Si le sage montre la Lune, accuse-le d’antisémitisme
Je me doute que je ne vais pas m’attirer que des copains en disant cela, parce que, même parmi mes amis, on me dit: « tous les poncifs de l’antisémitisme sont dans cette affiche ».
Alors, c’est très curieux, mais, quand je lis le texte, je ne vois aucune allusion au Juif errant, ni à la finance, ni à aucune maladie, non, ce que je vois, c’est un texte qui appelle à une manif contre l’extrême-droite et contre ceux qui relaient les idées d’extrême-droite… Il me semble que c’est assez clair.
Ensuite, je vois un visage qui n’est pas à son avantage, mais qui ne me semble pas être une caricature: peut-être l’image a-t-elle été travaillée par IA, mais sans doute avec l’instruction: prends la tête de ce type et fais-lui un rictus de colère.
Car l’affect principal de l’extrême-droite, c’est la colère. L’affiche reprenant le visage du présentateur vedette de Bolloré m’a beaucoup plus rappelé ces deux images, l’une une affiche, l’autre une Une de Libération, représentant Jean-Marie Le Pen. L’un en colère, l’autre grimaçant à la manière de Mussolini.
Charlie Hebdo a fait des caricatures bien plus proche des poncifs de l’antisémitisme concernant le même individu (voir ci-dessous également). Rien n’est venu de l’arc Salamé-Ciotti. Rien de rien.
Regardez ces deux caricatures de Charlie Hebdo (parmi bien d’autres). Dites-moi en quoi elles sont moins antisémites que l’affiche incriminée. Ou plutôt, dites-moi en quoi l’affiche incriminée serait plus antisémite que celles-ci.
Alors, je me demande: pourquoi hurle-t-on contre cette affiche du 22 mars? Ne serait-ce pas parce qu’elle est éditée sous la responsabilité de La France Insoumise?
je me suis tapé une cinquantaine d’affiches antisémites (vraiment antisémites): les affects reproduits sur celles-ci sont généralement l’avidité, la cupidité, le désespoir, la satisfaction, la fourberie, voire l’indifférence ou la surprise (quand le juif est surpris par les « glorieux » ennemis de la juiverie), mais pas la colère.
Voici quelques exemples de ces affiches, toutes plus dégueulasses les unes que les autres, mais bien illustratives de mon propos.
Exemple de désespoir:
Exemple d’avidité:
Exemple de satisfaction:
Un autre, parce qu’il est vraiment parlant (et odieux):
Deux exemples de fourberie:
Ces affiches monstrueuses ne montrent pas un juif en colère, mais un juif avide, fourbe, satisfait ou répandant le désespoir sur le monde.
Quant à la comparaison reprise à partir de l’affiche hollandaise que voici, et que l’on pourrait considérer comme valable, j’aimerais qu’on y fasse un minimum de sémiologie:
il faut vraiment le vouloir pour faire un parallèle entre ces deux affiches:
l’une est une caricature, l’autre pas;
dans l’une on voit un buste, dans l’autre, juste une tête qui flotte dans le noir;
le visage d’Hanouna est légèrement penché sur le côté, pas la caricature;
le nez est exagérément long à droite, pas à gauche;
Hanouna porte une moustache, pas la caricature;
les rides sont très marquées à droite, elles sont à peine visibles à gauche (autour des yeux un peu, et les plis des joues);
le sourcil relevé à droite ne l’est pas à gauche (on verra plus loin que ce n’est pas anodin);
et on peut parler des oreilles tant qu’on veut: elles n’ont rien en commun;
enfin, analysons les affects représentés: à gauche, le personnage de Hanouna est manifestement en colère; à droite, ce que je vois, c’est beaucoup plus de la fourberie – voyez l’oeil droit plus ouvert et le sourcil relevé indiquant que le personnage s’apprête à faire un mauvais coup. Comme dans ces trois exemples-ci:
Or, je le répète: le poncif de l’affect d’extrême-droite, c’est bien plus la colère, une colère franche et emplie de haine. Les affects liés à l’antisémitisme sont bien plus ambigus, la fourberie et la cupidité étant sans doute les plus évidents.
Bref, je veux bien faire de la sémiologie, mais il faut le faire à fond.
C’est à se demander si le parallèle effectué n’en dit pas plus sur l’antisémitisme de l’auteur du parallèle que sur celui de l’affiche LFI.
Je n’en dirais pas autant pour celles et ceux qui sont tombés dans le panneau: l’accusation d’antisémitisme fait tellement peur qu’on craint absolument de se la voir décerner. Car, dans notre société européenne et occidentale, le titre d’antisémite, c’est l’assurance de la diabolisation.