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Dernier tango à Davos

Friday, January 18th, 2013

On a tort de dire que les capitalistes ne savent pas se remettre en question. En fait, quelque part, on aimerait qu’ils le fassent… moins.
Je reçois dans ma boîte mail le dossier de l’Echo Week-end, à paraître, avec en tête le titre “Profil bas à Davos”. Tiens, peut-être un acte de contrition en projet sur les hautes montages de la finance et du pouvoir? Pour rappel, Davos est ce petit lieu cossu isolé dans les hauteurs helvètes où chaque année se réunissent les auto-proclamés maîtres du monde d’en bas (en attendant celui des cieux, naturellement); ceux-ci invitent dans leurs anneaux généralement l’un ou l’autre élu du peuple -les moins repoussants-, histoire de montrer qu’ils sont ouverts aux choses de la démocratie.

Une forme de consécration, de reconnaissance, pour ces valets. Bref…

Généralement, l’arrogance de “ceux de Davos” n’a d’égal que les mesures de sécurité qui entourent leurs réunions. Il est rare de trouver dans leurs discours des traces de compassion envers les syndicats, de sympathie pour les mouvements alternatifs ou d’ouverture à l’invite des paysans sans terre. En général, leurs réunions se soldent par des appels à plus de liberté (d’entreprendre), moins de contrôle (sur les déplacements d’argent), ce genre de choses, et surtout des critiques aux auteurs de lois allant dans le sens inverse.

Croissance, dérégulation, privatisation sont les éléments de langage les plus agréables à ces précieuses oreilles.

Mais bon…

Par ces temps de crise, qu’il est de plus en plus difficile de n’attribuer qu’aux méchants gouvernements (qui sont méchants, de fait) ou aux sans-papiers, il fallait bien qu’ils admettent… mais quoi? On verra ça ce week-end… Ou plutôt, cherchons l’article sur le web, qui sait? Il est peut-être déjà en ligne. Tapotons “Profil bas à Davos”…

Ah ben non, pas d’article de 2013, mais… tiens… un article intitulé “Davos a adopté un profil bas”… On y lit:

«Plus personne ici (à Davos, donc) n’ose dire que, puisque c’est le business qui sauvera le monde, il ne faut pas gêner le business, explique un participant. Responsables d’entreprises et politiques sont bien obligés d’admettre certains dysfonctionnements de la mondialisation». Comme celui d’une finance globalisée, souvent pris en exemple à Davos, notamment par le Nobel d’économie, Joseph Stiglitz.

Participant samedi à une table ronde, il a pu dénoncer les méfaits d’une finance globale sans garde-fous, devant un parterre de patrons, sans être contredit. «Ces considérations n’auraient jamais eu droit de cité ici, il y a encore peu, estime le directeur général de l’Organisation internationale du travail Juan Somavia. Car avant, Davos était trop occupé à faire du business pour s’angoisser».

Oh ben ça alors.

Quelle audace dans les éléments de langage!

D’un article qui remonte à

2004

Et oui…

9 ans plus tard, Davos repart-il à la pêche aux indulgences?

Ze Marché of ze Nations

Monday, September 10th, 2012

Après Johnny, le “Johnny national” des Français et des Belges, qui fut pourtant longtemps plus étatsunien qu’autre chose, c’est au tour d’un autre pauvre privilégié de la vie de venir demander la nationalité belge, un certain Bernard Arnault, l’homme le plus riche d’Europe, LVMH-man, l’un de ces hommes qui murmurent à l’oreille des présidents, tous partis confondus.

Dans le Canard Enchaîné de cette semaine, page 4, le non-lecteur de la Tribune ou des Echos apprend qu’il pourrait bien devenir moins intéressant pour un Français de mourir en Suisse, à partir de 2014, car le pays par excellence de l’évasion fiscale (bon, avec le Luxembourg, les Iles Caïmans, Gersey, le Liechtenstein, Monaco, Andorre, et une bonne cinquantaine d’autres destinations amusantes) pourrait en venir à taxer les successions comme en France suite à un accord avec son grand voisin.

En Belgique, une information sur un possible arrangement entre la Suisse et la Belgique concernant le secret bancaire et la taxation de capitaux discrets de certains de nos compatriotes a fait un petit buzz cette semaine. Mais comme Reynders n’est plus ministre des Phynances, il est possible que le côté un peu trop “One shot” de l’affaire, porteur électoralement, ne séduise pas tout le monde -mauvais joueurs!

Et on ose dire que le système n’est pas libéral

Qu’est-ce que le libéralisme, sinon la possibilité pour le consommateur de choisir à son gré le produit qu’il désire sur un marché ouvert, en fonction du prix, des conditions, des contraintes? Si je veux acheter une voiture, sur un marché libre, en effet, je dois considérer son prix, ses qualités propres, ses défauts, mais aussi les conditions de vente: la garantie qui l’accompagne, par exemple, mais également les conditions de financement ou les conditions de reprise, bref, plein de choses.

L’intervention des Etats dans ces conditions joue aussi: il arrive que, pour relancer l’économie, un Etat décide de réduire temporairement une taxe sur un produit (le carburant par exemple) ou de proposer de meilleures conditions de reprise de véhicules anciens. Le consommateur averti -et dans un marché libéral idéal, le consommateur est averti- profitera de ces moments également. Donc, le temps devient aussi un facteur à considérer sur le marché de la consommation. Quelque part, l’Etat étend le marché libéral au-delà de l’espace, dans le temps1. Le “lieu” du marché avance dans la quatrième dimension.

Avec la mécanique quantique et la théorie des cordes, qui sait où le marché s’arrêtera…

Ceci pour rappeler que l’Etat, loin d’être un obstacle au libéralisme, en tant qu’acteur agissant sur le marché (que le consommateur, comme le producteur, le distributeur, le vendeur, doit considérer), au contraire, l’entretient, fait jouer les axes de la loi de l’offre et la demande. Geindre sur l’Etat sous prétexte qu’il serait un frein au marché est de la dernière des hypocrisies. Au contraire, l’Etat augmente les facteurs de décision, propose des arguments dynamiques au marché lorsque celui-ci a trop tendance à s’endormir.

C’est l’Etat qui ouvre les vannes de l’immigration, quand les entrepreneurs ont besoin de main-d’oeuvre corvéable et d’un matelas de chômeurs officiels, ou qui les ferme, non pas tant pour réduire ce matelas que pour clandestiniser les nouveaux arrivants pour des raisons aussi économiques que politiques.

C’est aussi l’Etat qui relance les investissements, par le jeu des Partenariats Public-Privé ou par les guerres qu’il provoque un peu partout dans le monde. Sans l’Etat, toute une série de grands chantiers n’auraient pas vu le jour, car le privé, qui aime la sécurité, n’aurait pas osé les entreprendre. Ce qui explique aussi le jeu de balancier entre les privatisations et les nationalisations qui, loin d’être purement idéologiques, suivent également des trajectoires mercantiles, l’Etat intervenant plus souvent lorsque les acteurs privés n’en peuvent mais, ou qu’ils ont besoin d’un coup de pouce par manque de capitaux -après tout, une nation, c’est un très, très vaste capital disponible et qu’il n’est pas inintéressant d’exploiter, mais… il ne faut pas que ça se voie trop…

C’est aussi l’Etat qui joue des coudes pour favoriser -ou non- les entreprises “nationales” (expression bien comique quand on sait que le capital se fiche des frontières), dans un souci certes électoral, mais surtout parce que l’Etat, en tant que facteur agissant sur l’économie, est le lieu d’un marché d’influences très important: avoir un pied, un bras, ou plus, au sein du législatif, ou mieux de l’exécutif, c’est, après tout, un actif au sein de son capital, c’est, pour une entreprise, aussi important que d’avoir des liquidités disponibles ou des biens immobiliers.

Lorsqu’une nation propose de meilleures conditions de vie aux grandes fortunes de ce monde, celles-ci se posent la question: vaut-il la peine de m’exiler pour rejoindre d’autres foyers? Autrement dit, l’investissement de l’ensemble des formalités, en plus du déménagement sera-t-il amorti par les avantages que je trouverai en traversant la frontière et en m’installant à Bâle ou à Uccle? C’est exactement ce genre de raisonnment que se font ces grandes fortunes, et c’est exactement ce genre de raisonnement que l’on se fait lorsqu’on hésite entre conserver sa bonne vieille guimbarde qui consomme un peu trop ou acheter le dernier outil technologique à consommation hybride (qui, par ailleurs, ne préservera guère plus l’environnement que si on avait gardé la vieille, mais nous sortons du sujet). Si vous n’avez pas de voiture, reportez le même raisonnement sur vos récentes hésitations concernant tel outil de communication -téléphone portable, netbook, tablette, que sais-je? C’est exactement la même idée: la France, pour Bernard Arnault, c’était à ses yeux un gros portable en bout de course, et il a décidé de s’offrir la dernière tablette, parce qu’au fond, son utilisation lui reviendra moins chère.

En quoi sortons-nous des principes du libéralisme?

Eclairez-moi, car je ne vois pas…

  1. Oui, je sais, le temps était *déjà* une dimension économique sans l’Etat, oh, on chipote. []

Quand ils sont venus jeter la Grèce, je n’ai rien dit…

Monday, May 14th, 2012

Et si, au lieu de mettre la Grèce dehors, on y réfléchissait à deux fois…

Quel pays fait pression sur nos salaires sous prétexte qu’il est le pays le plus compétitif et qu’il exporte plus qu’il importe?

Dans quel pays un chef d’Etat “social-démocrate” a-t-il permis que les entreprises engagent des mandaïs à 1 euro de l’heure?

Quel pays est un modèle de traitement des étrangers en Europe?

Le chef d’Etat de quel pays est actuellement le blocage principal à une politique un chouia différente histoire de considérer la crise autrement qu’à l’aune de la rigueur?

Alors, certes, je ne me fais guère d’illusion sur les dirigeants des autres pays de l’UE, mais, à tout prendre, s’il faut sortir un pays de l’UE, si on considère que l’important dans une Union Internationale, c’est la solidarité, et pas la compétitivité, alors, c’est les Teutons qu’il faut sortir, et pas les Grecs.

Si on sortait l’Allemagne Fédérale, que se passerait-il?

On donnerait un signal fort que ce sont les partenaires les moins intéressants socialement qui risquent le plus gros;
L’Euro se prendrait un grand coup dans les dents et on aurait en retour plein de touristes et les exportations reprendraient de plus belle;
Les moins forts de l’UE se sentiraient plus à l’aise dans la discussion, et il me semble que dans une organisation qui se veut collective, marcher au rythme des moins rapides est plus intelligent que de faire courir tout le monde;
De la même manière, les petits pays gagneraient en poids pour rééquilibrer le dialogue, aujourd’hui dominé par quelques grosses pointures.

En plus, il paraît qu’elle y pense…

Alors, aidons-la…

Exclusif! Un politique propre sur lui!

Saturday, January 28th, 2012

Van Quickenborne : “La grève ne servira à rien “

Le vice-Premier ministre VLD estime que le gouvernement donnera une mauvaise image de la Belgique. Car le grand nettoyage a bien lieu et il va aboutir.

Entretien

Le vice-Premier ministre et ministre des ménagères de moins de 50 ans, Vincent Van Quickenborne (Open d’Australie), a fait le déplacement à Davos, le pays des gens propres, où il a assisté, ces deux derniers jours, au Forum des Maîtres de l’Univers. Est-ce là qu’il puise ses idées pour ranger son grenier ? Nous l’avons interrogé entre deux exposés.

Quelle belle idée allez-vous nous ramener de Davos ? Comment mieux organiser le grand nettoyage de nos maisons ?

Le nettoyage, chez moi, a lieu quasiment tous les jours depuis le 2 janvier. Ma présence à Davos est importante. Davos est un des plus importants meetings entre Maîtres de l’Univers. Il y a notamment Monsieur Propre, Madame Net, la Mère Denis, et Hercule, qui a nettoyé les écuries d’Augias, comme vous le savez. C’est ici que l’on discute de nouvelles méthodes de nettoyage de la planète après les flots de boue que l’on a connus. Notre voix, celle de la Belgique, doit être entendue: on est super bons pour le recyclage des boues. J’ai pu ainsi rencontrer des Chinois, potentiellement intéressés par nos idées pour le rangement des caisses de détergents: on est performants là-dedans aussi. J’ai aussi eu des entretiens avec le “chief executive officer” de Thaï Cleanways, qui a ouvert une ligne de produits de vaisselle super cool, une ligne qui a encore beaucoup de potentiel éco-vert. Je dois également rencontrer ce samedi Olli Rehn, le commissaire européen aux lubrifiants et aux dégraissants.

Ah…1 Vous allez devoir le rassurer quant à la position de la Belgique après les critiques cinglantes de Paul Magnette à l’égard de la propreté aux bureaux de la Commission européenne… ?

Je vais lui répéter, bien évidemment, que nous respecterons nos engagements quant à la propreté des locaux parce que la Belgique aime la blancheur et l’odeur de citron. Il faut rétablir au plus tôt l’équilibre entre citron et javel et le déficit de propreté ne doit pas dépasser, cette année, les 3 % des espaces urbains. C’est ce qui est prévu et c’est ce que nous ferons.

Il y a une grève générale des femmes de ménage ce lundi 30 janvier en Belgique. Cela n’était plus arrivé depuis 50 avant Jésus-Christ. Pour justifier leur action, les bonniches pointent le manque d’attention des usagers des toilettes et de votre cabinet en particulier. Vous sentez-vous responsable de cette grève ?

Si j’avais eu plus de temps fin décembre 2011, j’aurais sans doute fait caca différemment. Mais tout est allé très vite. Le 22 décembre, il y avait déjà une grève des laveurs de vitre: on ne voyait plus la ville de mon bureau. Depuis le 2 janvier, le nettoyage a lieu de manière optimale avec les étrangers employés au noir (rire), du secteur public et du secteur privé. Et je peux vous dire qu’on est tout près de conclure un récurage total avec le secteur privé. Je ne vois donc pas pourquoi les bonniches organisent une grève avec le secteur public. Je ne comprends pas pourquoi les récureurs s’associent à la grève. D’ailleurs, le mot récureur n’est même pas sur mon correcteur orthographique. La grève était dirigée contre les Maîtres de l’Univers, comme Monsieur Propre, Hercule, etc.. Mais je constate aujourd’hui que c’est la grève elle-même qui est devenue l’objet du rinçage et non plus les déménagements du gouvernement.

Pourquoi ?

Tout simplement parce que la grande majorité des gens accepte nos nouvelles normes de nettoyage: elles ne sont pas “maniaques de la propriété” mais bien “maniaques de la propreté”. On n’augmente pas le taux légal de la propreté domestique, on demande juste aux gens de nettoyer plus longtemps.

A quoi servira cette grève ?

Bof. Moi, je continuerai le nettoyage chez moi lundi prochain. La grève salira très fort le pays. D’abord dans les rues: les balayeurs sont des feignasses. Mais cette grève va aussi, surtout, porter un coup à la réputation de la Belgique: les Français, les Allemands, même les Suisses nous trouvaient très propres jusqu’ici. Cette grève aura lieu le jour du sommet européen sur la Javel et les éco-détergents. Et ce que l’on fait avec une grève, c’est justement l’inverse, c’est une économie stupide de Javel et d’éco-détergents. Que vont dire leurs producteurs?

  1. Là on sent que je journaliste réfléchit, d’où les petits points. Il va dire un truc qui va le mettre bien avec le ministre. []

cheval de Troie

Friday, December 16th, 2011

La guerre était trop longue; il fallait l’écourter. Ulysse proposa un stratagème: les armées grecques feindraient de partir, écoeurée par 10 ans de siège et la perte de tant de héros; on déposerait en sacrifice pour apaiser les dieux une immense statue de bois représentant un cheval devant la porte de la ville… Vous connaissez la suite.

La crise de 2007-2008, une crise d’origine financière, et non pas immobilière, ne vous laissez pas berner, infligea un si lourd tribut aux grandes compagnies d’investissement (AIG, Lehman Brothers, Freddie Mac, Fanny Mae, Citybank, etc.), ainsi qu’à toutes les banques du monde qui avaient cru pouvoir jouer aux durs avec les mauvais plans hypothécaires étatsuniens, -si lourd- qu’on laissa entrer le cheval; on régla leur note (pas à tous, il fallait pas que ça se voie trop), histoire d’apaiser les divinités du marché (vous ne vous rendez pas compte? Perdre Dexia? Ou pire: la nationaliser!), et les soldats (on ne va pas dire les Grecs, ce serait mal venu) une fois entrés dans la place s’emparèrent de toutes les forces vives de la cité -la cité, ce sont les Etats, débordés par leur dépendance aux marchés, qui se prétendirent incapables de se sauver eux-mêmes après avoir sauvé les banques… Affaiblis par cet énorme mouvement de crédit, dont les petits apprentis-sorciers de la finance se virent soudain gorgés tels des enfants de jouets dans les soirées de noël hollywoodiennes, les Etats feignirent de ne pas voir le gigantesque jeu de spéculation dont firent l’objet leurs prétendues énormes dettes (combien d’entreprises de tailles internationales se portent très bien avec une dette à long terme supérieure à leur chiffre d’affaires? C’est pas le chiffre d’affaires qu’une banque regarde pour leur prêter du pèze, c’est leurs actifs).

“Pris à la gorge”, les Etats se rendirent au tout puissant marché. Priam fut aussitôt exécuté, Paris tué, la ville réduite en flamme… Le Welfare-State était frappé à mort… Et la démocratie, déjà que, bon, je vous raconte pas…

Dix ans, qu’elle durait, la guerre de Troie; cela faisait près de trente ans que le détricotage de l’Etat-providence hérité du keynésianisme était en chemin en Europe… La privatisation des transports, des soins de santé, la poste, l’eau, le gaz, l’électricité, la réduction des moyens de l’enseignement… En vingt ans, le service public faisait eau de toute part… Mais ce n’était pas encore assez rapide… Troie étouffait mais refusait de mourir… Et les investisseurs avaient soif de plus de marché… Il fallait en finir… Vite!

Alors, certes, ils n’ont pas fait exprès de créer cette crise, mais ça a dû carburer ferme dans la tête des quelques milliers de petits Ulysses qui dominent les quelques millions d’empaffés qui tournent autour des marchés financiers.

Ils se sont dits, he!, la voilà l’occasion! On lance quelques tirailleurs sénégalais en première ligne (qui spéculent sur les dettes), on attend la fin du bombardement, et hop! On envoie les panzers (les eurocrates, les gouvernements de technocrates – Oui, je sais, ma métaphore s’étale sur deux guerres et deux camps, je m’en fous).

Et du côté des gouvernants, qui avaient toujours plus de mal à trouver les stratagèmes pour faire avaler la pilule, on s’est dit, he!, ça y est! Sans les mains! D’ailleurs, on se les est liées depuis longtemps avec les limites posées à “Bruxelles” pour empêcher les peuples de trouver une solution hors de la Forteresse Europe, toute belle, toute propre, sans guerre depuis 70 berges (sauf dehors, évidemment).

Et le plus beau, c’est la tactique:
trop de dépenses? Faut les réduire.
Ça contracte la croissance? Ça fout la trouille aux marchés.
Ils augmentent nos intérêts? C’est qu’on dépense trop.
On les réduit? Ça contracte la croissance.
Ça fout la trouille aux marchés? Ils augmentent nos intérêts.
Trop de dépenses?…

Z’avez saisi? Même pas besoin de guerre,… avec un peu de chance… Juste un soupçon de terrorisme de temps en temps…

Et pas un coupable! Pas un responsable identifiable! Ou alors, si, mais trop nombreux, pas de noms, ou trop de noms, surtout des concepts… C’est un peu comme des milliers de petits chevaux de Troie qui partent au sacrifice…

Franchement, ils auraient pu y penser avant! Trente ans pour la trouver, la combine, ils ne sont pas si malins que ça…

Surtout que, à bien y penser, de sacrifice, il n’y en a point.

Mais si, voyez: pour qu’il y ait sacrifice, il faut que celui qui sacrifie y perde quelque chose: un fils, un ami, un amour, son pognon. Or, ceux qui ont perdu se sont bien ramassés, mais… ceux qui gagnent, ce sont tous ceux qui, même s’ils ont un temps perdu un poil de cul de blé, s’y sont retrouvés aussitôt après. C’est comme aux échecs ou aux dames: on peut perdre toutes ces pièces sauf les deux ou trois seules qui permettront de gagner la partie, l’important, ce n’est pas de conserver sa dame sur le jeu, mais de gagner la partie.

Et, là, ils sont en train de bien la gagner.

Parce que, si on ne fait pas quelque chose, genre, prendre la rue, arrêter le travail, couper le courant dans les banques, griller les archives des notaires, prendre d’assaut les parlements et les supermarchés, voire une panoplie de tout ça, croyez-m’en, contrairement à ce que certains “experts” s’amusent à tartiner, le “néolibéralisme”, il a de longues décades devant lui. Et pas les plus belles pour les maroufles.

Le gâteau retrécit? Les convives augmentent? Si on ne fait rien, même les miettes, ils vont les banquer.

Et ils les fileront aux gardiens de la tour d’où ils nous regarderont nous entre’bouffer.

On n’a pas le choix, mon z’ami: faut leur foutre au cul grave, oublier nos querelles de clochers et anticiper ce qui nous tombe sur la tête…

Mais grave…

Ils nous font marchier

Wednesday, November 30th, 2011

On évoque souvent les marchés pour expliquer beaucoup de choses, un peu tout et son contraire. Ils seraient à la fois responsables de la prospérité et du fonctionnement de l’économie, mais aussi coupables de mouvements irrationnels et fauteurs de crises. Toujours pointés du doigt, jamais bien identifiés, les marchés ne sont pourtant pas une abstraction, puisqu’ils agissent dans le monde concret et ill n’est pas difficile de les définir.

Une première remarque tient au fait qu’ils sont pluriels. C’est qu’il existe un marché des commodities, un marché des futures, un marché immobilier (et de ceux-là, il y en a un par région), un marché du travail (dont les marchandises sont, je vous le demande???), un marché obligataire (et celui-là ne nous fait pas tellement rire en ce moment), doublé d’un marché de la dette (qui nous amuse peu également), etc., etc. Bon, mais il est clair que ce n’est pas de tous les marchés qu’on parle, lorsqu’on dit “les marchés sont inquiets”, “les marchés sont euphoriques”, “paniques sur les marchés”, etc.1

Une deuxième prémisse est de rappeler le but des marchés en général. Je ne parle pas du but de chacun des acteurs qui est de tirer de son capital un profit pour chacune de ses activités sur la scène, mais bien du but que les idéologues2 des marchés leur attribue. Ils sont censés apporter par le jeu de l’offre et de la demande, de la concurrence et de la liberté d’entreprise au plus grand nombre ce qu’il désire et permettre un progrès humain le plus harmonieux possible. Vous jugerez comme vous l’entendrez, en ce qui me concerne, j’estime que les marchés sont loin du compte.

Chaque marché a, en outre, ses acteurs. Ceux-ci peuvent indifféremment se retrouver dans plusieurs marchés et chacun d’entre nous fait plus ou moins partie d’au moins plusieurs d’entre eux. La plupart d’entre vous, chers lecteurs, faites partie du marché du travail, je suppose que ce n’est pas une surprise. Mais aussi du marché de la consommation des ménages, évidemment, au sein duquel on distinguera éventuellement celui de la distribution des services (eau, gaz, électricité). Qui ne fait pas partie du marché automobile, à part les deux ou trois attardés que j’envie et qui se servent de leurs pattes ou de leurs vélos? Le marché de la communication, et celui des transports sont également des constantes assez générales3.

Et puis, il y a “les marchés” dont nous ne sommes pas vraiment (nous, le commun des mortels, les externalités)4, les acteurs. Cependant, avant de parler de ces derniers, nous serions avisés de nous pencher sur le rationalisme de ceux qui nous concernent, en tant que consommateurs ou en tant que producteurs (salut, les patrons).

Prenons le marché des télécommunications. Nous constatons tous les jours à quel point celui-ci est faussé par l’impossibilité récurrente que nous subissons à comparer les différents produits qui nous sont proposés. Entre la téléphonie fixe, la téléphonie sans fil et les différents canaux d’internet, qui tous nous permettent de communiquer entre nous, à des tarifs variables, mais totalement incomparables car les conditions en varient systématiquement, il nous est impossible de faire un choix rationnel comme, a contrario, nous pouvons le faire entre deux marchands de pommes qui nous laisseraient goûter leur produit avant toute acquisition. Je ne vous ferai pas l’injure de vous rappeler tous les travers du marché des communications, vous y êtes fatalement confrontés si vous lisez ces lignes. Rien qu’entre les offres d’abonnements, toutes plus avantageuses les unes que les autres, il faudrait un programme informatique pourvu de centaines d’algorithmes pour parvenir à dépatouiller le meilleur rapport qualité/prix qui nous corresponde (si jamais il existe). En définitive, nos choix sont le plus souvent liés à des affects personnels qui ne concernent guère la qualité des produits, et seulement partiellement les prix.

Comment imaginer que l’ensemble des consommateurs -des acheteurs-, dotés d’intérêts, d’affinités (“J’ai pris Moxirange parce que ma copine l’a pris”) et d’intelligences si diverses puissent prendre des décisions rationnelles, faisant fonctionner librement un marché qui se trouve depuis longtemps extrêmement peu influencé par l’Etat. Et quand bien même il intervient, cette intervention peut être un argument favorable ou défavorable, en fonction des choix individuels. Les uns estimeront que l’Etat garantit l’emploi, la qualité, le service, d’autres qu’au contraire il leur nuit.

Portons tous ces arguments à l’échelle des marchés les plus importants (en termes financiers) qui sont bien plus diversifiés. Marché des garanties, des assurances, des devises, des obligations, des investissements, des produits dérivés,… le tout sous le regard des intérêts d’Etats qui, lorsqu’ils sont forts, sont capables d’influer plus ou moins, à travers divers organes et agences, sur leur ensemble.

Rappelons maintenant les acteurs de ces marchés: les Etats donc (qui offrent la garantie des monnaies et demandent des prêts), les banques (qui prêtent et investissent, qui servent aussi d’intermédiaires à de nombreux investisseurs), les entreprises, plus ou moins grandes (en recherches de prêts, mais aussi de possibilités de faire fructifier leurs liquidités), les fonds d’investissement (qui ne sont que des investisseurs parmi d’autres), et les milliers de milliers d’investisseurs qui agissent le plus souvent via des courtiers professionnels. Tous ces acteurs sont donc tantôt des institutions représentant des quantités impressionnantes d’intérêts divergents et variables, tantôt des individus dont les informations et les intelligences sont à ce point variées que l’idée même de transparence des marchés ne saurait être prise au sérieux. Et il faudrait ajouter encore tous les biais qui entravent la clarté: les intermédiaires et les informateurs (presse et initiés), pour avoir une idée honnête de la complexité des “marchés”.

Que les Etats interviennent, beaucoup, peu ou pas du tout, ne change pas grand’chose, lorsque l’on considère la masse si énorme des personnes impliquées (personnes morales, personnes physiques). Les Etats ne sont que des éléments parmi d’autres, certes d’importance, mais qui, pour les autres acteurs, ne sont que des obstacles (ou des soutiens) comme les autres. Après tout, les contraintes issues des Etats ne sont pas plus problématiques pour chacun d’entre eux que leurs collègues: ce sont simplement des facteurs dont il faut tenir compte, comme les concurrents, les circonstances extérieures ou le niveau individuel des informations. Des facteurs dont certains savent se servir, d’autres non. Imaginer un marché libre s’il était débarrassé des Etats n’est pas très malin. Il y a toujours des contraintes dans un marché, et les joueurs doivent jouer avec.

Au total, les marchés ne sauraient être rationnels, ni même suivre leur “rationalité” irrationnelle. Il ne peut y avoir de cohérence possible avec tous ces éléments pris dans leur ensemble5. Sans compter qu’avec l’apparition de phénomènes financiers différents tous les lustres, les exercices de prévision sont toujours en retard d’une guerre sur la réalité. Les économistes les plus sérieux sont suffisamment honnêtes pour reconnaître que leur art ne pourra jamais être une science6. De grands principes généraux -des axiomes-, des variantes dans la défense du libéralisme, du marché, une reconnaissance échelonnée du rôle de l’Etat, voilà tout ce que peuvent sortir ces grands personnages. Mais aucune démonstration scientifique, pas de laboratoire, seulement des effets de manche, des morceaux de raisonnements souvent contradictoires, des équations qui pourraient montrer x choses différentes, des chiffres qui, pris isolément ou même en groupes, ne représentent chaque fois que des parties de réalité et surtout l’expression claire d’intérêts particuliers qui défendent chacun leur chapelle, elle-même ouvertement fondée sur l’égoïsme, la cupidité, sur une vision de la nature humaine étriquée et qui néglige ou nie la compassion, la solidarité, la coopération, l’entraide, quatre éléments fondamentaux du progrès humain et de la vie en société.

C’en est au point qu’ils estiment que l’expression de ces facteurs sont… des obstacles aux marchés.

On croit rêver: rien que pour cela, leur public devrait fondre.

  1. On se demande parfois si les marchés ne prennent pas des acides suivis de barbituriques. []
  2. De Smith, Ricardo et Mieses à Keynes et Stiglitz ou Krugman. []
  3. Sans oublier les marchés politiques, et celui qui me désole le plus en tant que militant: le marché de la gauche. []
  4. Les externalités sont les acteurs qui ne savaient pas qu’ils faisaient partie du deal en cours. Parmi les externalités, on compte par exemple l’environnement, les chômeurs, les travailleurs. La plupart du temps, les externalités sont les victimes plutôt que les bénéficiaires de ces situations. []
  5. Songez à l’équation #acteurs*#informations diverses*#marchés différents*#circonstances extérieures. []
  6. Honnêtes, mais défendant encore le capitalisme qu’ils veulent sauver à tout prix. []

Jean Ziegler, Atlas de la faim.

Sunday, November 6th, 2011

Obscur, ce titre? Allons, qui ne connaît la croisade planétaire de l’Helvète le plus propre (dans sa tête), dont rares doivent être les fans issus du monde bancaire. Ziegler est le héraut des affamés de la Terre (ou des damnés de la faim). Il a écrit un énième bouquin sur le sujet, que je ne peux que vous recommander de lire incessamment tant il brûle d’actualité. Ziegler est encore parvenu à y mettre de nombreux événements (évènements selon la nouvelle orthographe, donc on va tenter de s’y coller) de cette année encore, pour montrer que décidément les instances internationales, à commencer par le FMI, ne font rien de bon pour enrayer la chose. Certes, on s’en doutait un peu, mais il est toujours bon de pouvoir étayer nos discussions d’exemples concrets.

Pour preuve, un seul exemple (parmi combien!!!), que je reprendrai ici, celui du Niger, qu’il explique au chapitre 3 de la première partie.

“Le Niger est un magnifique pays du Sahel de plus de un million de kilomètres carrés, qui abrite certaines des cultures les plus splendides de l’humanité -celles de Djerma, des Haoussa, des Touaregs, des Peuls1 (…)Le Niger possède 20 millions de têtes de bétail, chameaux blancs, zébus à cornes en lyre, chèvres (notamment la jolie chèvre rousse de Maradi2 ), moutons, ânes. Au centre du pays, les sols sont gorgés de sels minéraux qui donnent aux bêtes qui les lèchent une chair extraordinairement ferme et goûteuse.

“Mais les Nigériens sont écrasés par leur dette extérieure. Ils subissent donc la loi d’airain du Fonds monétaire international (FMI). Au cours des dix dernières années, celui-ci a ravagé le pays par plusieurs programmes d’ajustement structurel successifs.

Le FMI a notamment ordonné la liquidation de l’Office national vétérinaire, ouvrant le marché aux sociétés multinationales privées de la pharmacopée animale. C’est ainsi que l’Etat n’exerce plus aucun contrôle effectif sur les dates de validité des vaccins et des médicaments. (…)

“Désormais, les éleveurs nigériens doivent acheter sur le marché libre3 de Niamey4 les antiparasitoses, vaccins et autres vitamines pour traiter leurs bêtes aux prix dictés par les sociétés multinationales occidentales.”

Ziegler raconte ensuite comment les éleveurs, vite déstabilisés par ces prix ruineux, en viennent à abandonner leurs activités rurales et grossir les populations des bidonvilles.

“A ce pays de famines récurrentes, où la sécheresse expose périodiquement hommes et bêtes à la sous-alimentation et à la malnutrition, le FMI a imposé la dissolution des stocks de réserve détenus par l’Etat -et qui s’élevait à 40000 tonnes de céréales. L’Etat conservait dans ses dépôts ces montagnes de sacs de mil, d’orge, de blé afin, précisément, de pouvoir venir en aide, dans l’urgence, aux populations les plus vulnérables en cas de sécheresse, d’invasion de criquets ou d’inondations.

“Mais la direction Afrique du FMI à Washington est d’avis que ces stocks de réserves pervertissent le libre fonctionnement du marché. En bref: que le commerce des céréales ne saurait être l’affaire de l’Etat, puisqu’il viole le dogme sacro-saint du libre-échange.

“Depuis la grande sécheresse du milieu des années 1980, qui avait duré cinq ans, le rythme des catastrophes s’accélère.

La famine attaque désormais le Niger en moyenne tous les deux ans.

5

Ziegler explique ensuite que le Niger est pourtant la deuxième source d’uranium dans le monde, mais qu’Areva, société française, sous contrôle d’ailleurs de la République des droits de mon… de l’Homme, en conserve jalousement les droits d’exploitation sans pratiquement aucun bénéfice pour le Niger, dont l’ancien président Mamadou Tanja a tenté de changer la donne en mettant Areva en concurrence avec une entreprise chinoise6.

“La sanction fut immédiate. Au matin du 18 février 2010, un coup d’Etat militaire porta au pouvoir un obscur colonel du nom de Salou Djibo. Celui-ci rompit toute discussion avec les Chinois et réaffirma “la gratitude et la loyauté” du Niger vis-à-vis d’Areva.”

7

Ziegler pose ensuite que la tragédie de la faim endémique au Niger pourrait être évitée par un simple programme d’irrigation, proposé par la très gauchiste Banque Mondiale elle-même. Mais, comme le Niger ne peut toucher aux dividendes de l’Uranium, elle n’a pas le premier cent pour initier le projet.
———————————————

Il est remarquable de constater que, plus le marché est libre, moins il a de possibilités de l’être véritablement. La demande, dans des situations de flux tendus organisés, sera toujours soumise aux dictats de l’offre qui organisera sa raréfaction ou supprimera la concurrence par sa capacité à user des bras armés locaux ou extérieurs. C’est une règle générale8: aussi bien les Etats aux ordres des multinationales, que les organisations internationales à ceux des entreprises jalouses de leurs droits à fixer les prix les plus absurdes, que les Nations dites avancées, civilisées ou démocratiques, que les trois ensemble, n’ont de cesse de réduire la possibilité des collectivités fragilisées (qu’elles soient de pays émergents, de communes en difficultés plus près de nous, d’organisations régionales, d’associations de soutien aux plus démunis) de s’organiser, de se défendre, de prévoir le pire, au nom de la sacro-sainte loi de l’offre et de la demande, du marché libre, qui ne se préoccupent pas du quotidien des individus, mais seulement des joies des flux tendus, des exaltations des marges de profit et des orgasmes de ses innovations en tous genres.

Désirer le marché libre dans une société de 7 milliards d’individus dont les aspirations sociétales sont extrêmement diversifiées, dont les organisations traditionnelles (et parfois bien plus démocratiques que les nôtres) ne sont le plus souvent pas en demande de changement, en tout cas pas par l’extérieur, dont les équilibres sont fragiles, mais résistants depuis des siècles, parfois des millénaires, et menacés en permanence aujourd’hui par les lubies des règles commerciales internationales, désirer donc le marché libre, c’est passer à la moulinette les droits à la vie, à l’alimentation, à la santé de la plupart de ces femmes, de ces enfants et de ces hommes.

Les discours qui prétendent que le sacrifice de “quelques-uns” (potentiellement un milliard, quand même, en ce moment) pourrait amener dans l’avenir au mieux-être progressif de tous sont de terribles menaces rhétoriques car ce mieux-être est promis depuis plus de deux siècles par les mêmes raisonnements dont les effets sont toujours, disent-ils, repoussés à plus tard à cause même des interventions des Etats qui les empêchent de s’accomplir.

Or, aucun Etat au monde ne s’arrêtera jamais, “par delà le bien et le mal”, d’intervenir, soit pour le profit de ses populations, soit -plus souvent- pour le profit de ceux qui sauront le manipuler. Les libéraux -les vrais libéraux- ne pourront donc montrer la véracité de leur discours -si tant elle qu’il y ait une once de vrai dedans- qu’une fois ces Etats disparus.

La disparition de ces Etats, si on y réfléchit quelques minutes c’est, en deux temps, une terrible et meurtrière transition, certainement très longue, qui mènera une proportion gigantesque (à mon avis plus des deux tiers) de la population à une mort prématurée et sans doute horrible (guerre, famine, épidémies, pour ne parler que des fléaux les plus évidents), qui n’épargnera aucune région et qui aura pour résultat (deuxième temps) une situation où les plus “chanceux” se seront appropriés des espaces plus ou moins bien protégés qu’ils défendront au moyen de petites armées privées contre les voisins immédiats et d’alliances d’intérêts mutuels avec des pairs qui ne manqueront pas de se retourner les uns contre les autres à la moindre occasion d’agrandir leurs forteresses.

Même la réduction de l’Etat aux seules fonctions régaliennes (justice, police, armée) n’aide pas à sauver le système. N’oublions pas que ce type d’Etat a déjà existé par le passé (Rome fonctionnait sur ce modèle) et qu’il était particulièrement impérialiste et violent.

Le libéralisme, n’en déplaise aux plus sincères d’entre eux, se décline en réalité selon ses principes économiques, depuis très longtemps (Selon moi, on peut en établir les prémisses aux époques de constitution des premières cités-Etats, avec l’élaboration des premiers principes de la propriété impliquant l’abusus.)). Les Etats, jouets de lobbies, de groupes de pression, dirigés par les hommes liges des milieux d’intérêts privés, ne sont guère plus que des facteurs d’importances sur les places des marchés internationaux et même nationaux.

Sur un marché, celui qui en connaît le mieux les facteurs divers et qui peut les manipuler à son avantage est celui qui s’en tirera le mieux. Celui qui a un bras au ministère des affaires économiques ou dans une caserne militaire n’aura aucun mal à faire jouer les leviers en sa faveur de la même manière qu’un entrepreneur parviendra à user de son service marketing pour mentir mieux que son concurrent sur l’intérêt de son produit. Le libéralisme ne pourvoit pas le monde des meilleurs produits au meilleur prix pour les deux acteurs de la vente. Il obéit à la loi du plus roublard.

On n’en sort pas: le libéralisme, c’est un (joli) leurre dangereux.

Je suis contre.

  1. Il faut reconnaître à Ziegler une verve émotionnelle touchante, qui tranche avec son propos dont le ton est immensément argumenté, posé, rationnel. Cette double tendance, chez lui, a probablement l’intention de faire vibrer la fibre humaniste et de nous convaincre par la raison. Ce n’est pas un exercice facile, mais il est remarquable dans l’efficacité, aussi bien écrite qu’orale, lorsqu’il intervient dans une émission de radio (comme Là-bas si j’y suis, l’an dernier) ou de télévision (encore récemment chez l’à peine satisfaisant Mattéi. []
  2. quand on vous disait qu’il était lyrique. []
  3. Les libéraux iront peut-être dire qu’il manque des guillemets ici?? []
  4. A 1000 km de la côte atlantique. []
  5. J. ZIEGLER, Destruction massive. Géopolitique de la faim, Paris, Seuil, octobre 2011, p. 57-58. []
  6. Notons que ceci ne disculpe probablement pas Tanja des charges de corruption qui pèsent sur lui, mais il est éclairant que le bonhomme a pu rester au pouvoir tant qu’il n’inquiétait pas la position de la société française d’exploitation d’uranium, ndt. []
  7. Op. cit., p. 59. Ziegler précisé en note que l’actuel président élu du Niger est un “brillant ingénier des mines et cadres d’Areva. []
  8. dont les exceptions ne sauvent pas le système. []

Enterrement de première classe pour la croissance

Sunday, September 4th, 2011

Et si on envisageait avec un peu plus de sérieux l’idée que la croissance, décidément, n’est pas nécessaire à notre bonheur, en dépit de ce qu’un copain m’écrivait en suite de mon article sur Stiglitz1

En tout état de cause, nous allons devoir apprendre à vivre sans2, ou en tout cas nous résoudre à ce qu’elle ne soit plus omniprésente dans les rapports économiques. Ils trouveront sans doute autre chose pour nous faire rêver.

Personnellement, ma conviction est faite depuis longtemps: ce n’est pas la croissance qui crée de l’emploi ou de la richesse. Les exemples en sont légion3.

Non, la croissance n’est pas la source de notre meilleur-être.

Qu’est-ce que la croissance, d’ailleurs? C’est, pour prendre une définition parmi d’autres, mais qui se valent, l’augmentation de la somme de toutes les transactions commerciales et financières réalisées dans une période considérée. Autrement dit, quand vous vous occupez de votre potager, ou que vous aidez votre frangin à ravaler sa façade, que vous diminuez votre consommation d’électricité, ou que vous prenez votre vélo pour aller au boulot, vous contribuez à la réduction du PIB, vous combattez la croissance. Et pourtant, il me semble que vous créez de la richesse.

Si vous ouvrez un supermarché, vous contribuez à la croissance car vous allez faire circuler une quantité bien plus importante de valeurs monétaires et financières que les détaillants qu’il remplace. Mais, même si vous créez des emplois localement, vous en détruisez bien plus autour. Par ailleurs, les supermarchés poussent à la réduction des emplois en rationalisant au maximum les rôles dans le magasin: il faut s’attendre à des politiques toujours moins créatrices d’emploi et toujours plus productrices de valeurs financières4.

Si vous vendez des armes, des produits chimiques au Brésil interdits en Europe, si vous exécutez un condamné à mort, si vous faites balader des déchets dangereux sur des milliers de kilomètres, vous contribuez à l’augmentation du PIB, à la sacro-sainte croissance.

Au total, la croissance n’est pas -en soi- créatrice de richesses réelles, ni d’emplois, encore moins d’emplois intéressants.

Alors, pourquoi ne chercherait-on pas à vivre sans?

Mais surtout, il y a de bonnes chances pour qu’on le doive.
L’état actuel de l’économie donne des signes en ce sens: les croissances de ces dernières années dans les parties du monde traditionnellement les plus solides (et qui se prennent de sérieuses branlées actuellement) donnent des signes clairs de fin de course. Une grande partie des résultats de croissance de nombreuses banques et entreprises sont dus aux spéculations des transactions financières qui, en soi, ne créent rien d’autre que de l’espoir, de l’illusion de valeur. Combien de Madoff à découvrir encore? Ces illusions se sont avérées bien cruelles ces dernières années, tendent à montrer qu’on ne peut pas toujours faire de l’or sur du vent. Mais il y a plus. Des entreprises comme RyanAir ou les chaînes de distribution ne font souvent du bénéfice que grâce à leurs placements financiers, à des timings de déplacements d’argent, à des placements spéculatifs… D’autres entreprises fondent leur succès sur du vent. On se souviendra d’Enron comme un exemple particulièrement frappant. Une entreprise sensée produire et distribuer de l’énergie se contentait surtout de spéculer sur son propre marché, la créativité de ses têtes pensantes se réduisait à faire du profit sur un service minimum. Il n’est malheureusement pas isolé.

A écouter les hérauts de l’économie capitaliste, il n’y a pas de croissance sans un secteur financier fort, et cette croissance est nécessaire à la bonne santé de l’économie d’un pays. On distingue pourtant de grosses contradictions dans ce raisonnement: même si l’économie de nombre de pays de l’UE et des USA semble avoir du plomb dans l’aile par rapport à celle du Brésil, par exemple, ce n’est jamais chez nous ou dans le Wyoming que l’on affronte des disettes, des pénuries d’énergie importantes (et pas organisées comme en Californie, sous la houlette d’Enron), des services publics inexistants ou presque. A contrario, des pays à fortes croissances régulières, qu’on appelle “émergents”, ne sont souvent pas capables de prendre soin de l’ensemble de leur population, en dépit de richesses largement suffisantes en théorie, comme la Chine ou la Russie5; d’autres pays, comme le Brésil, n’ont peut-être pas encore un gâteau suffisant pour être distribué entre tous leurs ressortissants, mais les inégalités y sont terribles et il n’y a guère de redistribution des richesses en dépit des huit années de la présidence de Lula.

La création de valeurs financières est le fait d’une poignée d’individus et d’institutions qui se partagent un potentiel monétaire proposé par les organismes prêteurs (principalement les banques) dont les caisses réelles sont vides. Ce sont ces acteurs qui choisissent sur base d’une quantité invraisemblable d’informations contradictoires où iront les masses finies de valeurs dont toute la planète, tous les Etats, toutes les régions du monde ont besoin, et qui ont l’étrange réputation d’être les créatrices de richesses.

En réalité, les créateurs de richesse, ce sont les bras et les têtes des travailleurs. Ce sont eux qui font lever le blé, qui transforment les minerais en métaux, qui enseignent, qui transportent, qui fabriquent les appareils en tout genre, posent les rails, qui cuisinent, qui réparent, qui soignent… L’argent libéré manque le plus souvent aux fonctions économiques les plus élémentaires. Alors, pour éviter de trop grandes catastrophes, il ne reste que l’entraide, la famille, la solidarité, le bénévolat, la bonne volonté et la compassion.

Le capitalisme? Combien de sacrifices au nom de ses règles de fonctionnement?

La croissance? Combien de décisions politiques erronées au nom de sa sauvegarde?

  1. AW: “sur la croissance, je ne crois pas que ce que tu dis est correct: au cours des dernières décennies, la croissance provient d’innovations (y compris vertes), de nouveaux services… et de réorganisation internationale de la production (qui, elle, endommage l’environnement, réduit les inégalités entre pays (avec un certain nombre de pays qui rattrapent les pays développés), et augmente les inégalités dans les pays développés [NB: j’utilise ce terme pour faire simple]).” Je ne suis pas convaincu que la croissance provienne surtout d’innovations: les rares innovations concrètes en matière industrielle contribuent à la diminution des charges et donc des revenus du travail, ce qui à terme réduit la croissance, bien que cela permette d’augmenter par ailleurs les biens et services. Quant aux innovations vertes, louées soient-elles, elles ne représentent pas encore des quantités très significatives. Par contre, il faudrait qu’AW me définisse ses nouveaux services: s’il s’agit de services totalement superflus et qui n’augmentent pas les richesses réelles, produisent une grande quantité d’emplois de mandaïs, contribuent à la déliquescence des droits du travail, alors j’agrée. Par ailleurs, que la croissance contribue à l’endommagement de l’environnement, aux inégalités dans les pays développés, on est d’accord, mais qu’elle réduise les inégalités entre les pays, je n’en suis pas certain. On aimerait le croire, quand on voit les chiffres qui concernent les BRIC’s, ou l’Afrique du Sud, mais lorsqu’on vit au quotidien dans l’un de ces pays -en l’occurrence, au Brésil, pour ce qui me concerne-, on s’aperçoit que les richesses en croissance sont accaparées par une minorité de personnages, pas toujours vraiment brésiliens en plus, que la redistribution se fait peu, voire pas, surtout au niveau des charges, des formations, du mythique ascenseur social; qu’en réalité, les richesses du Brésil, immenses au départ, son mal comptabilisées et profitent rarement à la nation qui les abrite. De ce que je sais sur la Chine ou l’Afrique du Sud me conforte dans cette idée. J’imagine mal une situation très différente en Russie ou en Inde. []
  2. Rions un brin à la lecture de ceci. []
  3. On en trouvera ici, ici ou ici. []
  4. Pour un coup d’oeil intéressant sur les supermarchés, voir par exemple cet article. []
  5. Pour rappel, l’URSS, aussi critiquable fut-elle, parvenait à assumer les besoins primaires de sa population la plus grande partie du temps, au moins depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. []

L’économie, c’est simple comme une réflexion de chef d’Etat

Friday, June 24th, 2011

Selon un rapport Natixis signé de l’économiste Patrick Artus1, et contrairement aux assertions imbéciles d’Angela Merkel2, les Allemands ne travaillent pas plus que les Grecs, les Italiens, les Espagnols ou les Portugais. Au contraire, on peut même dire qu’en moyenne les Allemands travaillent moins d’heure par an, mais aussi en moyenne dans toute leur vie, et ont -en moyenne toujours plus de vacances…3

 

Et ils ne coûtent pas non plus moins cher à leurs entreprises. Si les charges sociales allemandes sont actuellement en baisse, elles sont encore largement supérieures que dans ces quatre pays.

Alors quels sont les secrets de l’Allemagne pour avoir su maintenir la barque à flot?

Ce n’est pas un miracle: l’Allemagne exporte plus que ses voisins, vit sur son épargne, s’est endetté et s’endette beaucoup moins que la plupart de ses voisins. Ses ressortissants, tout comme ceux de la Belgique et de la France, sont bien formés, et donc sont plus productifs. Les infrastructures en Allemagne ou en Belgique, comme dans d’autres pays comme les Pays-Bas, sont simplement plus performantes et/ou plus modernes que dans la plupart des régions du Sud de l’Europe. En suite de quoi, ils sont également encore plus compétitifs dans bien des secteurs, car, même s’ils coûtent plus chers, ils produisent mieux et plus qu’ailleurs où les salaires creusent des galeries.

Quand un politique ou un économiste vous parle de coûts, de temps de travail, de productivité ou de compétitivité, prêtez l’oreille à ce qu’il ne dit pas. Car s’ils avaient vraiment raison de se plaindre, dans un marché mondial globalisé, il y a longtemps que leur pays n’existerait plus. C’est pas de moi tout ça, c’est simplement une petite adaptation de la théorie des avantages comparés. C’est un certain Adam Smith qui a sorti ça. Au XVIIIe Siècle. Selon lequel chaque nation devrait se concentrer sur ce qu’elle sait faire le mieux, exporter sur ces bases, et acheter ce qu’elle fait mal ou moins bien.

Ce n’est pas ma tasse de thé, personnellement… Non, non… Pas parce que la théorie de Smith serait infondée, incorrecte ou non scientifique, non: elle est fondée, judicieuse et basée sur l’observation des faits. Mais elle ne génère pas de la justice sociale.

En effet, dans un monde où les pouvoirs financiers sont aussi mobiles que des discours de vitrines politiques, les avantages comparés paraissent changer de situation toutes les dix minutes, et l’on ferme des entreprises qui venaient d’être ouvertes quelques années plus tôt sous prétexte qu’on fait mieux/moins cher/plus près du client/avec moins de syndicat/ bref, dans de meilleures conditions patronales ailleurs.

Tout cela resterait bel et bon si derrière cette logique il n’y avait pas chaque fois des individus embarqués -et débarqués- dans l’affaire, si ce n’était pas des familles par paquets de cent ou de mille qui dépendaient des caprices de la rentabilité d’un projet, des profits à deux chiffres, des soucis des fonds de pension et autres lubies de traders fous. Tout cela ne serait rien, donc, si les conditions de travail qui arrangent si bien les investisseurs ne concernaient pas si directement des travailleuses et des travailleurs éparpillés dans le monde, mais qui n’en ont pas moins chacun une vie, souvent une famille, fréquemment des rêves et des désirs de stabilité -ce qui n’est pas du tout du goût de ces personnes qui voient dans la Chine “l’atelier du monde”, dans l’esprit des Coréens un exemple de servitude ou dans l’Afrique Noire un immense terrain d’exploitation dont les habitants sont les bêtes de somme -et dans l’Europe et les Zuessa un immense marché de consommateurs abrutis -ce qui est en train de devenir dans les pays dits émergents, histoire de ne pas faire de jaloux et de bien foutre en l’air tout espoir de stabilité écologique.

Lorsque le moteur de l’économie est un mélange de recherche de profits et d’ambition politique4, elle ne peut se faire fatalement que dans l’intérêt d’une poignée d’illuminés qui se prennent pour des innovateurs, des entrepreneurs, des visionneurs, des enchanteurs, des enlumineurs, ou que sais-je encore, et qui se figurent, comme au bon vieux temps de l’aristocratie, qu’ils doivent rester en charge des décisions importantes en matière politique -vu que les gens, ils ne savent pas ce qu’ils veulent-, et ils ont même inventé un chouette mot pour ça: gouvernance.

C’est ainsi que les Grecs ne peuvent plus décider de leur sort, mais c’est aussi le cas de la plupart des individus et des nations dans le monde: ne nous leurrons pas, dès que les cliques vaguement alternées au pouvoir dans les sphères européennes en auront terminé avec la Grèce, le Portugal et l’Irlande, ils iront niveler un peu “par le haut” dans les autres pays où les syndicats ne peuvent de toute façon plus rien faire depuis qu’ils se sont réduits au rang de partenaires sociaux en charge de négocier le prix de la vaseline, en gros… D’ailleurs, ils nous préparent de temps à la chose, et ce n’est pas pour faire joli dans les canards.

Alors, oui, les Grecs vont devoir travailler plus pour gagner moins… Mais ce n’est pas du tout pour les raisons imbéciles que nous a sorties la non-moins dispensable Merkel ou le guère plus pertinent Sarkozy. C’est simplement parce que les chantres de l’économie qui-refuse-le-nivelage-par-le-bas n’a qu’une seule option: continuer à raser gratis les moins vernis de la planète pour le plus grand profit de ceux qui financent leurs études, leurs campagnes électorales, leurs journaux…

Evkaristo poli…

  1. Que l’on retrouve ici: http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=58440 -j’ai un problème avec mon Java, pour l’instant. []
  2. Ici par exemple: http://www.atlantico.fr/pepites/angela-merkel-union-europeenne-trop-vacances-grece-espagne-portugal-101413.html []
  3. Cela nous rappelle l’imbécillité sarkozienne qui réclamait de ses dockers du Havre qu’ils travaillent 4000 heures par an, ce qui représentait une charge horaire de 16h par jour sans férié, sans dimanche, sans vacances. []
  4. Ce qui, à mes yeux, n’est pas loin d’être la même chose, mais laissons cela. []

Les limites de Stiglitz – III

Saturday, January 29th, 2011

Joseph STIGLITZ, Freefall. Free Markets and the Sinking of the Global Economy, Allen Lane, Londres, 2010.

Compte-rendu en trois parties.
La première était consacrée à l’auteur et à un exposé général sur le livre;
La deuxième reprenait ses apports;
La troisième revient sur quelques points remarquables concernant ce livre, l’économie et les tenants du libéralisme en général, mais aussi sur les critiques que l’on peut faire à ce livre.

3e partie
Le travail de Stiglitz ne manque pas d’impressionner par la masse efficace des informations qu’il présente dans un format relativement réduit (moins de 300 pages, plus soixante de notes), auquel il ne manque qu’une bibliographie récapitulative pour satisfaire notre goût de la systématisation. L’exposé est académique, mais pédagogique, et son vocabulaire n’est pas imbuvable. Il prend régulièrement le temps d’expliquer ce dont il parle.

L’avantage du lecteur de Stiglitz est aussi qu’il sait exactement d’où il part: Stiglitz annonce la couleur dès la préface (il y annonce qu’il est de l’école de Keynes et qu’il compte bien la défendre), mais aussi dans ses remerciements où apparaissent les noms de Nouriel Roubini, Paul Krugman, Georges Soros, ainsi que d’éminents personnages issus de la Banque Mondiale, du FMI, de diverses administrations et de grandes banques1.

C’est bien le capitalisme que Stiglitz veut sauver, et non établir une éventuelle utopie, socialiste ou autre2.

Ce à quoi on aurait pu moins s’attendre de sa part, ce sont tous les arguments à la limite de la métaphysique qu’il emploie.
C’est sur ces bases qu’il justifie notamment la nécessité de la croissance. Exemple, p. 53: “to get unemployment back to normal levels will require sustained growth in excess of 3 percent.”3 Rien ne vient le justifier, ni le chiffre lui-même, ni surtout le principe même de la nécessité de la croissance.
Dans le même ordre d’idée, Stiglitz critique la main invisible du marché4, mais il estime que “quelqu’un” doit décider où l’argent devrait être investi pour apporter le plus grand bénéfice possible à la société: “Money should be targeted, going to where it will most stimulate the economy.”5
En outre, bien que critiquant les décisions “de Wall Street” et “de l’administration” étatsunienne, il insiste sur la nécessité de restaurer la confiance dans le monde financier et dans le gouvernement, puisque c’est à eux qu’il veut à nouveau confier le sort du monde6.
Par moments, ses contradictions éclatent de manière plus évidentes. Alors qu’en page 205, il affirme que “21st century capitalism is different from 19th century capitalism”7, ce qu’il n’argumente guère qu’en terme de taille et d’explosion technologique, non sur le plan idéologique, un peu plus loin8, il affirme “Bubbles and their consequences are here in the 21st century as they were in the 18th, 19th, and 20th.”9 Mais dans la même page, il insiste sur le fait que “The old rules, whether they worked, are not the right rules for the twenty-first century.”10 On en a la tête qui tourne.
Dans la série des actes de foi, on note aussi que Stiglitz s’imagine que les pays ne pensaient, pendant la crise, qu’à leur propre bien être11. Depuis quand les pays pensent-ils? En réalité les dirigeants de chaque Etat n’avaient pas du tout à coeur les intérêts de leurs nations, mais bien du système financier qui leur était le plus proche, et d’eux-mêmes surtout.
Sans plus argumenter, Stiglitz nous assène quelques vérités toutes faites, comme “Democracy and market are essential to a just and prosperous world”12. Certes, à sa décharge, il n’imagine pas d’autre alternative au marché que celle des vieilles badernes soviétiques, mais on aurait aimé un minimum d’arguments nous en convainquant.
Une de ses plus jolies phrases se trouve à la page 245:

There is no basis to the argument that because governments sometimes fail, they should not intervene in markets when the markets fail-just as there is no basis to the converse argument, that because markets sometimes fail they should be abandoned.13

Si Stiglitz est lui-même empreint de certitudes et d’axiomes proches de l’acte de foi14, il faut remarquer qu’il nous aide beaucoup à décrédibiliser ses propres concurrents capitalistes, les néoclassiques, qui, eux aussi, assoient leurs théories sur de véritables croyances15. Il va jusqu’à prêter à ces derniers des termes comme “cathedral”, “chapels”, “devoted”, “priests”, “catechism”, “beliefs”, etc. Arguments certes rhétoriques, mais tentants. On préférera cependant ses arguments plus rationnels.

Un autre défaut de Stiglitz, c’est sa très profonde naïveté, à moins qu’il ne le soit que faussement dans un but pédagogique, mais ceci reste fort obscur. Dès le début, Stiglitz semble oublier les bases mêmes du capitalisme libéral. Il imagine que les “concepteurs des hypothèques”, s’ils s’étaient “centrés sur les fins” (de leurs produits, à savoir aider au financement de maisons par leurs nouveaux propriétaires), “plutôt que sur comment maximiser leurs revenus, ils auraient pu créer des produits qui aurait augmenté la propriété immobilière de manière permanente”16. Il attend par ailleurs des politiciens qu’ils se vouent à l’amélioration d’un futur plus ou moins lointain17, alors que les perspectives maximales de ceux-ci résident tout au plus dans les prochaines élections ou dans leurs intérêts propres18.
“How could the (US) administration say (…) that the banks are too big to fail – indeed so big that the ordinary rules of capitalism are suspended (…)”, s’étonne-t-il, p. 4919. En quoi, M. Stiglitz, les règles du capitalisme se sont-elles interrompues? Bien au contraire: ces entreprises “trop grandes pour faire faillite” se sont appuyées sur tout leur capital, y compris celui de leurs relations politiques, pour en tirer des intérêts, c’est-à-dire bénéficier d’un sauvetage venu tout droit des poches des contribuables. Il n’y a sans doute rien de plus capitaliste, ni même de plus libéral que cela. À partir du moment où vos “fonds de liquidité” comportent également quelques “têtes d’oeuf” bien placées dans les gouvernements, il est dans la logique du marché d’utiliser tout votre “crédit” pour vous renflouer.
Après l’administration, c’est la banque qui bénéficie chez Stiglitz d’une vision quasi-angélique, peut-être plus dans le passé que dans le présent20. Il est certes évident que toutes les banques n’ont pas développé des innovations similaires aux “securitizations” qui ont provoqué la bulle de l’immobilier, mais nombreuses furent celles qui, sans les avoir utilisées directement, y ont placé leur argent (ou plutôt l’argent qui leur avait été confié), parfois de manière naïve, souvent par souci d’imitation, mais jamais par esprit de bon samaritain21. Stiglitz essaierait-il de nous faire croire que Dickens a inventé de toute pièce le personnage de Scroodge, sans avoir eu le moindre modèle? Que la spéculation financière n’existe pas depuis très longtemps?

Il y a, indubitablement, chez Stiglitz, quelque chose de “bon”: il a le désir de trouver une solution, à l’avenir, qui permettrait de sauver les maisons et leurs propriétaires sans renflouer les méchantes banques22. Mais, par la volonté consubstantielle de sauver le capitalisme dans le même temps, on ne peut que souligner une fois de plus une forme d’ingénuité que je qualifierais pour le moins de maladive, peut-être même de dangereuse. Ainsi ose-t-il affirmer que “No one gains from forcing home owners of their homes”23. C’est d’autant plus curieux que, quelques pages plus tôt, il semblait être resté lucide: “Only the mortgage speculator gains” dans ce genre de cas24.

Stiglitz attribue un rôle au secteur financier qu’on pourrait presque qualifier de subalterne: “The success of the financial sector is ultimately measured in the well-being that it delivers for ordinary citizens”25; “That is why when firms maximize profits, they also, ideally, maximize societal well-being”26; “a robust financial sector (is) the source of most job creation”27; etc. Selon lui, le secteur financier doit être au service du secteur économique réel. Par ailleurs, il est tout aussi naïf de penser que les marchés peuvent apprendre de leurs erreurs28. Les acteurs du marché utiliseront toujours toutes les limites, quitte à les dépasser d’ailleurs, qu’ils auront à leur disposition pour accroître leurs gains. Augmenter ou diminuer le nombre de règles dans le système capitaliste, que cela se fasse à l’échelle d’un pays29 ou de l’ensemble de la planète n’a guère de conséquences sur la moralité de ces acteurs. D’ailleurs, ni Smith, ni Ricardo ne remettent en question cette absence de moralité. La flexibilité des agents du marché, leur capacité à trouver des failles géographiquement, juridiquement, temporairement, circonstanciellement, leur permettra toujours de trouver des moyens de “se servir sur la bête”.

Stiglitz en appelle à la transparence30, à une action dévouée de l’administration étatsunienne (et des autres pays), à une espèce de prise de conscience tournée vers l’idée qu’un secteur financier sain, dirigé vers un secteur économique sain, concentré vers le bien-être de la population, pourrait sauver le capitalisme et l’économie de marché. Pourtant, il s’expose à un contre-sens qu’il introduit lui-même dans son livre. Il dit, p. 166, que la crise immobilière qui a failli plonger le monde dans un chaos tel qu’on a frôlé le retour de la grande dépression de 1929, n’est le fait que d’une minorité d’agents financiers (banquiers, traders, agents immobiliers, agences de notation), que la plupart des autres ont joué le jeu correctement, travaillent réellement en conscience de leur rôle dans l’économie en général. Imaginons un instant que cela soit vrai, et nous voici dans un véritable paradoxe. En effet, si cette majorité d’acteurs avaient réellement bien fait leur travail, ils auraient manifestement été plus persuasifs que les “rotten apples” et attiré plus de moyens de leurs côtés de telle sorte que la crise n’aurait été que marginale. Ne devrait-ce pas faire partie de la loi du marché, que de voir s’imposer les meilleurs produits?

D’autre part, si c’est vraiment le cas, et sachant que la crise n’est partie ici que d’un secteur de l’économie d’un seul pays, aussi grand soit-il, on en vient à penser que l’économie de marché est décidément bien fragile pour avoir frôlé une telle catastrophe par le biais d’une poignée de salauds (au sens sartrien du terme) et sachant d’ailleurs que les mêmes (ou d’autres) tentent encore de jouer “à la baisse” sur l’économie de plusieurs pays (comme les PIIGS), au vu et au su de tous, simplement parce que, et bien, le système le permet, et qu’il faut bien se refaire ou arrondir son magot. Une fois de plus, les lois du marché semblent en contradiction avec la réalité qui a failli le plonger dans la plus grave crise de ces 70 dernières années.

L’un des problèmes principaux de Stiglitz, c’est qu’il en vient à réclamer une pensée collective, voire collectiviste, avec des prémisses individualistes31. Il craint d’ailleurs que les premières victimes de la crise de l’économie de marché n’en viennent à être le libéralisme lui-même et la démocratie ensuite32. Pourtant, j’ai beau chercher, je ne vois (malheureusement) que très peu d’opposants au marché au pouvoir dans le monde. Même en Chine, le marché est bel et bien là, sans aucune discussion possible. Quant à Cuba ou à la Corée du Nord33, leurs tailles, leur importance globale ne peuvent tout de même pas servir d’épouvantails crédibles et sont loin de pouvoir prétendre à une remise en question réelle de ce qu’est le marché libéral et capitaliste…

Au total, enfin, après avoir régulièrement tapé sur l’Etat pour son rôle dans la crise, il en vient à lui attribuer un rôle déterminant dans sa résolution, mais surtout dans la remise sur les rails de l’économie de marché (régulé) dans son ensemble34. Par ailleurs, il réaffirme sa confiance dans le FMI, simplement parce qu’il apprécie la figure de Dominique Strauss-Kahn35, en dépit des évidences de justices sélectives qu’il pointe lui-même, prenant les exemples de l’Islande et du Pakistan.

Une dernière chose avant de conclure ce compte-rendu concerne une étrange remarque de Stiglitz sur le marché, ses acteurs, et leur supposée irrationnalité. Il développe, au cours du chapitre neuf, ses propres idées concernant l’économie et son étude, ironisant sur le fait que cette dernière en apprend plus sur celui qui étudie l’économie et ses croyances que sur l’économie elle-même. Il nous apprend aussi que les études sur le marché ne peuvent que nous enseigner sur le passé, car, à chaque génération, l’expérience perd toute sa valeur.
S’enfoncer dans ce type d’assertions semble indiquer:
-D’une part, qu’on ne peut pas faire plus confiance à un économiste qu’à un autre pour résoudre des problèmes, et toute théorie peut être aussi bonne qu’une autre;
-D’autre part, que Stiglitz confond rationalité en général et rationalité face au marché; à partir du moment où le marché, par souci de non-transparence (en ce que, comme Stiglitz le montre lui-même, les tenants du marché ne le veulent pas transparent pour rendre leurs profits plus importants), est trompeur, les acteurs du marché ne sont rationnels qu’en fonction de ce qu’ils savent et paraissent donc irrationnels aux yeux de qui possède d’autres informations qu’eux;
-Enfin, et c’est peut-être le plus important, à partir du moment où l’économie de marché pose autant de problème à son étude, à ses consommateurs, à ses producteurs, et même à ses exploiteurs, qu’elle n’est ni prédictible, ni analysable de manière scientifique, que l’expérience ne peut y être valorisée efficacement ni transmise, qu’il est évident que le succès y est plus aléatoire que véritablement fondé sur le mérite (si tant est que ce mot signifie quelque chose), il me paraît clair, en conséquence, qu’un système plus rationnel, basé sur la connaissance, la sagesse, la lenteur, la démocratie, l’horizontalité serait, et de loin, plus appréciable au niveau humain, à la fois collectif et individuel, que l’économie de marché qui, finalement, apporte plus de soucis que de solutions.

Par ailleurs, la foi dans le keynésianisme de Stiglitz oublie qu’il reposait en grande partie sur les colonies officielles et l’emprise des USA sur leur jardin latino-américain, une capacité d’endettement des Etats presque aveugle, un affrontement idéologique avec le “bloc de l’Est” largement plus astreignant pour le capitalisme libéral, et d’autres facteurs comme l’illusion d’une possible croissance infinie, des énergies bradées, un souci marginal de l’environnement. Autrement dit, si réellement le keynésianisme pouvait se reporter aux circonstances actuelles, il faudrait un autre Keynes pour en assurer la base théorique, et Stiglitz, malgré sa grande intelligence évidente, sa bonne volonté probable et ses capacités pédagogiques, est plus le prêtre d’une foi qu’un véritable scientifique.

  1. Voir p. xxvii et suivantes. []
  2. Il est d’ailleurs l’auteur d’un livre entièrement consacré au communisme dans le but de le discéditer. []
  3. “ramener le chômage aux niveaux antérieurs nécessitera une croissance soutenue supérieure à 3%.” Voir aussi p. 29 et 225. []
  4. “there is little reason to believe that the market can correctly calibrate its response”, “il y a peu de raison de croire que le marché puisse calibrer correctement sa propre réponse” p. 140, par exemple. En quoi, d’ailleurs, un concept aussi abstrait que “the market” pourrait avoir la moindre capacité d’initiative? []
  5. “L’argent devrait être dirigé, envoyé là où il stimulera le plus l’économie.”, P. 133. []
  6. Ceci est notamment le fait des quatre derniers chapitres. []
  7. “Le capitalisme du 21e Siècle est différent de celui du 19e.” []
  8. P. 207. []
  9. Les bulles and leurs conséquences sont au 21e Siècle comme elles étaient aux 18e, 19e et 20e Siècles.” []
  10. “Les vieilles règles, qu’elles aient fonctionné ou non, ne sont pas les bonnes pour le 21e Siècle.” []
  11. P. 210. []
  12. “La démocratie et le marché sont essentiels à un monde juste et prospère” P. 226. On se demande comment, après une telle phrase, certains de ses contradicteurs parviennent encore à l’accuser de socialisme. []
  13. “Il n’y a aucune base à l’argument selon lequel, parce que les gouvernement se trompent parfois, ils ne devraient pas intervenir sur les marchés quand ceux-ci échouent -de même qu’il n’y a aucune base pour l’argument contraire, selon lequel les marchés, parce qu’ils échouent parfois, devraient être abandonnés.” []
  14. Et son vocabulaire en fait souvent témoignage. Il utilise fréquemment des expressions telles que “This is not the way economies are supposed to work” “Ce n’est pas comme ça que l’économie est censée fonctionner” (p. 3); “in economics, you have to run to stay still” “selon les règles de l’économie, vous devez courir pour conserver l’équilibre” (p. 63, où Stiglitz manque manifestement de la moindre imagination quant à des alternatives de fonctionnement socio-économique); “Of course, things are far better than if the opposite tactic -do nothing- had been taken” “Naturellement, les choses sont de loin meilleures que si la tactique opposée -ne rien faire- avait été choisie” (p. 135, un argument que j’aurais aimé développer, mais le compte-rendu est déjà kilométrique); “in my judgment”, “risks”, “the chances”, “the assumptions”, “No one knows for sure…”; “I suspect”, “So be it” (p. 159), “cannot be trusted”, “acts as they should”, etc. On se croirait à un séminaire pour cadres supérieurs. []
  15. Voir à cet égard les pages 238 et suivantes, dans le chapitre “Reforming economics”. La “bataille des idées” que Stiglitz présente est véritablement une “bataille de détails” capitalistes. []
  16. P. 5: “had the designers of the mortgages focused on the ends (…) rather than on how to maximize their revenues, then they might have devised products that would have permanently increased homeownership”. Je pourrais encore citer cet autre passage d’anthologie: “That’s not the way market is supposed to behave. Markets are supposed to allocate capital to its most productive use” “Ce n’est pas comme ça que le marché devrait se comporter. Les marchés sont censés placer le capital là où il a l’utilisation la plus productive” (p. 80). []
  17. P. 26, par exemple. []
  18. Et de voir, p. 51: “Wherever Obama’s heart might lie, his actions at least appeared to side too closely with the interests of Wall Street” “Où que soit le coeur d’Obama, ses actions pour le moins paraissent bien trop proches des intérêts de Wall Street”. Si l’on doit imaginer que Barack Obama, tel un Jimmy Carter trente ans plus tôt, a l’âme et l’esprit purement tourné vers ses concitoyens et leurs intérêts, on peut se demander, dans un cas comme dans un autre, comment ils peuvent s’être si mal entourés de représentants des grands capitaux et des grands intérêts militaro-industriels. []
  19. “Comment l’administration étatsunienne peut-elle dire (…) que les banques sont trop grandes pour faire faillite -et si grandes que les règles ordinaires du capitalisme en sont suspendues (…)” Mais, p. 111, il reconnaît la logique de l’association Administration-Pouvoir financier. []
  20. P. 81. []
  21. Stiglitz essaie de raisonner avec toutes les banques, car si elles sont TOUTES raisonnables, tout le monde s’en sort. Mais si quelques-unes agissent de manière irrationnelles, tout le monde tombe: p. 100-101. []
  22. p. 99-100. []
  23. “Personne n’y gagne à forcer les propriétaires de leurs maisons à les quitter” P. 102. []
  24. Seul le spéculateur sur l’hypothèque y gagne” P. 96. []
  25. “Le succès du secteur financier est mesuré en dernière instance par la bien-être qu’il offre aux citoyens ordinaires” P. 112. []
  26. C’est pourquoi, lorsque les firmes maximalisent leurs profits, elles maximalisent également idéalement le bien-être sociétal” P. 151. []
  27. “un secteur financier robuste (est) la source de la plupart des créations d’emplois” P. 192. []
  28. P. 147. []
  29. Stiglitz ne voit pas de justification économique pour que le système de taxation privilégie la spéculation sur l’entreprise (p. 181): il faut croire qu’il n’a rien compris au principe de la concurrence fiscale entre les Etats. Ce n’est pourtant qu’une extension des “avantages comparés” de Adam Smith. Si un avantage fiscal apparaît dans un pays, par rapport à ses voisins, par exemple, il est évident qu’il va attirer automatiquement une grande quantité d’investissement. Ainsi, l’absence d’impôts sur la fortune en Belgique, ou le système bancaire suisse, ou la faiblesse des taxes entrepreneuriales en Irlande. []
  30. Notamment p. 174, mais c’est un leitmotiv de son oeuvre. []
  31. P. 194 ou p. 235: “The US should, in particular, do what it can to strenghten multilateralism” “Les USA devraient en particulier faire leur possible pour renforcer le multilatéralisme”. Je suppose qu’il y a du Lenny Bruce chez Stiglitz: il faut sans doute rire après une telle assertion. []
  32. P. 225. []
  33. Que je suis loin de mettre dans le même sac. []
  34. Voir notamment p. 196-200 et p. 207 et plus haut dans cet article. []
  35. P. 215. []