J’en saigne

Je me rappelle avec émotion de mon passage (multiple et diversifié) dans l’enseignement de la communauté française de Gelbique.

Chacun d’entre nous, petits professeurs, avions pour mission d’offrir à nos chères têtes blondes-z-et-brunes les bagages nécessaires pour leur permettre d’être compétitives (têtes=> féminin). Moi, individu enseignant, je devais donner à ma moyenne de 160 élèves par an tout ce qui leur était nécessaire pour atteindre au bonheur matériellement possible sur cette Terre, ceci passant naturellement par le marché de l’emploi.

Je me souviens également, en tant qu’historien, des beaux principes de Condorcet, de Rousseau et autres Ferry (Jules), qui conditionnèrent ma profession à croire en l’égalité prodiguée par l’État à ses enfants-citoyens via l’instruction publique; celle-ci devait permettre au chaland d’atteindre aux mêmes possibilités (aujourd’hui, on dit “chances”(1)) que le lecteur moyen de l’Echo et du Financieel Economische Tijd et de s’extirper du Lumpenproletariat qui, de facto, se réduirait à zéro. Le tout lui évitant de cultiver le désir saugrenu d’accrocher patrons et bourgeois à la lanterne avec les tripes du dernier curé.

Je vois là dedans une légère contradiction, pas vous?

Allez, je vous aide: sachant que le plein emploi est devenu depuis belle lurette l’un des sujets favoris de plaisanterie au Cercle de Lorraine au même titre que les blagues de Toto et les idées de Daniel Ducarme, comment concilier ces deux idées, à savoir pour rappel:
a) compétitivité;
b) égalité.

Je vous laisse mariner dans votre jus et je retourne à mes corrections… (ah, non, c’est vrai, j’y suis plus…)

(1) égalité des chances: Politique visant à procurer à chaque individu les moyens indispensables, instruction de base, formation professionnelle, accès aux soins de santé, conditions de logement, instruments de culture, etc., qui pourront lui permettre d’atteindre, compte tenu de ses aptitudes personnelles, le maximum d’épanouissement possible dans son état de vie. définition du Grand dictionnaire terminologique.

17 Responses to “J’en saigne”

  1. julien uh Says:

    a) je t’écrase la gueule
    b) allez gamin, reviens quoi, c’était pour rire
    mais : le maximum d’épanouissement possible dans son état de vie faut oser le dire 🙂

  2. Un Homme Says:

    Tabernak! C’est un dictionnaire québecois, tout s’explique…

    Sinon, pour expliquer un peu le principe qui sous-tend l’enseignement; l’idée est que chaque enfant commence son parcours avec les mêmes chances (c’est l’égalité) et que la compétitivité va les départager au cours des années, dans le but évident de séparer le grain de l’ivraie, à savoir le futur entrepreneur (héros méconnu de la nation) et le futur chômeur (fraudeur et fainéant bien connu).

    Logique, non?

  3. Un Homme Says:

    Il y a un commentaire invisible! 😮

  4. cAt Says:

    Je sais comment concilier compétitivité et égalité…
    Ca se termine en -ité, comme vacuité…

  5. oise Says:

    heu oui, mon commentaire n’est pas passé !!!

  6. tito Says:

    et donc?

  7. oise Says:

    Le rôle de reproduction de l’école est évident (cf. Bourdieu).
    Reproduction de classe, reproduction culturelle… (je ne suis ni sociologue ne historienne, d’autres pourront compléter au cas où)

    Il y a sans doute chez beaucoup de profs le sentiment réel et sincère de mener les élèves vers l’égalité, mais il est évident que ces derniers ne partent pas égaux, ils sont souvent déjà “déterminés” socialement…

    En tant qu’enseignant ayant conscience du jeu dans lequel on joue, il est d’autant plus nécessaire de développer l’esprit critique des jeunes (et des moins jeunes : je travaille avec des adultes, c’est la même chose).
    Bien sûr enseigner sa matière le mieux possible, mais aussi l’interroger, la mettre en doute, la mettre en contexte.
    Donner des “outils” pour intégrer le marché du travail, peut-être, mais surtout pour leur “rendre leur tête”* confisquée par la pub, la télé, la radio et les discours (politique, économique, culturel) qui dominent dans ces médias.

    Par rapport à ta question (comment concilier compétitivité et égalité), je la reformulerais autrement : étant donné qu’on ne peut concilier les idées de compétitivité et d’égalité, comme faire en tant que professeur pour s’en sortir et pour aider les étudiants à s’en sortir ?

    Pas facile. Déjà, orienter radicalement son cours vers une acquisition critique de la matière et mettre en évidence de manière explicite tout ce que les étudiants peuvent retirer de bon pour eux dans leur cours (et pas que pour le marché) : satisfaction de comprendre, de savoir lire, analyser, prendre position, capacité d’exprimer ses idées… Des armes essentielles également … pour lutter

    * J’aime bien l’image, lue dans ce dialogue entre Daniel Pennac (prof de français et ancien cancre) et un de ses élèves :
    ” – Les profs, ils nous prennent la tête, m”sieur!
    – Tu te trompes. Ta tête est déjà prise. Les professeurs essaient de te la rendre.”
    <“Chagrin d’école”, un très beau témoignage d’enseignant du père des Malaussène.

  8. MonsieurA Says:

    Nizan (mon popol) cite Ferry dans Les Chiens de Garde : « Il y a deux choses dans lesquelles l’Etat enseignant et surveillant ne peut pas être indifférent : c’est la morale et c’est la politique, car en morale comme en politique, l’Etat est chez lui, c’est son domaine, et par conséquent sa responsabilité », ou encore : « [L’Etat] s’en occupe [de l’éducation] pour y maintenir une certaine morale d’Etat, certaines doctrines d’Etat qui importent à sa conservation. »
    Et d’après vous, quel type d’Etat nous gourverne?…

    je me demande de plus en plus si un bon prof n’est pas simplement un prof qui fuit l’école.

    (NIZAN, Paul, Les chiens de garde, Paris, Maspero, « Petite collection Maspero », 1960 (1ère édition, Rieder, 1932), p.145)

  9. tito Says:

    Oise: alors le prof, s’il est vraiment prof, doit commencer par se demander si l’école est bien le lieu où il doit retrouver ses élèves… Le prof doit se demander si le lieu d’enseignement ne doit pas changer de nom et s’appeler rue, maison, bibliothèque, parc Asté… (heu, non), ferme, bois, champs, mer, plage, rivière, voire même syndicat, atelier, voire même bureau et usine (mais alors juste assez pour les dégoûter), etc.
    c’est dur, évidemment, mais je crois qu’on n’a pas le choix: va falloir passer à une déprofessionnalisation de notre profession. Ça va conduire à un prochain post, ça…
    Je le prépare…

    Monsieur A: c’est presque de l’auto-citation, dis donc, méfie-toi…

  10. MonsieurA Says:

    héhé, en fait c’est un peu toi que je cite presque
    😉

  11. oise Says:

    thitho : si tu me finances, je veux bien créer mon école dans mon salon moi hein…

  12. tito Says:

    oise: je constate, tu finances 🙂

    à chacun son boulot 😀

    Non plus sérieusement, c’est toute une mentalité à démémager, une révolution dans l’éducation avant la révolution proprement dite; une révolution qui nécessite d’une révolution pour être menée…

    Mais on peut peut-être commencer oui, un jour, qui sait?

  13. MonsieurA Says:

    hop, moi je suis partant pour commencer!

  14. oise Says:

    thitho : moi j’ai pas les moyens, je ne suis qu’une… prof

  15. tito Says:

    ben oui je sais, je plaisantais…

    Mais il doit y avoir d’autres moyens de faire

    bon je dois préparer ce post sur la déprofessionnalisation des profs…

  16. oise Says:

    Plus sérieusement : oui, je suis d’accord, il y a d’autres lieux qui “font école”.
    Et oui, l’éducation doit se faire partout, par tous. Pour utiliser une expression à la mode, “c’est l’affaire de chacun” : les parents, les non-parents et les « en saignant ».

    Mais je reste assez attachée à “l’école” en tant que service publique rendu dans un lieu spécifique.
    Pourquoi : pour moi, la maison, la bibliothèque, la ferme etc. ne doivent pas se substituer à l’école : il s’agit de lieux différents qui coexistent et se complètent, et qui permettent à l’élève, par exemple, de vivre d’autres expériences (en plus de consacrer une période de la journée à l’étude proprement dite, jouer avec des copains, manger ensemble, se disputer/tisser des amitiés, faire du sport,…) que celles vécues à la maison. Il s’y construisent d’autres vies, d’autres relations et c’est pas plus mal.

    Mais il faut repenser et transformer ce lieu et surtout ce qu’on y fait, comment et pourquoi.

    Quant à la déprofessionnalisation des profs… Je ne sais pas, je dois y réfléchir. J’attends ton post 😉

  17. thitho Says:

    Je vais devoir décomposer mon post en deux parties;
    une première plus argumentée et ennuyeuse,
    une autre plus ludique et participative,

    parce que j’ai déjà essayé de l’écrire deux fois et chaque fois c’est impubliable sur un blog à moins d’avoir l’audience automatique d’un journaliste du Soir ou de Libé.
    (quoi? ah mais pas du tout, je ne suis pas jaloux!)

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