Archive for the ‘politopics’ Category

L’Union contre les peuples – introduction

Wednesday, June 5th, 2019

Voilà, on est de plus en plus près de la publication. Notre livre sur les Traités de l’UE, leur critique et nos propositions est presque fini.

La publication se fera en deux fois: une fois sur le net (ici) et une fois sur papier (éditions Le Cerisier).

La version internet sera probablement plus complexe, plus fouillée, mais aussi peut-être moins lisible. J’attends vos commentaires, soit par e-mail (thierry1thomas arobaz gmail point com), soit sur un réseau social quelconque où on s’est déjà rencontrés. Au fond, tout commentaire pourra être utile pour améliorer la version finale sur papier.

Après avoir déjà publié la bibliographie et le glossaire ici,

puis la table des matières ici,
(même si elle est susceptible d’évoluer)

voici l’introduction.

A suivre (mais il y a encore du boulot de relecture), la première partie. Il est possible que j’édite ici la première partie en plusieurs fois.

Comme précédemment, je suis ouvert aux remarques, notes, etc., sur mon email thierry1thomas arobaz gmail point com

L’Union contre les peuples – glossaire et bibliographie

Tuesday, May 28th, 2019

Voilà, on est tout près de la publication. Notre livre sur les Traités de l’UE, leur critique et nos propositions est presque fini. Enfin, presque… M’ouais…

La publication se fera en deux fois: une fois sur le net (ici) et une fois sur papier (éditions Le Cerisier).

La version internet sera probablement plus complexe, plus fouillée, mais aussi peut-être moins lisible. J’attends vos commentaires, soit par e-mail (thierry1thomas arobaz gmail point com), soit sur un réseau social quelconque où on s’est déjà rencontrés. Au fond, tout commentaire pourra être utile pour améliorer la version finale sur papier.

Je vais commencer par… la fin. Pourquoi? Parce qu’il s’agit du glossaire et de la bibliographie, lesquels sont indispensables pour lire l’ensemble. En effet, vous aurez l’occasion de le voir, nos définitions ne sont pas nécessairement les vôtres.

Voici donc le glossaire et la bibliographie de notre livre à paraitre.

A propos, on cherche toujours un titre

Le prochain post sera consacré à la table des matières, également très importante, en ce qu’elle vous permettra de me proposer de publier d’abord tel ou tel passage, sachant que tous les chapitres sont déjà écrits.

Pour les illustrations, elles sont toutes de moi et elles risquent fort de passer à la trappe dans le livre.

C’est peut-être pas plus mal 🙂

L’Union Européenne dans ses oeuvres

Tuesday, May 14th, 2019

Voici en lien et en pdf les dernières pages du livre que je suis en train de terminer.
Etant donné qu’il doit encore être retouché dans tous les sens, ce n’est sans doute qu’une version alpha ou béta, comme disent les informaticiens.

Je terminais ici par un exemple frappant de l’inutilité de l’UE, voire de son caractère contre-productif, quand il s’agit d’avancer sur le thème de l’environnement ou du social à l’échelle internationale.

L’UE s’assied sur les paysans comme sur l’environnement (test pdf)

toute référence, etc.

Sunday, April 28th, 2019

Fin juin 1789 : des soldats des Gardes Françaises, accusés d’insubordination, sont enfermés dans l’Abbaye et le bruit court dans la population qu’ils pourraient être envoyés dans la terrible prison de Bicêtre.

Une foule envahit l’Abbaye et libère les prisonniers. Sous la menace d’une intervention militaire pour les récupérer, une députation de citoyens de Paris se rend à l’Assemblée pour lui demander d’interférer auprès du roi.

La cour est accusée d’être à l’origine de ces violences. La députation envoyée auprès du roi réclame sa clémence.

Le roi accorde sa grâce, mais, dans son discours, en profite pour associer l’Assemblée aux violences à venir. Ainsi, le pouvoir exécutif dit à son opposition: si des violences surviennent, je vous en accablerai.

8 juillet: le roi renvoie tous les ministres modérés : Necker, Montmorin, Saint-Priest, la Luzerne. Selon Jaurès1, le roi ne peut pas ignorer l’effet qu’aura le renvoi de Necker sur la population, car il est très populaire.

Jean Jaurès estime dès lors que, ce faisant, c’est le roi qui est responsable des violences qui viendront dans les jours suivants. Il rassemble des troupes autour de Paris qui agitent la population, laquelle, énervée, se lancera sur les barrières autour de Paris qui avaient été construites pour lever des impôts sur les denrées qui y rentraient. Le même jour, Camille Desmoulins et d’autres orateurs haranguent la foule afin qu’elle s’arme contre les troupes rassemblées.

Dans les deux jours qui suivent, les Parisiens vont chercher des armes et tenter de prendre la poudre qui se trouve dans la Bastille.

C’était un certain 14 juillet… L’événement qu’on sait.

  1. Histoire socialiste de la Révolution socialiste. []

Citoyenneté fiscale

Monday, April 15th, 2019

Je faiblis sur les titres au fur et à mesure que je me sens plus fort dans les concepts. Si quelqu’un se sent de m’envoyer un bon titre, n’hésitez pas à m’écrire…

Horizontales et verticales

Du diable si je me serais attendu à traiter de ce sujet il y a encore dix ans. Mais depuis lors, je suis passé par le Brésil libéral -et on voit ce que ça donne.

J’ai vieilli sûrement.

La réalité de l’Union Européenne m’accable aussi de plus en plus. La toute petite chance qu’elle pût être porteuse d’une démocratie internationale et sociale -mais vraiment toute petite-, n’a jamais existé. C’est une immense tromperie. Il est temps que notre fibre sociale et internationale s’en rende compte.

Il n’y a pas d’Europe sociale à espérer. Ni d’Europe démocratique. Ni même d’Europe.

Alors, la plus horizontale, la plus valable possible des réalités démocratiques doit être envisagée. La plus sociale aussi. Pour qu’une telle chose puisse avoir lieu -pour que la démocratie puisse être réelle, juste, sociale, horizontale, et qu’elle corresponde aux besoins de la plupart des gens-, je crains que l’anarchie ne soit pas la solution.

Je ne dis pas que la nature humaine ne puisse la supporter, non, puisque je la supporte et que je suis humain. Je connais plein de libertaires et d’anarchistes. L’anarchie est donc une réalité. Mais elle n’est pas généralisable à l’humanité entière.

La nationalité, c’est le fait de faire partie de la nation

La nation est un concept vertical, évidemment. Cependant, il s’agit d’un mécanisme à double entrée.

Première entrée: la lutte contre le nationalisme est légitime lorsqu’il déborde et devient impérialisme. Cependant, on peut s’interroger sur la légitimité de la translation “nationalisme” => “impérialisme”. Je suggère de ne pas en discuter ici.

Deuxième entrée: à l’origine, le nationalisme était un véritable progrès historique. La nation était l’ensemble des individus associés sous un seul terme; ils se distinguaient à la fois négativement -par rapport aux autres nations-, mais aussi positivement -en ce qu’ils jouissaient de la même qualité. Le développement de la nation est donc un facteur d’égalité.

Il n’y a pas à dire: s’il y a bien un phénomène dont nous sommes redevables à la Révolution française, c’est bien de la réalisation de ce que tout le monde peut participer à la réalité politique et sociale de la nation.

Et quand je dis tout le monde, c’est tout le monde.

La nationalité, c’est la citoyenneté

Article 4 de la Constitution de 1793. – Tout homme né et domicilié en France, âgé de vingt et un ans accomplis ; – Tout étranger âgé de vingt et un ans accomplis, qui, domicilié en France depuis une année – Y vit de son travail – Ou acquiert une propriété – Ou épouse une Française – Ou adopte un enfant – Ou nourrit un vieillard ; – Tout étranger enfin, qui sera jugé par le Corps législatif avoir bien mérité de l’humanité – Est admis à l’exercice des Droits de citoyen français.

Les femmes n’étaient malheureusement / évidemment pas incluses dans l’exercice politique. Le patriarcat ambiant n’y avait pas préparé la plupart des révolutionnaires1. Cependant, on notera le caractère novateur de cet article: le citoyen n’est pas celui qui est né sur le sol de la patrie, mais bien celui qui s’y rend utile pour la collectivité.

Pourquoi se limiter à “vingt et un ans accomplis”? Les “young for climate” sont en train de nous montrer qu’il y a plus à attendre de leur génération que de toutes les boules de billard qui pourraient remplacer Charles Michel.

La grande Révolution réunissait en 1789 des ressortissantes et ressortissants de nombreuses origines différentes: Suisses (comme Jean-Paul Marat), Anglais (Thomas Paine), pré-Belges (le fantasque Cloots), pré-Italiens (tel Philippe Buonarotti), etc. Théroigne de Méricourt aussi venait de chez nous.

Ils étaient reconnus ‘nationaux’, elles étaient reconnues nationales, parce qu’ils s’étaient engagés dans la Révolution qui venait, parce qu’elles agissaient pour la République.

Aujourd’hui, celle ou celui qui paie ses impôts contribue à l’enseignement des enfants et au paiement des pensions. De fait, il ou elle vit de son travail -au pire, travaille à en trouver -mais en attendant paie bien des impôts de toute façon -et agit pour la collectivité. Qu’est-ce qui justifierait de ne pas l’intégrer à la vie politique?

Le paiement de l’impôt, c’est la condition de la citoyenneté

Je me fais l’écho de Frédéric Lordon qui pose souvent le débat de la nationalité -et pour lequel on l’assimile parfois au camp “rouge-brun”.

Dans le livre “La Malfaçon. Monnaie européenne et souveraineté démocratique”, publié chez Babel2 en 2015, il pose comme base de la citoyenneté le fait de payer des impôts. Qui ne paie pas d’impôts (il prenait l’exemple, pour la France de Bernard Arnault, Jérôme Cahuzac, Johnny Hallyday et Gérard Depardieu) devrait être privés de la nationalité française, alors que Mamadou et Mohammed qui triment et paient leurs impôts régulièrement en dépit de leur naissance étrangère, eux, devraient en bénéficier automatiquement.

Ainsi, qui paie ses impôts sur l’ensemble de ses revenus (capital et travail réunis) est déclaré citoyenne ou citoyen de plein droit: expression politique, droits civiques, droit aux soins, droit à l’instruction de ses enfants, etc. De fait, au lieu de fixer un âge à l’exercice des droits civiques, on pourrait tout simplement l’associer à la paperasse rose saumon sur fond blanc.

A contrario, qui ne les paie pas ou est surpris à ne pas en payer la juste qualité perd ses droits civiques.

Les riches chassés

Si la fiscalité chasse les riches, ou en tout cas celles et ceux dont la cupidité est plus forte que la citoyenneté, cela ne signifie pas qu’elle chasse les talents.

Le talent, c’est l’envie de faire quelque chose. Ca, c’est du Brel. Il faut avouer que c’est balaise. Ce qui nous intéresse, c’est le talent brélien de gauche: l’envie de faire quelque chose pour la collectivité.

Que les fuyards chers et infidèles nous quittent! Nous n’en voulons pas. Si la citoyenneté ne les intéresse pas, les droits et avantages nationaux ne devraient pas plus leur revenir.

Par “nationaux”, nous entendrons “qui se rapportent à la collectivité entendue comme telle par l’ensemble de ses membres”. Je vous avoue que je n’ai pas tiré ça de mon pouce, mais de celui de Shlomo Sand, pour qui peut se définir “peuple” tout ensemble d’individus qui aspirent à être rassemblés comme tel.

Le principe ethnique du peuple ne nous intéresse pas, mais bien celui de choix délibéré des individus à faire partie d’un ensemble, quel que soit le nom que l’on donne à cet ensemble. Communauté, collectivité, cité, pays, peuple, nation…

La légitimité de cet ensemble repose sur le désir d’en faire politiquement partie -rien d’autre. L’histoire, la religion, la géographie devraient au mieux être seconds.

Le talent de la citoyenne et du citoyen, c’est le désir d’appartenir à la cité et d’exprimer ce désir par le fait de participer pleinement à son existence par le juste retour sur les avantages qu’il en retire, retour exprimé, dans mon esprit, sous forme de l’impôt sur l’ensemble de ses revenus. En toute égalité.

Les riches refusant de passer à la caisse auront d’ailleurs une récompense à la mesure de leur civisme: un jet de catapulte vers la mer. Sans yacht ni bouée.

  1. Mais contrairement à ce que l’on a l’habitude de penser, les plus progressistes dans le domaine n’étaient pas les Girondins. Robespierre avait plaidé pour le vote “par feu” -c’est-à-dire par foyer, ce qui signifiait que dans de nombreuses localités les femmes étaient souvent admises au vote lorsque le foyer était monoparental. Il faut aussi noter qu’en cela il n’innovait pas: la coutume donnait fréquemment l’occasion aux femmes de s’exprimer. Ce qui nous amène d’ailleurs sur un autre sujet, abordé par François Bégaudeau: la démocratie se fait-elle dans le silence de l’isoloir ou dans la délibération collective? []
  2. Après Les Liens qui libèrent. []

“Qu’est-ce qui est jaune et qui n’attend plus?”

Monday, March 18th, 2019

Si on me l’avait dit, je dois avouer que je n’aurais pas cru que le jaune aurait été vraiment la couleur qui m’identifie… Le rouge, le noir, le mauve, oui; à la rigueur le vert… Bon, pas le bleu, sinon celui du ciel… Mais le jaune… Surtout parce que le jaune a un sens symbolique politique fort: c’est la couleur du briseur de grève. Donc, jusqu’au mois de novembre dernier, on ne peut pas dire que ce soit évident.

Bien entendu, c’est aussi la couleur du soleil. De plein de soleils différents.

Mais de toute façon, rien ne prépare l’importance d’une couleur dans l’histoire. Le drapeau français était inattendu, le drapeau rouge pas plus… Alors s’il faut porter du jaune -en plus il est dispo dans la voiture, obligation légale -le ver dans le fruit est toujours caché et le pouvoir porte toujours en lui ce qui le détruira de l’intérieur.

On ne lâche rien.

On ne condamne pas “les violences”, en tout cas pas celles des gens qui portent cette colère. Pas question! La violence, c’est celle du grand patronat et de ses sbires aux commandes.

Il faudrait d’ailleurs qu’ils fassent tout doucement attention: qu’ils préparent soigneusement leurs portes de sortie, parce que je ne garantirais pas que toutes et tous les GJ soient dans le même état d’esprit qu’un Jérôme Rodrigues, qui est capable de rester calme et posé devant des présentatrices et présentateurs de chaines d’information.

On n’a pas affaire aux Nuits-debout, ici, mais bien à des gens qui sont en souffrance. Ce ne sont pas de gentils étudiants qui peuvent alterner une garde à la Bastille (ou ailleurs) et un verre en terrasse. Non, ce sont des gens pour qui les 5 euros de baisse d’APL compte, pour qui une augmentation de taxe carburant est une de trop, ce sont des gens qui pleurent de ne pouvoir engager personne parce qu’ils sont incapables de planquer leur argent en Suisse ou au Luxembourg -et qui ne le veulent pas non plus. Je ne suis pas en train de les dorer -ils l’ont fait tous seuls-, parce qu’il n’y a pas que des anges parmi eux. Mais justement, ce ne sont pas des anges qui ont pris la Commune (anniversaire), ni non plus qui ont mis la Montagne au pouvoir.

Ce n’est pas avec des anges qu’on fait la Révolution, parce que la Révolution est une violence contre une violence.

Il n’y a pas de Révolution s’il n’y a pas une violence qui la déclenche -celle du pouvoir.

Il ne reste plus qu’à attendre, du côté des intellos qui se posent en soutien, une alliance improbable entre Delaume, Plenel, Ancelin, Onfray, Chouard, Mélenchon et les siens,…

Il faudrait qu’ils et elles oublient qu’ils sont devant et qu’ils et elles doivent suivre les GJ, et non pas les précéder. Ca, certains l’ont déjà compris (Perret, Todd, Branco, Pinçon-Charlot et son mari, Bégaudeau, et bien d’autres…).

Arrière-garde d’intellos1 pour les soutenir -et surtout pas pour les récupérer!

Et il faut encore que ce soit la France qui montre l’exemple, bordel!

  1. Bon, pas Perret, évidemment. []

Les limites de l’espace de discussion

Wednesday, February 6th, 2019

Ce qui vient ci-dessous est une hypothèse de travail. Les limites des cercles et des rectangles ne sont pas scientifiques, c’est de l’à-peu-près qui doit être affiné, évidemment. J’ai volontairement évité de mettre des noms de personnes ou de partis.

Par contre, l’UE et ses traités sont là et bien là.

Cliquez pour agrandir:

liberté, égalité, protectionnisme?

Sunday, December 16th, 2018

Exercice de style.

Comme je suis sur le point de terminer une publication papier, je pose quelques bases, en guise de test.

***

En économie, rien n’est simple, pas plus qu’en politique. Pourtant, s’y intéresser est crucial. Cela nous permet de comprendre le fonctionnement de nos adversaires. Et, avant même cela, de les identifier.

Est-il notre ami, celui qui défend l’ouverture des frontières?

Oui, s’il s’agit des frontières interdisant le passage des êtres humains. Mais qu’en est-il du libéral bleu-noir pour qui toute contrainte au marché des biens et des services est une abomination?

Si par ami on entend l’agréable convive capable de raconter des blagues de bon goût et de faire une critique constructive du dernier film à la mode, c’est probablement un ami.

Si par ami on entend quelqu’un qui nous veut du bien, le doute est permis.

Le libre-échange n’est pas une source d’égalité et de satisfaction des besoins. Le libre-échange est le développement de la concurrence entre toutes les travailleuses et les travailleurs du monde entier. Le libre-échange n’est pas source de prospérité partagée, mais de concentration des richesses entre des mains toujours moins nombreuses et plus égoïstes. Le libre-échange, c’est l’augmentation des opportunités pour celles et ceux qui en débordent déjà. C’est l’occasion de faire pression sur les plus pauvres en les menaçant de délocalisation.

Même au sein des forces conscientes du capitalisme et de la politique dominante, il arrive que l’on s’en rende compte. La conscience du danger que représente le libre-échange est vieille comme le capitalisme anglais. La prospérité de l’empire britannique s’est faite sur un espace séparé du reste du monde. Pareil pour l’empire étatsunien, dont le succès à la fois économique et démocratique fut le fait du parti républicain (anti-esclavagiste et protectionniste) contre le parti démocrate (esclavagiste et libre-échangiste).

1884: “Le parti républicain étant né de la haine du travail d’esclave et du désir que tous les hommes soient libres et égaux , il est irrévocablement opposé à l’idée de placer nos travailleurs en concurrence avec quelque forme de travail asservi que ce soit, en Amérique ou à l’étranger”1

On peut douter de la sincérité du parti républicain, que ce soit à cette époque ou aujourd’hui. Pour autant, le raisonnement tient. Les Chinois utilisés par les compagnies ferroviaires étaient sous-payés et maltraités. Les actionnaires de ces entreprises se gorgeaient sur leur dos pendant que les ouvriers terrassiers étatsuniens végétaient dans le sous-emploi. Le raisonnement se tenait et il se tient toujours: du côté ouvrier, ni les Chinois, ni les Etatsuniens n’y gagnaient.

Nous nourrissons le désir de voir -un jour- l’ensemble des travailleuses et travailleurs du monde entier jouir des mêmes droits et libertés, que ces droits et libertés soient les plus élevés possibles, qu’il n’existe plus de concurrence, que la coopération et l’entraide soient la règle, mais nous savons qu’aujourd’hui l’ordre international, mené tant par l’OMC que par l’ONU, ne permet pas de concrétiser ce rêve.

Nous pensons que, stratégiquement, le protectionnisme social et environnemental est une clé pour le développement humain et mondial. Une clé, pas une solution définitive.

Si un territoire A représente un lieu de marché de consommation pour un territoire B, il nous semble juste que la population A, également productrice, ne soit pas confrontée à une concurrence déloyale, due au fait que la population B, également productrice, soit sous-alimentée, sous-protégée et qu’elle utilise des modes de production moins chers parce que plus polluants.

Qu’on le veuille ou non, poser des conditions à l’importation de biens dans un territoire sous prétexte de protections sociales ou de critères environnementaux, cela s’appelle du protectionnisme.

Qu’on le veuille ou non, la démocratie s’est développée dans des territoires séparés des autres par des frontières. Les empires se développent, autoritaires et expansionnistes. Les démocraties définissent des corps de citoyennes et citoyens, ce qui n’a pu se faire, dans l’histoire, que dans des réalités structurées, relativement étroites, dans lesquelles les gens parlaient un nombre de langues limitées, avaient des critères de fonctionnement social et économique relativement similaires. Les solutions acceptées par une population fonctionnant de manière démocratique tournent autour de concepts établis historiquement, géographiquement et anthropologiquement. On peut -et on doit- les faire évoluer, vers plus de démocratie, plus d’égalité, plus de liberté. On peut même imaginer de les révolutionner, mais cela doit se faire dans l’esprit que nous agissons pour la population, et non contre elle.

La coopération internationale, entre petits groupes, est tout à fait légitime: il est juste et bien de se parler entre syndicalistes de tous pays, de tenter d’aider des forces de résistance qui correspondent à nos idées; de même qu’il est raisonnable et humain de soutenir et d’aider, individuellement, les personnes en fuite ou en détresse, quel que soit le nom que la presse ou les politiques leur donnent.

Mais cela n’a rien à voir avec la diplomatie entre États ou le commerce international. Ce sont des lieux de pensée radicalement différents. Et cela ne signifie pas non plus que nous nous pliions aux règles du plus souple pour faire plaisir aux travailleuses et travailleurs les plus exploités.

Si nous voulons développer des systèmes économiques et sociaux justes, ici et ailleurs, nous ne pouvons pas encourager la concurrence entre ce que nous estimons juste et ce que nous estimons injuste. Nous devons toujours encourager le système le plus égalitaire et le moins impactant sur l’environnement.

Il ne s’agit pas d’interdire les relations commerciales avec des pays moins-disant fiscalement et moins exigeants sur le plan environnemental, mais de les encourager à s’améliorer sur ces points.

***

Mais il y a plus, bien plus.

Comme on l’a vu avec les négociations du TAFTA (qui n’ont à ce jour pas abouti et qui pourraient bien ne pas le faire tant que le camarade Trump reste aux commandes), le libre-échange tend à faire disparaitre (à “aplanir”) les règles de fonctionnement du marché: toute règle est une entrave; moins il y a de règle, plus la concurrence entre les forces productives est importante2. Les marchés s’ouvrent, mais c’est pour mieux détruire les entreprises socialement et environnementalement plus développées.

Détruire les règles qui entravent le commerce, poser dans le droit international cette destruction, c’est tenter de passer outre la démocratie qui a pour objectif de servir les populations et non l’économie.

Quant aux règles restantes, les grandes entreprises et fonds d’investissement aspirent à ce qu’elles soient arbitrées par des cours indépendantes des États.

Le libre-marché est une menace pour la démocratie.

  1. Cité par Serge HALIMI dans Les puissants redessinent le monde, in Le Monde Diplomatique, juin 2014, p. 11. Halimi ajoute: “A l’époque, on pensait déjà aux Chinois.” []
  2. Le TAFTA était autant une menace pour les populations européennes qu’étatsuniennes. []

Mes collègues profs et leur passivité

Saturday, December 15th, 2018

“Les enseignants, qui constituent l’un des coeurs sociologiques de la gauche, sont faiblement menacés par l’évolution économique. Contrairement à ce que suggère la rhétorique ultralibérale, qui insiste pour que toutes les conduites humaines soient déterminées par l’appât du gain ou la peur de la perte, les professeurs font fort bien leur travail, en l’absence de risque de marché. Mais, n’ayant pas à craindre au jour le jour le licenciement ou une compression de leur salaire, ils ne se sentent pas menacés d’une destruction économique, sociologique ou psychologique. Ils ne sont donc pas mobilisés contre la pensée zéro. Sans être le moins du monde “de droite”, statistiquement, ou favorables au profit des grandes entreprises, ils sont atteints de passivisme et peuvent se permettre de considérer l’Europe monétaire et l’ouverture aux échanges internationaux comme des projets idéologiques sympathiques et raisonnables. Ils ne sont aucunement “bénéficiaires” car, si aucune souffrance économique directe ne les atteint, ils subissent de plein fouet les effets sociaux indirects du chômage, à travers des élèves difficiles, rendus violents par le contexte de décomposition sociale et familiale. L’acceptation implicite de la gestion économique par cette catégorie sociale, idéologiquement et statistiquement beaucoup plus importante que les “bourgeois” ou les haut fonctionnaires, assure la stabilité européiste et libre-échangiste du Parti socialiste, dans ses tréfonds militants et non pas simplement parmi ses dirigeants. On peut ici formuler une prédiction de type conditionnel: si les enseignants viraient sur les questions de la monnaie unique et du libre-échange, la pensée zéro serait, du jour au lendemain, morte, et l’on verrait se volatiliser les prétendues certitudes du CNPF et de Bercy.”
(Emmanuel TODD, L’illusion économique, Gallimard Folio, Paris, 1999, p. 316-317)

Pourquoi reste-t-elle une référence malgré tout ?

Monday, May 14th, 2018

Ce qui fait l’originalité, la spécificité, la force de la Révolution française de 1789 est affaire de débat. Certains la considèrent toujours comme l’événement le plus important de l’histoire française, d’autres voudraient en minimiser la portée, et quelques gradés aspirent à ce qu’on la range au mieux aux oubliettes, au pire dans les geôles des monstres historiques. Il faut dire qu’elle n’est pas facile à cerner. On peut passer sa vie à l’étudier, elle restera en grande partie dans l’obscurité, tant les traces, les faits, les interprétations qui la concernent sont nombreuses1.

Et si c’était justement de ce côté-là qu’il fallait se tourner pour saisir la raison de l’engouement de tant de gens pour cet événement de moins d’une décennie (1787-1795) ?

La Révolution française de 1789 a peut-être bouleversé l’Europe, et même en partie le monde (celui des colonies, au moins, mais même au-delà), par les changements qu’elle a apportés, mais sans doute ni plus ni moins que le Traité de Westphalie, la Réforme ou l’invention du moulin à vent. Ce qui marque, dans 1789, c’est tout autre chose ; si tant de gens s’y retrouvent, et si tant d’autres sont capables de la fustiger, c’est qu’on y distingue justement les traces de myriades de facettes de l’humanité.

La Révolution française de 1789 est sans doute le premier événement de l’histoire humaine où purent s’exprimer longuement et nettement autant d’individus, dans leur évolution et dans leur complexité, et de telle sorte que nous en ayons gardé trace. Jusque là, même lors de la Révolution anglaise de 1642-1651 ou lors de la Guerre d’Indépendance des colonies britanniques du Nouveau monde, encore plus bien sûr quand il s’agissait de luttes entre deux princes, deux ministres ou deux pays ; ou même lorsqu’il s’agissait de révoltes paysannes locales, voire régionales, les points de vue en présence étaient relativement limités, et en tout cas, si une révolte paysanne faisait écho dans la grande histoire, on n’en gardait trace que de morceaux de discours d’une poignée de chefs ou d’inspirateurs au mieux. Ainsi la révolte de Jan Hus ou celle de Thomas Münzer, par exemple. Nous ne savons rien ou presque des contradictions qui pouvaient miner ces mouvements. Et il devait y en avoir, du moins devons-nous le supposer : les hommes se dressent contre un ennemi commun avec force et vigueur quand ils en ressentent le besoin, la nécessité, mais aussi quand ils en ont la force. Lorsqu’une révolte traine en longueur, comme celle de Münzer, les impératifs de chacun se rappellent à des moments différents. La moisson, une femme qui accouche, un père qui meurt, la fatigue, la maladie, mais aussi les évolutions, les contradictions, les scissions…

Les mouvements de foule, de masse, les multitudes, si elles sont effectivement si remarquables dans leur unité, ne sont que des ensembles d’unités capables d’autonomie. On ne peut mener des milliers, et a fortiori des centaines de milliers de gens pendant des années à une mort identique que s’ils sont un tout petit peu disciplinés et en tout cas embrigadés. Cela explique peut-être les Pastoureaux et certaines croisades. Evidemment nous savons très peu de choses sur ce que pensaient ces milliers de gens qui circulaient sur des centaines de lieues. Mais, peut-être autant que la répression, cela explique aussi l’apparence velléitaire des luttes sociales avant la Révolution française (et même en partie celle de la Vendée).

La Révolution de 1789 rompt avec le passé en ce que, soudainement, en quelques semaines à peine, dans un contexte intellectuel favorable, ce ne sont plus quelques individus ou même quelques dizaines d’individus qui poseront leurs bagages de désirs et de revendications, mais des milliers, des dizaines de milliers, voire même bien plus. Et il y a mieux : non seulement ce sont des individus innombrables, mais en plus ce sont des individus qui n’avaient pas l’habitude d’avoir le droit de s’exprimer. Soudainement, les seigneurs n’avaient plus le pouvoir de contraindre les habitants de leurs fiefs à une pensée religieuse, binaire et commune. Et aussitôt, on s’aperçut que ces milliers de milliers de personnes étaient capables de penser des choses différentes, des choses extrêmement différentes et opposées.

Les Lumières étaient passées par là, bien sûr, mais également l’alphabétisation, la contraception, le rejet ou en tout cas le scepticisme vis-à-vis de la religion ; la France était à cette époque à un tournant de l’histoire des populations : elle est le premier pays à avoir franchi un ensemble de barrières sociales dans l’histoire. Si les régions restaient très différentes dans leur ensemble, et si les niveaux de progrès y étaient très différents, cela n’allait qu’encourager la diversité des positions en présence au moment du conflit qui allait les exacerber et leur servir de terrain de jeu.

Tout à coup, avec les assemblées électives, les cahiers de doléances, les sociétés populaires, les clubs et les sections, on donnait l’occasion à une quantité gigantesque d’individus de s’exprimer. En plus, leurs dires allaient être transcrits, imprimés, publiés, envoyés dans toute la France, si eux-mêmes ou d’autres les estimaient pertinents. Certes, les passions ne produisirent pas que du bon. Mais ces myriades d’individus allaient écrire de toutes nouvelles pages de l’histoire : celles du débat, de la pensée active, du militantisme…

Cette multiplicité énorme de points de vue est aussi une multiplicité énorme d’intérêts plus ou moins divergents. C’est ainsi que l’on pouvait trouver des esprits sincèrement altruistes dans différents groupes identifiés en présence, et des esprits corrompus ou purement intéressés dans les mêmes. Si Robespierre et Saint-Just étaient probablement les plus désintéressés des Montagnards, Marat chez les plus avancés des démocrates, il y a fort à parier pour que Brissot chez les Girondins et Barnave chez les Feuillants étaient aussi sincèrement convaincus de la légitimité de leurs idées, alors que dans le même temps des personnalités comme Fouché, Danton, Hébert, Vergniaud ou Mounier s’étaient, eux, embarqués dans leurs groupes d’influences par pur calcul personnel plutôt que par affinités.

La Révolution permet également pour la première fois à de nombreux hommes de s’exprimer librement. Et pas seulement quelques esprits libres, isolés et ignorés, comme Cyrano ou Meslier, mais des hommes par milliers, dont les qualités les rapprochaient de Molière ou Voltaire, mais sans la nécessité de se plier aux désirs d’un prince.

Il n’y avait plus d’entrave à l’expression. Tout un chacun pouvait dire ce qu’il désirait. Cela allait si loin que le pays fourmillait des appels à la lanterne, puis à la guillotine contre des individus nommés ou clairement désignés. Les limites à l’expression ne se déclarèrent à nouveau qu’au fil des lois qui, par exemple, interdirent de se faire le héraut de la loi agraire ou d’en appeler à une manifestation de corps de métier, avant d’empêcher légalement les réunions de groupes fermés d’individus. On ne s’étonnera pas que ces lois sanctionnaient principalement des révoltes contre la liberté de commerce et la liberté d’exploitation de la main-d’oeuvre. On n’interdisait à personne d’encore appeler à la haine d’untel ou à l’exécution d’un autre. Il n’y avait plus de crime de lèse-majesté et il n’y avait pas encore non plus de principe légal de diffamation, même si tout journaliste pouvait se voir légalement attaqué, comme ce fut le cas d’Hébert ou de Desmoulins, non pour des actes clairs, mais pour ce qu’ils écrivaient. Manifestement, l’expression n’était libre que dans une certaine mesure, surtout à partir de 1793, et cela dès avant la chute des Girondins, puisque la première cible journalistique de la loi fut Marat.

Cette limite mise à part, nous voyons un événement qui, dans l’histoire, n’a aucun précédent. Des feuilles par centaines et des publications par milliers se manifestèrent dans tout le pays, dès 1789, puisque la censure disparut à cette époque-là. Générosité réelle ou erreur stratégique de l’autorité royale ? Difficile à dire dans l’état de mes connaissances. Ce qui est certain, c’est que tout de soudain, le peuple français devenait aussi souverain éclairé que n’importe quel Joseph II d’Autriche.

Un indice clair de ce que j’affirme ici plus haut se trouve dans l’histoire de la période qui suit directement celle de la Révolution. Le Directoire (1795-1799), dont certains historiens regrettent le mauvais traitement ou l’absence d’intérêt de nombre de leurs collègues dure autant que la Révolution, ou presque (1789-1795), son historiographie est beaucoup moins épaisse et les passions qui l’entourent bien moindres. Mais le calcul est simple, pourtant ; ce n’est pas tant un problème de personnalité des individus acteurs du Directoire ou de qualité de l’événement en soi. Le Directoire possède immanquablement bien des qualités, surtout si on ne le compare pas à sa parente directe. Le Directoire aurait pu se faire valoir comme un aboutissement modéré de la Révolution et montrer une bourgeoisie parvenue à quelque chose qui ressemble au compromis de la Glorieuse révolution de 1688. Pourquoi pas ? Bien sûr, il fut balayé par la guerre et la nécessité du généralat tant décrié par Saint-Just, Billaud-Varenne et Robespierre. Mais sa chute n’en fait pas son déshonneur, sinon celui de la Révolution française serait aussi sombre. Non, ce n’est pas cela qui fait l’amoindrissement du Directoire par rapport à la Révolution de 1789.

Ce qui différencie le Directoire et les six années précédentes, c’est la diversité et la multiplicité des individus qui s’en faisaient les acteurs. Alors que l’on pouvait trouver des éléments de discussion vastes, pertinents et se mouvant à travers tout le pays, et pas seulement de Paris vers les départements, mais aussi des départements vers Paris, ceci s’arrête progressivement, puis tout à fait, à partir de la mort de Brissot, de Vincent et Ronsin, puis de Robespierre, et enfin de Babeuf, mais aussi la chute de la plupart des mouvements populaires et la fermeture des journaux les plus créatifs.

La Constitution de 1795 marque sans doute une véritable rupture, mais les sociétés populaires persistent encore quelques années. Les discussions ne s’arrêtent pas, mais désormais de plus en plus souvent les délégués, fonctionnaires, officiers, etc., sont nommés par l’autorité supérieure, et non plus par un corps souverain de base (pour ne pas dire inférieur).

Une véritable organisation démocratique par la base s’était installée spontanément à partir des assemblées primaires de 1789, puis de ses héritières, les sociétés populaires, les sections, les clubs, les districts, qui se nourrissaient de bases actives, mais qui, fatiguées, affamées et décimées, ne purent résister à la réorganisation pyramidale qui se manifesta de plus en plus, mais pas seulement à partir de 1795 : c’est dès 1793 que le gouvernement girondin, puis le gouvernement montagnard, limitèrent la possibilité d’organisation spontanée. On ne saurait, par sympathie ou par désir idéal, se voiler les yeux, mais il ne faudrait pas non plus oublier les raisons de cette tendance. En ce qui concerne le Directoire, les motivations sont claires : il s’agit de réduire le demos de la démocratie aux seuls décideurs valables, c’est-à-dire aux propriétaires.

Par contre, en ce qui concerne la période de l’an I à l’an II, il ne s’agissait pas de détruire la démocratie par idéologie autocrate, mais de faire face à une situation de guerre et d’urgence ; de guerre externe et de guerre interne. La spontanéité et la diversité, aussi souhaitables pussent-elles apparaître, même aux plus doctrinaires et aux plus idéalistes de nos révolutionnaires, en temps de paix, devenaient des obstacles à la victoire2.

* * *

Il fallait réduire, non pas la diversité des points de vue ou leur expression, mais brider leur impact sur l’efficacité du gouvernement révolutionnaire dans la guerre qui avait été déclarée en 1792. La spontanéité de la base fut pourtant aussi un avantage pour commencer la guerre, même si elle en fut un obstacle : les deux premières levées, celle de 1791 et celle de 1792, furent de véritables succès : les volontaires allèrent en masse où il le fallait3 pour défendre la révolution, qui n’était même pas encore républicaine. Malheureusement, sans organisation économique suffisante, et avec un gouvernement manifestement contre-révolutionnaire, la logistique ne suivit pas et les bataillons n’étaient ni prêts ni armés au moment où il fallait affronter de véritables professionnels. Le nombre et l’enthousiasme y suppléèrent, ce que l’on vit notamment à Valmy. Tout à coup, la guerre découvrit l’importance de l’implication de ses soldats, au-delà de sa discipline. Les hommes de Valmy ne voulaient pas céder. Et ils ont tenu, alors qu’ils n’avaient pas eu le temps de se former comme l’avaient eu leurs vis-à-vis de l’autre côté du champ de bataille. Ces derniers en furent sans doute frappés, étonnés, déstabilisés. Goethe, présent à cette occasion, en fut totalement retourné4.

Les hommes de Valmy venaient pour beaucoup directement de Paris. C’était des savetiers et des tailleurs, comme une expression intéressante le rappelait, qui avaient repoussé la première armée du monde. Et comment avaient-ils pu faire cela sinon en ayant eu dans les oreilles et sous les yeux les mots qui leur avaient permis de saisir l’importance de leur appartenance à un corps supérieur à eux-mêmes, connu sous le nom de nation ? Et comment avaient-ils pu s’associer à celle-ci, sinon parce que tout ou partie de ces mots qui tournaient autour d’eux faisaient écho justement d’idées qu’ils partageaient ?

La Révolution française de 1789 rompt avec le passé, mais elle n’égrène pas vraiment dans le futur. Par la suite, il n’y aura plus de moment aussi dense en expression diversifiée dans un pays ou dans une région.

C’est qu’entre-temps -mais je m’avance- une réalité va dévaster toute possibilité de reproduction de cet état d’esprit : le parti.

  1. Je m’engage dans l’accord par proximité. []
  2. Aussi, n’oublions pas à qui la Révolution devait cette guerre. []
  3. Sans doute aidés par l’idée qu’ils ne s’engageaient que pour une seule campagne. []
  4. « D’aujourd’hui et de ce lieu date une ère nouvelle dans l’histoire du monde. » []