire que nous serions à la veille d’une nouvelle révolution française. L’idée n’est pas là, même s’il est vrai qu’il m’arrive de dire que “nous sommes en 1788”. Mon objectif, en proférant cette phrase qui peut paraître choquante (après tout, 1793 n’est qu’à quelques années de 1788, et nombre de personnes au capital culturel élevé pourraient penser que quelque chose leur pend au nez), n’est pas d’effrayer, mais de faire réfléchir sur les options à venir. A en illustrer aussi les possibilités sans devoir rallonger ce texte.

Car si la révolution française a fini par échouer entre les mains d’un dictateur (je parle de Napoléon, pour les esprits les moins éclairés et pour les savants les plus obtus), dont les crimes sont à mettre au même niveau que ceux des rois qui l’ont précédé ou des maniaques de ces deux derniers siècles que l’on a l’habitude d’honorer sans beaucoup réfléchir, si la révolution française n’est pas parvenue à résoudre les équations de la liberté et de l’égalité, ce n’était pas une fatalité.

Différentes routes plus ou moins rationnelles

Aujourd’hui non plus: il n’y a aucune fatalité dans le processus de dégradation de la démocratie, de réduction des acquis sociaux, de menaces sur les minorités. Il ne s’agit pas dans un premier temps de mettre des noms sur ces phénomènes, cela ne pourrait m’amener qu’à en oublier certains, lesquels seraient susceptibles de remplacer les pointés du doigt. Ce qui serait l’inverse de l’objectif. Il n’y aurait de fatalités que si nous acceptons de ne rien changer des structures de nos sociétés.

Il ne s’agit pas non plus de réduire l’avenir à deux possibilités, ce serait une erreur; il y en a au moins trois que j’identifie clairement et une quatrième que j’espère encore.

Il y en a peut-être d’autres, évidemment. Je ne suis pas éditorialiste, chroniqueur ou essayiste invité sur les chaines autorisées; je ne me ferme pas à mes propres spéculations.

Dégringolade

La première, et la plus évidente à l’oeil nu, quoique pas nécessairement la plus viable, est la poursuite de cette lente dégradation des conditions de vie, tant aux USA qu’en Europe, et qu’accompagnera une stagnation, voire un recul aussi, des conditions de vie dans le reste du monde: en raison de la fin de la croissance économique, par la force des choses, et en dépit des délires maniaques de certains économistes qui s’imaginent que l’économie virtuelle et financière peut poursuivre sans fin son ascension sur la famine des deux tiers de l’humanité, pour cette raison donc, le gâteau cessant de croitre, les prédateurs poursuivant leur quête d’accumulation, les parts congrues qui resteront aux classes inférieures (dont nous sommes, à moins que nous ne fassions partie des prédateurs) se réduiront petit à petit, le plus lentement possible pour réduire les risques de révoltes, ou en tout cas réduire le nombre de révoltés à chaque incident.

Le jour des morts

La deuxième possibilité serait que les prédateurs ne se satisfassent pas de cet arrêt de la croissance auquel ils refusent de croire parce qu’il n’est pas inscrit dans leur idéologie libérale. Le libéralisme, à l’instar du requin, réclame un mouvement continu, croissant, sans lequel il n’est plus nourri et meurt. Si les prédateurs refusent de se contenter de la lente réduction des avantages du plus grand nombre pour leur permettre de continuer à se goinfrer, mais trop raisonnablement à leur goût, alors le risque est qu’un nombre de plus en plus important de ces psycho-sociopathes tentent des coups de plus en plus audacieux, susceptibles de produire de plus en plus de victimes. Jusqu’au jour où l’enjeu pourrait en être une telle somme de vies, d’années de vie potentielles, d’environnements, de sociétés, d’acquis de base, que, ces prédateurs n’étant pas alliés, mais en concurrence perpétuelles, et leurs enjeux étant donc contradictoires, on en viendrait à une profusion telle de conflits, tournant en guerres toujours plus brutales, que l’espèce humaine pourrait disparaitre rapidement.

Certes, le risque d’une disparition prochaine de l’humanité est envisagée par une bonne série de futurologues, et comment pourrait-on ne pas être d’accord, puisque la théorie de l’évolution nous apprend que nous ne sommes qu’une étape dans le processus évolutif. Mais alors que le processus scientifiquement établi nous laissait espérer que notre espèce ne disparaitrait que progressivement au bénéfice d’une suivante, produit de notre propre espèce par filiation, cette seconde possibilité, elle, amènerait l’humanité à un stupide processus d’auto-destruction, triste, définitif et pourtant absolument pas inéluctable.

Autorité

La troisième possibilité, qui pourrait être la plus probable, si l’on admet que la plus grande partie de ces prédateurs aiment leurs enfants, c’est que ces derniers s’emparent par quartiers gigantesques des différents espaces de pouvoirs en jeu (géographiques, économiques, intellectuels, symboliques) et s’arrangent pour les conserver de manière autoritaire, quitte à laisser le reste de l’humanité dans un marasme qui les indiffère. Aux yeux des trois quarts de la population, cette situation est d’ores et déjà une réalité. Peut-être même ces trois-quarts souhaitent-ils que la même chose nous arrive… Un peu comme je me réjouissais hier de voir ces Etatsuniens crier “not our president”… Je me disais, tiens, c’est bien leur tour…

Peut-être que c’est notre tour… après tout, combien sommes-nous à avoir pleurer sur nos colonies? et sur nos néo-colonies?

Révolution et contre-révolution

Bien sûr, au cours du XXe Siècle, et même depuis la fin du XVIIIe Siècle, des mouvements laissaient entrevoir que la démocratie réelle puisse faire des progrès. La participation au pouvoir augmentait. Le pouvoir personnel tendait à diminuer. Mais les lieux de pouvoir se multipliaient, les richesses cumulables aussi et nous avons laissé nombre de leviers de pouvoirs entre les mains d’une poignée d’individus imbus de leurs puissances et de leurs avoirs.

De cette erreur sont nés les mouvements contre-révolutionnaires qui tendent à s’imposer depuis une cinquantaine d’années. Alors que nous avions gagné toute une série de droits, du moins en Europe Occidentale, et même aux USA, alors que ces droits et ces avantages semblaient s’étendre de plus en plus loin, en dépit de nombreux contre-feux, dans les pays qualifiés d’émergents, ce mouvement, désormais, peut-être en partie en raison de l’émancipation d’une grande partie du monde, mais plus sûrement parce que le capitalisme est arrivé au bout des possibilités de ses conquêtes sans réduire les acquis du plus grand nombre, est arrivé à son terme dans le cadre de la sociale-démocratie, espèce de compromis fragile entre le capitalisme libéré et la démocratie parlementaire. Désormais, la sociale-démocratie est faillie. Le capitalisme en a pris possession et refuse tout nouveau compromis, ayant mis sur le bûcher les traces des précédents.

La première et la troisième possibilités peuvent évidemment se combiner, et cela aussi ressemble à notre présent. La deuxième est une fin possible des deux autres.

Positive

Reste la quatrième, la plus souhaitable, moralement si on a un peu de morale, et surtout pour la plus grande partie de la population. Encore faut-il qu’elle parvienne à s’en convaincre.

La quatrième, c’est que nous soyons effectivement en 1788, que nous nous jetions avec allégresse sur 1789, et que nous arrêtions le processus entre 1793 et 1794, sans passer par la case Thermidor1, et encore moins par celle de Brumaire2, pour éviter la Restauration3 et le retour à la case départ, aggravée par le processus de concentration capitaliste qui en est résulté. Autrement dit, que la prochaine explosion démocratique ne se laisse pas embobiner effectivement par la minorité possédante soucieuse de conserver son pouvoir de domination -et de nuisance, bien que je veuille croire que cela ne soit qu’incidentel dans le processus-, ce qui implique que nous établissions très vite après cette explosion démocratique des structures qui empêchent le retour de toute concentration du pouvoir entre ceux qui ont intérêt à ce qu’il le reste.

Les occasions ont existé dans le passé, et cela doit plus nous donner de l’espoir que nous désespérer. La réalité est que les Thiers, les Barras, les Sieyès, les Poincaré ont souvent eu peur de tout perdre, et qu’ils ont été obligés de plonger leur pays dans des horreurs sans nom pour que leurs donneurs d’ordre ne perdent leurs quartiers.

L’argument de la contre-révolution restera toujours le même: seuls les possédants savent ce qui est bon pour le peuple. C’est le seul argument qui explique, par exemple, que les sièges d’administrateurs se trouvent cumulés entre les mains de quelques individus, que le gouvernement français vienne encore de décider de réduire le temps de parole des “petits candidats”, que les deux partis qui se partagent le pouvoir aux USA soient ceux qui reçoivent les financements des plus grands entrepreneurs du pays. Le simple fait que l’on ait fixé par la loi et les faits, quoique pas explicitement, que la liberté d’expression soit liée à la propriété des médias, et que ces derniers se trouvent dans la plus large proportion entre les mains d’une toute petite minorité liée au pouvoir financier et au pouvoir politique, que les rares tentatives de contester ce pouvoir, au Brésil ou au Vénézuéla, par exemple, soient agressivement condamnées avec une unanimité violente et sans aucune hésitation par les médias des autres pays, ce simple fait suffit à montrer que, effectivement, la lutte des classes est bien d’actualité, et que la classe du dessus veille bien à ce que les classes inférieures ne l’approchent jamais de trop près.

La conclusion de ce post se trouve dans tous ceux qui précèdent.

Certes, ce genre de discours risque fort de tomber sous le coup de l’accusation selon laquelle des individus comme moi veulent “couper tout ce qui dépasse” et “niveler par le bas”.

Inutile de dire que cet argument ne tient que pour leurs avantages, et que leur objectif en nous accusant de cela est de refuser de considérer la souffrance et la douleur qu’eux-mêmes ont produit, produisent et produiront encore si, effectivement, on ne coupe pas ce qui dépasse de leur jeans et qu’on ne nivelle pas leur pouvoir.

  1. Le succès de la contre-révolution bourgeoise avec la chute des Montagnards, dont la figure la plus connue est Robespierre. []
  2. 18 Brumaire an VIII (9 novembre 1799), premier temps de la prise de pouvoir de Napoléon Bonaparte. []
  3. de Louis XVIII en 1814-1815. []

abstention, piège à cons?

Sunday, October 23rd, 2016

Anarchiste, je ne me suis pas toujours abstenu. D’ailleurs l’abstention dogmatique irait à l’encontre même de mes principes, supposant la remise en question des idées, les adaptant au contexte, à la matière, au réel.

On s’abstient, en effet, lorsque les propositions en présence n’ont pas plus d’intérêt l’une que l’autre (ou les unes que les autres).

A contrario, si l’on estime (et on a le droit de se tromper) qu’en votant pour un parti ou une personnalité, on peut influer, même d’une plume dans le vent, par un message, on a le droit de considérer son vote utile. Une circonstance pourrait en être que le programme proposé induirait la fin du système imposé, par exemple.

Personnellement, ça m’est peu arrivé. En Belgique, on est un peu coincés. On n’a pas de personnalités comme Besancenot (première période), Arlette Laguiller ou Mélenchon. On n’en a tout simplement pas. On sait bien, malheureusement, que même si Raoul et Marco parvenaient à électriser les foules -parce que, dans un premier temps, malheureusement, l’enjeu est là-, le problème du PTB n’est pas tant qu’il est autoritaire (ce qui est sans doute le cas), mais que ses cadres compétents sont peu nombreux et que leur base n’est pas adaptée à une “démocratie représentative”. On ne peut les en blâmer: ce genre de système parlementaire est tout simplement contraire aux intérêts des classes sociales “passives”. La seule solution, pour le PTB, serait de s’ouvrir de manière positive à des figures compétentes existant dans la société civile et qui, jusqu’ici, ont refusé de s’attacher la patte aux anneaux du parti. Je pense à plusieurs de mes amis qui se reconnaitront (des noms! des noms!), et qui individuellement se croient incompétents ou impréparés, mais qui, pris ensemble, pourraient former un collège très puissant1. Je suis sûr qu’ils ont les mêmes en Flandre. On pourrait même piquer les quelques personnalités intéressantes chez les Zécolos, pour peu qu’ils acceptent de céder aux sirènes de la gauche, et qu’ils cessent de préférer des alliances contre-nature avec la droite sous prétexte que le PTB a un passé maoïste et stalinien.
C’est vrai, mais le PS, les libéraux et les chrétiens-démocrates ont un passé colonialiste…

***

Revenons au raisonnement.

Je me souviens de mes vieilles lectures que tant Proudhon, que Malatesta ou Durutti, dans leurs contextes, ont justifié la participation aux élections. Le principal est de rappeler ces mots: “dans leurs contextes”. Là-dessus, un bon débat, et chacun en sort avec une conviction personnelle. Pour alimenter ces débats à une échelle critique, évidemment, il faudrait s’impliquer dans des actions qui débordent la bourgeoisie sur sa gauche. Par exemple, assiéger tous les bureaux de Libé pour en prendre possession et y faire paraitre des vraies infos, de sorte que les (derniers) abonnés de Libé en restent sur le cul. Par exemple. On pourrait faire pareil, en Belgique, avec le Soir et de Morgen… Ou avec RTL et la RTBF… Mais qui nous prêtera les canons pour empêcher la cavalerie de la réaction bourgeoise de nous en déloger?

Ce dont je rêve, c’est qu’on trouve une solution pour que les casqués lâchent leurs maimaitres… Si quelqu’un a une idée…

J’ai cru un moment qu’en Grèce c’était en train d’arriver. Ce n’est pas de l’ordre de l’impossible, c’est arrivé dans l’histoire… Il suffit de lire quelques bouquins sur la Révolution Française ou le précieux Howard Zinn pour s’en persuader. Une fois de plus, c’est une question de contexte et de remise en question des idées… Ils le savent, eux, que rien n’est acquis, et c’est pour cela qu’ils continuer de taper toujours plus fort dans le même sens.

“Quousque tandem abutere, Catilina, patientia nostra?”
“Jusque à quand, Catilina, oseras-tu abuser de notre patience?”2

  1. Je suis même prêt à y faire ma part, même si on me réduit à la charge des traductions. Ca me plairait d’ailleurs: c’est là qu’on apprend tout ce qu’il est important de savoir. []
  2. Oui, oui, je sais, Cicéron fait plutôt partie de la réaction, mais il écrivait si bien. []

La Révolution Française, c’est (peut-être) maintenant.

Saturday, April 23rd, 2016

Les événements ou personnages de l’histoire qui suit paraîtront familiers à certains. Ce n’est pas une coïncidence.

En 1788, l’État du royaume de France était ruiné.
En 1788, le principal ministre du roi était un financier genevois.
En 1788, les paysans souffraient de la disette, des prix pratiqués par les spéculateurs et du droit féodal
En 1788, les « ouvriers parisiens » et des autres centres urbains souffraient de la disette, des prix pratiqués par les spéculateurs et de la faiblesse des investissements.
En 1788, une bonne partie de la bourgeoisie française vivait du commerce des colonies, et donc des esclaves.
En 1788, des petits-bourgeois lisaient Rousseau.

En 1789, la révolution n’était pas à l’ordre du jour.
En 1789, les bourgeois parvinrent à s’imposer au roi dans le rôle de réformateurs.
En 1789, il n’était pas question pour les « ouvriers parisiens » et de quelques autres centres urbains de se soucier des intérêts de classe de la bourgeoisie, laquelle aspirait à quelques changements en sa faveur.
En 1789, les « ouvriers parisiens » prirent la Bastille. Sans les paysans, qui honoraient le roi, ni les bourgeois, qui peinaient à conserver leur place de réformateurs.
En 1789, des paysans brûlaient des châteaux. Ce n’était pas la première fois, mais l’ampleur en était telle que le 4 août les « Saigneurs » de la terre firent semblant de mettre fin à un régime inique vieux de plusieurs centaines d’années.
En 1789, ce sont les femmes qui ramenèrent le roi à Paris pour le mettre sous la surveillance du peuple. C’était les journées des 5 et 6 octobre.
En 1789, quelques bourgeois écrivirent la « Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen ». Dans les mois qui suivirent, ils spécifièrent que n’était pas citoyen toute personne qui voulait. Encore fallait-il le mériter. Par la bourse.
En 1789, des petits-bourgeois populomanes1 tentèrent de remettre en question la situation des esclaves dans les colonies. On leur répondit, depuis les bancs de la bourgeoisie, que l’économie en dépendait et qu’il fallait rester raisonnable.

En 1790, on se dit dans les salons bourgeois que la révolution, qui n’était pas à l’ordre du jour, était allée suffisamment loin.

En 1791, ouvriers et paysans continuèrent de s’agiter d’insatisfaction, ne se concertant pas, parlant peu. Quant aux esclaves, beaucoup ne savaient même pas ce que ce mot recoupait qui puisse être pire que leur propre condition.
En 1791, la garde bourgeoise fit feu sur les « ouvriers parisiens ».
En 1791, la garde bourgeoise mata des révoltes paysannes dans le sang.
En 1791, les premières révoltes d’esclaves ayant entendu parler de la Déclaration furent maitrisées.
En 1791, pourtant, le roi trahit les bourgeois…

En 1792, les bourgeois au pouvoir déclarèrent la guerre à l’étranger pour calmer les ardeurs des « ouvriers parisiens » et des paysans éparpillés dans tout le royaume.
En 1792, les « ouvriers parisiens », aidés par les fédérés de Brest et de Marseille, s’assemblaient démocratiquement et décidaient de, décidément, agiter l’Assemblée bourgeoise. Ce fut l’insurrection de la Commune, des sections. Ce fut le 10 août.
En 1792, des petits-bourgeois populomanes réclamèrent la citoyenneté pour tous. Quel scandale ! Mais les bourgeois s’y plièrent à certaines conditions : ils avaient entendu parler des moyens qui existaient pour manipuler les élections. En dépit des appels de certains petits-bourgeois (c’est peu connu), les femmes perdirent le peu de droits qu’elle avaient eu par le passé.
En 1792, les bourgeois furent forcés par la rue parisienne de déclarer la déchéance du roi et l’avènement de la République.
En 1792, les bourgeois, sous la pression, toujours, mais cette fois des flambées paysannes, appliquèrent une série de mesure pour réduire les droits des seigneurs (eh oui, le 4 août avait été une farce).
En 1792, une nouvelle Constituante fut élue majoritairement par les paysans, lesquels avaient bien d’autres soucis en tête -c’était la moisson, leurs gamins étaient à la guerre- et y envoyèrent les bourgeois locaux qui n’avaient rien à faire de leurs journées.

En 1793, les bourgeois sacrifièrent le roi, qu’ils ne pouvaient plus défendre aux yeux des « ouvriers parisiens », désormais « sans-culottes » et trop souvent trahis. Les paysans, désinformés, ne comprirent pas. On ne leur rendait toujours pas leurs terres.
En 1793, les bourgeois assemblés à Paris furent si effrayés par les « ouvriers parisiens » et leurs amis, qu’ils laissèrent les quelques petits-bourgeois populomanes parmi eux écrire une nouvelle Déclaration et une nouvelle Constitution. Ces textes furent les plus révolutionnaires établis par une Constituante jamais promulgués en France.
En 1793, les petits-bourgeois populomanes voulurent abolir l’esclavage dans les colonies. Les bourgeois des colonies tinrent bon, durent faire face à des révoltes. Mais c’était loin, les colonies. Les « ouvriers parisiens » et les paysans avaient d’autres soucis : la guerre, les spéculateurs, les moissons, le manque de travail.
En 1793, un petit-bourgeois populomane nommé Marat fut assassiné par une gamine manipulée par des bourgeois partis agiter le bocage normand contre la révolution.
En 1793, les petits-bourgeois populomanes abolirent les droits seigneuriaux qui persistaient.
En 1793, les bourgeois parvinrent à rejeter la faute de leurs torts sur les paysans. Ils furent considérablement aidés en cela par les bondieusards récalcitrants au progrès social. Plus tard, les bourgeois mirent sur le compte des populomanes les massacres de Vendée.
En 1793, il faut bien le dire, les petits-bourgeois populomanes animés de bonnes intentions étaient peu nombreux, mais en plus, certains de leurs idées, ils passaient trop de temps à se critiquer les uns les autres, voire à se battre. C’est sûr, ils n’étaient pas préparés à tout ça. C’est sûr, c’était encore de grands enfants. C’est sûr, on a des conclusions à en tirer.

En 1794, les petits-bourgeois populomanes s’attaquèrent aux spéculateurs. Ils en supprimèrent bien quelques-uns, mais il en restait tant…
En 1794, ayant bien divisé les « ouvriers parisiens », les paysans et les petits-bourgeois populomanes, les bourgeois firent massacrer ces derniers, qui commençaient à devenir sacrément prétentieux avec leurs mesures de gauche. Parmi eux, quelques noms –Robespierre, Saint-Just, Couthon– devinrent symboles de monstruosité. On ne lutte pas contre la liberté d’entreprendre impunément. C’était Thermidor.
En 1794, une fois seuls au pouvoir, les bourgeois réprimèrent les « ouvriers parisiens ». Les paysans étaient loin, et de toute façon ils avaient des guerres et des moissons devant eux.
En 1794, les bourgeois confirmèrent qu’ils ne s’attaqueraient plus à la spéculation et firent semblant de regarder ailleurs quand on leur parlait d’esclavage.

En 1795, les bourgeois mirent fin à la guerre qu’ils avaient allumée contre les paysans. Ils comptaient bien réutiliser quelques fois le stratagème.
En 1795, les bourgeois réécrivirent encore une fois la Déclaration et la Constitution. Ce fut le grand bond en arrière.

En 1799, comme les bourgeois ne parvenaient pas à gérer les guerres extérieures qu’ils avaient allumées et les miettes de démocratie qu’ils avaient conservées à leur avantage, ils désignèrent les plus cupides d’entre eux qui choisirent le plus retors d’entre eux, lequel fit la guerre aux paysans et aux ouvriers de l’Europe entière pendant seize ans. Toussaint Louverture creva seul dans une cellule. L’esclavage fut rétabli officiellement et ne fut aboli qu’en 1848.

On ne résume pas la Révolution française en quelques lignes.

Mais si, en fait, on peut le faire. On vient de le faire.

Et ensuite, on s’interroge, et on cherche à voir si on ne peut pas remplacer certains mots par d’autres, peut-être en changeant quelques faits, en allongeant les délais, en se demandant si certaines choses ne se sont pas déjà répétées à quelques reprises…

Ceci est ma tentative d’appui à la réflexion qui marine en ce moment sur les Nuit debout et autres mouvements plus ou moins actifs, plus ou moins conscients, qui, à l’échelle de la France, de la Belgique, de l’Europe peut-être, s’agitent, se demandent, hésitent à s’allier.

Alors, certes, tous n’ont pas les mêmes ambitions, les mêmes problèmes, les mêmes soucis.

Mais tant qu’ils ne chercheront pas à s’associer, ils continueront de faire rire les bourgeois

Paysans, “ouvriers parisiens”, esclaves, petits-bourgeois, français, européens, de plus loin… Il n’y a pas de centres, évidemment, mais si les choses doivent partir de Paris, si les choses doivent partir d’un milieu social plutôt que d’un autre, si le résultat pouvait en être un grand chambardement, pourvu que nul ne s’en réclame pour s’arroger de place ensuite, qu’importe, et qu’elles partent…

  1. C’est de ce terme que Robespierre était qualifié par la Gazette de Paris en 1790. Burgot traitera plus tard les Jacobins de « populaciers ». Le mot populiste est une excellente alternative à populomane aujourd’hui. []

Une “brève histoire” de la consommation actuelle

Wednesday, September 16th, 2015

C’est l’histoire du libraire qui râle sur Amazon et utilise Uber;

l’histoire du taximan, qui râle sur Uber et prend un vol Ryan-Air;

l’histoire du pilote d’avion qui râle sur Ryan-Air et possède des actions chez Mittal;

L’histoire de l’ex-ouvrier métallo qui râle sur Mittal et achète une Dacia;

l’histoire de l’ex-ouvrier Renault qui râle sur la Dacia et va chez Lidl;

l’histoire du petit producteur qui râle sur Lidl et épargne sur KeytradeBank;

l’histoire de l’employé de banque qui râle sur Keytrade Bank et offre ses cadeaux via gift.be;

L’histoire du fleuriste qui râle sur gift.be et achète ses pompes sur Zalando;

l’histoire du dernier cordonnier qui râle sur Zalando et réserve ses vacances sur Booking.com;

l’histoire du voyagiste qui râle sur Booking.com et inscrit son fils sur des cours en ligne;

l’histoire du professeur d’université qui râle sur les cours en ligne et achète son ordinateur chez Vanden Borre

l’histoire du détaillant en informatique qui râle sur Vanden Borre et achète son vélo chez Decathlon;

l’histoire du petit vendeur de vélo qui râle sur Decathlon et achète ses pilules bleues en ligne;

l’histoire du pharmacien qui râle sur les sites de ventes de médocs en ligne et ne lit que la presse gratuite;

l’histoire du journaliste qui râle sur la presse gratuite et est abonné chez Carrefour Mobile;

l’histoire de l’employé de téléphonie qui râle sur Carrefour Mobile et regarde ses films et séries sur Netflix;

l’histoire du petit exploitant de cinéma qui râle sur Netflix et achète ses dvds et livres sur Amazon…

C’est l’histoire d’une société de consommation qui est arrivée à son climax avant fermeture…

Et si vous vous demandez pour le titre entre guillemets, c’est parce qu’il y a des historiens low-cost qui s’amusent à écrire des “brèves histoires”, et que ça aussi ça m’énerve…

Tiens, je vais aller m’acheter des chocolats sur merde-en-ligne.be…

Réflexions de l’an dernier -avril 2014

Monday, April 27th, 2015

Je retrouve des notes intéressantes, sujettes à réflexions…

“Je suppose que je resterai éternellement surpris de ce que la plus grande partie des hommes en Occident trouvent normal de privilégier la liberté d’entreprise sur l’intérêt d’individus, de groupes d’individus, parfois de l’équilibre humain lui-même.”

“Mes événements ne sont pas toujours ceux des médias. De ma redécouverte des émissions de Henri Guillemin à mes lectures d’auteurs peu connus, ou pas assez, j’aurais envie de faire mention plus souvent. Des aveux d’Albert Speer ou des seconds romans de Marche, il me semblerait plus utile de parler que des journaux.
“Au moins j’y vois un peu ou beaucoup de valeurs.”

“J’ai beaucoup réfléchi cette nuit à une idée qui pourrait faire avancer l’enseignement dans le bon sens: celle de rendre les cours philosophiques non-obligatoires pour les élèves à partir de quinze ans.”
(ça date d’avril 2014, mais il faut avouer que le procès qui a relancé le débat est plus ancien, ce qui signifie que j’en avais sans doute eu vent à l’époque. N’empêche, c’est rigolo de retrouver ces notes en avril 2015)

“Un voisin entreprenant et bruyant. Qu’est-ce que je fais?”

“Je m’interroge souvent sur les raisons d’être de la publication, sur ce qu’il faudrait ou non sortir, etc. Sur le fait que le marché laissé libre ou même aménagé ne fait que du tort à l’univers littéraire. Pourquoi cela est-il surtout le cas du livre? Il y a le cinéma, la musique et le livre, en fait. Mais pourquoi m’en fais-je avant tout pour le livre?”

“Le Goff, dans “Pour un autre moyen-âge”, présente la richesse profonde du marchand: le temps et le fait que “l’autre” n’en a pas! C’est sur le fait que “l’autre” n’a pas de temps ou/[ni] d’argent au moment où il lui en faut que le marchand spécule.
“Je pense devoir écrire les Res Gestae hominorum ignobilium.”

“Lecture du Monde Diplo d’avril. Un somment p. 21. Le modèle grec à importer chez nous. Tiré du modèle chinois. Vive cette UE qui permet de lire dans un journal d’Athènes: en Crète, on recherche ‘des femmes de chambre sans salaire contre nourriture et gîte.’
“Je n’ose demander ce qu’en pense DSK.”

“A la lecture de Le Goff, je repense au temps. La décomposition en heures variables avait du bon: il faudrait adapter le travail à la longueur du jour.”

“A. Speer, dans Au coeur du IIIe Reich, confirme, s’il était besoin, que Hitler détestait les fonctionnaires et que lui-même comme son prédécesseur Todt fonctionnaient avec un système d’autonomie entrepreneuriale.”
(C’est un coup bas, mais j’en ai jusque là d’entendre associer socialisme et national-socialisme)

“Tout se rapporte à des comparaisons avec Hitler. Avant, on disait souvent que la philosophie, c’était des notes dans les marges de Platon; aujourd’hui, la politique ce sont des références constantes au nazisme.”

“Avec la campagne électorale, les agents politiques, les vitrines, volent de manière agressive sur le moindre prétexte pour faire du bruit. Du bruit, ce bruit nauséabond qui devient la seule motivation d’un mot, d’une réflexion, d’une réaction, un bruit qui démolit, détruit, parfois, souvent à tort, telles les trompes de Jéricho. L’important, c’est qu’il en reste une trace, même une mauvaise trace, dans l’esprit des électeurs le 25 [mai].”

Se retourner sur les réflexions de l’an dernier, ça peut être intéressant…

Un petit coup de Bahar, et ça repart…

Saturday, February 1st, 2014

Je me fais timidement le relais de mon ami Bahar Kimyongur, toujours en résidence surveillée en Italie…

“Cher(e)s ami(e)s,

Aujourd’hui, un article intéressant est paru en ligne dans le site du quotidien belge La Libre. Il concerne les jeunes Belges partis se battre en Syrie dans les rangs du groupe terroriste appelé l’Etat islamique d’Irak et du Levant (Daech).
Dans cet article, je suis cité mais avec un titre inexact: “chiite d’origine alévie”.
Une fois encore, je dois le préciser: je n’appartiens à aucune religion. Par ailleurs, il y autant de différence entre chiisme et alévisme qu’entre alévisme et alaouisme (appelé également noussayriyyé). Mes opinions politiques ont très peu à voir avec mes origines même s’il est vrai que grandir dans une culture hétérodoxe facilite une certaine identification avec des opinions politiques hétérodoxes. Autre rappel important: j’ai défendu la souveraineté nationale de l’Afghanistan contre l’attaque US en 2001 malgré le fait que les Talibans sunnites étaient les bourreaux des chiites hazaras. J’ai défendu la souveraineté nationale de l’Irak de Saddam Hussein le sunnite en 1991 et en 2003 alors que ce dernier massacrait les chiites. J’ai défendu la souveraineté de la Libye de Kaddhafi le sunnite en 2011 malgré ses liens présumés avec l’assassinat du philosophe chiite libanais Moussa Sadr. Cela au nom du respect du droit international et de la paix. C’est pourquoi, je me sens rabaissé à chaque fois que l’on évoque mes origines (dont je ne suis aucunement responsable) pour expliquer mes prises de position politiques.

Merci de votre attention.

Bahar”

L’article en question.

Démocratie radieuse

Sunday, January 12th, 2014

Je serai favorable à l’énergie nucléaire le jour où les entreprises privées qui les assument et nous vendent leur produit
-prendront en charge l’ensemble de la construction des implantations;

-assumeront une exploitation non impérialiste et non colonisatrice des ingrédients nécessaires à leurs entreprises;

-assumeront la surveillance et la protection de leurs usines, y compris concernant d’éventuelles attaques aériennes;

-assumeront les coûts assuranciels en conséquence des risques réels calculés sur base des expériences passées;

-auront trouvé des solutions durables concernant les déchets nucléaires, impliquant le temps de vie réel de ces déchets, et non pas quelques dizaines ou quelques centaines d’années;

-auront provisonné le montant nécessaire au démantèlement de l’usine nucléaire, même en cas de faillite;

-auront répercuté l’ensemble de ces coûts sur nos factures électriques, histoire d’éclairer réellement les consommateurs sur ce que coûte l’énergie électrique issue du nucléaire;

-autoriseront des contrôles indépendants et des visites citoyennes régulières accompagnées de scientifiques non issus de leurs milieux protégés, insoupçonnables de collusions et véritablement impartiaux;

-admettront que le nucléaire est une chose trop importante pour la confier à des intérêts privés selon les lois de la simple propriété privée.

Bref, lorsque le lobby nucléaire aura admis que ses positions sont intenables.

Et qu’il faudra abandonner le nucléaire comme source d’énergie acceptable au sein d’une démocratie.

PArce qu’au-delà des discussions sans fin sur les tenants et aboutissants écologiques, des émissions de CO2 et autres phénomènes, il faut se rappeler que le nucléaire ne saurait en aucun cas être une source d’énergie démocratique: elle exige une opacité, un contrôle vertical, un système autoritaire et des forces armées aux ordres d’intérêts qui ne sont pas ceux d’un système véritablement démocratique.

Entretenir l’ennemi, justifier la guerre, affaiblir les amis ou futurs amis, et autres petits effets de stratégie…

Friday, December 20th, 2013

Ne pas toucher à l’Arabie Saoudite, au Qatar, au Bahrein… Jamais… Même dans les médias les plus “honnêtes”, si l’on devait comparer au poids les articles incendiaires consacrés à ces trois régions et à leurs troubles rapports à la démocratie, aux femmes ou au terrorisme du genre Al-Quaida, avec ceux qui touchent aux “grands méchants” du genre Syrie, Iran, Libye (jusqu’il y a peu) ou Irak (jusqu’à la mort du précédent nouvel Hitler), il n’y aurait pas photo.

A tout prendre, l’Arabie Saoudite est un pays de joyeux bédouins qui viennent de temps en temps dépenser des fortunes dans nos casinos tout en achetant les hôtels où ils dorment. Ou l’inverse.

Or, ces figures caricaturales, images d’Epinal, dont on entend rarement parler autrement qu’avec des photos souriantes et des poignées de main exotiques, sont loin d’être des gentils républicains ou des aristos modérés.

Mais on ne scie pas la branche sur laquelle est assis son ennemi. Il pourrait disparaître trop vite.

1941-1943: Arthur Harris, commandant en chef de la flotte de bombardement stratégique de la RAF britannique, lance ses opérations sur l’Allemagne. Bombardements massifs (Area Bombing), avec l’objectif de démoraliser l’Allemagne. Quelles vont être généralement ses cibles? Les noeuds routiers et ferroviaires? Les usines d’acier ou de roulement à bille? Les barrages hydroélectriques?

Non, ou si peu.

En dépit d’une défense aérienne allemande médiocre (Göring était un piètre commandant aérien), qui aurait sans doute permis aux alliés d’arrêter la guerre dès la fin de 1943, s’ils avaient focalisé leurs bombardement sur ces cibles, selon les dires mêmes du ministre de l’armement allemande de l’époque, Albert Speer, ce sont les villes et les usines périphériques qui seront les cibles d’une campagne aérienne dont la stratégie échappait complètement à Speer. Au lieu de frapper les “sources” de l’industrie allemande, les bombardements toucheront les “embouchures”, tout à fait réparables.

Pire: les assauts répétés sur les villes vont ressouder le peuple allemand autour de ses chefs, en qui pourtant leur confiance s’était effritée au cours des derniers mois de 1942 avec l’enlisement du front russe, suivi du débarquement en Italie et de la défection de l’allié latin.

On était sans doute à un pouce d’une révolte ou d’un abandon faute de matériel… Speer admet qu’un bombardement de plus sur les usines de roulement à bille de Schweinfurt aurait stoppé la production d’armes lourdes (tanks, avions, navires, sous-marin), et donc précipité la fin du IIIe Reich. C’est tout le contraire qui arriva: il parvenait à produire tellement de matériel, qu’il n’y avait plus assez d’hommes pour les porter.

Les alliés n’avaient-ils pas compris à quel point leur stratégie correspondait peu aux objectifs avoués?

Ou fallait-il retarder l’affaiblissement de l’ennemi tant que l’on n’était pas prêt à débarquer, de peur que “d’autres” récoltent les lauriers 1? Faut-il croire ceux qui pensent ques les USA voulaient réduire l’Europe à l’état de dépendant chronique de leur économie?

Ou penser que les stratèges alliés étaient des gros nuls? Ce que pensait manifestement Albert Speer qui voyait en Harris un “excellent partenaire”, puisqu’à lui tout seul il soutenait le morale du peuple allemand.

Est-ce parce qu’ils sont nuls que les Etatsuniens écrasent ou menacent d’écraser tous les Etats qui n’ont précisément aucun lien avec Al-Quaida? Saddam Hussein, Khadafi, l’Iran étaient loin d’être des copains de feu Oussama. Ou ne serait-ce pas parce que Al-Quaida tape bien plus sur les Chiites que sur les Sunnites? Ou est-ce parce qu’il faut se garder en permanence un ennemi crédible sous le coude?…2

  1. Pour rappel, les Alliés occidentaux n’ont rien fait pour accélérer l’avancée de l’Armée Rouge, premiers arrivés à Berlon. []
  2. A lire: Un article sur le site de Collon et au moins deux livres: Albert Speer, Le journal de Spandau et Joachim Fest, Albert Speer. Le confident de Hitler, parmi d’autres. []

La presse papier va disparaître…

Tuesday, November 26th, 2013

Le Monde De Tijd

La Libre Belgique

Libération

La Stampa

El Pais

Time

The Observer

The European

Le Figaro

La Repubblica

Le Point

Le Soir

La Dernière Heure/Les Sports

Het Laatste Nieuws

O Globo

Le Courrier International

Le Nouvel Obs

The Washington Post

der Spiegel

Financial Times

De Standaard

O Estado de São Paulo

Libération

A Folha de São Paulo

le Vif/L’Express

Le Moustique

Paris-Match

De Morgen

Die Welt

The New York Times

Il Corriere della Sera

Il Sole 24 Ore

L’Equipe

La Gazzetta dello Sport

Het Niewsblad

The Daily Mirror

La Voix du Luxembourg

The Herald Tribune

The Sun

Etc.

Etc.

Etc.

Est-ce que c’est vraiment grave?