Archive for the ‘professions protégées’ Category

Pour Simonet, avec amour… vache…

Wednesday, July 28th, 2010

En réponse à la circulaire Simonet, dont on trouvera la référence ici, je propose au programme de français, responsable, le menu littéraire suivant pour nos chères têtes blondes (aux lèvres duveteuses):

1e année de collège:
“Sodome et Gomorrhe” de Proust
Discussion: de l’acceptation de la pédophilie dans la haute bourgeoisie.
Développement: actualité, histoire: retour sur la marche blanche.
(pour les Français, reportez-vous au mythe “Belge=pédophile”)
Rédaction: mes meilleurs souvenirs avec mon oncle/mon père/mon grand-père/le médecin de famille/le chien de ma tante/autre.

2e année:
“La philosophie dans le boudoir” de Sade
Discussion: 14 ans est-il trop tôt pour faire de la philosophie?
Développement: latin: Pétrone est-il encore un auteur actuel?
Rédaction: à quoi je pense pendant que je me masturbe?

3e année:
“Sexus” de Henry Miller (en traduction)
Discussion: la philosophie est-elle possible entre deux fellations? Si oui, en est-elle influencée?
Développement: géographie: l’amour est-il envisagé différemment aux USA au moment des années folles et aujourd’hui en Communauté Française de Belgique, en particulier à Namur?
(version française: au Palais-Bourbon)
Rédaction: les trottoirs sont-ils adaptés pour les premiers ébats d’un couple romantique et passionné?

4e année:
“Les Essais” de Montaigne
C’est pour une fois te reposer un peu.
(vers 16 ans, les élèves sont plus difficiles à tenir: si en plus on les excite, on ne va pas s’en sortir)

5e année: (dite “poésie” en Belgique)
“L’album zutique” de Rimbaud et Baudelaire
Discussion: l’art est-il possible dans l’abstinence conseillée par le pape avant le mariage?
Développement: latin: Catulle a-t-il fait exprès de s’appeler comme ça? et Juvénal?
Rédaction: écrire un poème contenant une rime en -ouille, une rime en -ite, une rime en -ule (ou en -ul) et une rime en -atte.

6e année:
“Le diable au corps” de Radiguet
Discussion: un jeune homme avec une femme plus âgée, est-ce plus ou moins acceptable que le contraire?
Développement: histoire: les guerres sont-elles d’excellentes occasions pour les réformés?
Visionnage du film “Tendre Cousine” de David Hamilton.
Rédaction: comment profiter de la situation si mon papa/mon oncle/mon grand-père/le médecin de famille/le chien de ma tante part à la guerre?

Pour les épreuves du Bac (en France):
Lecture préparative à la question de philosophie:
tous les documents de Platon à Marx qui évoquent la communauté des femmes.
Question pour le jour du Bac: la polygamie est-elle le seul fait de l’Islam dans l’histoire?

presse satyrique

Friday, July 23rd, 2010

Non, non, le titre est voulu…
Oui, je sais, on dit “satirique”. C’est juste un jeu de mots, comme sait si bien les faire mon hebdo favori, auto-qualifié d’ailleurs tel. C’est qu’on en parle beaucoup ces derniers temps, de la presse satirique, dans la presse normale et dans les couloirs du pouvoir. Pour avoir dénoncé plusieurs ministres du gouvernement et divers scandales à plusieurs échelons, le Canard enchaîné est l’objet des foudres des dirigeants français. Lui et Mediapart, un organe (prétendument) indépendant en ligne, commis par Plenel, de sinistre mémoire, puisqu’il s’agit du Monsieur-Téléachat du Monde, comme le dénonçaient en son temps à juste titre le Plan B et CQFD.

Si je sais pourquoi le Canard s’auto-intitule “journal satirique paraissant le mercredi”, consacrant ainsi le droit à la satire en France, peu limité, il faut le reconnaître, je regrette amèrement que, lorsqu’il est évoqué par des tiers, il ne soit pas plus souvent qualifié de “journal d’investigation”, ce qu’il est, même s’il l’est sous une forme particulière.

Il faut reconnaître et regretter que le journalisme d’investigation est devenu une denrée très rare en francophonie1. À dire vrai, à part ceux que j’ai nommés plus haut2, je serais curieux de savoir quels autres journaux peuvent revendiquer décemment ce qualificatif.

Certes, le Monde Diplomatique peut y prétendre par moments, mais c’est surtout ce que j’appellerais un “journal sérieux de gauche”. C’est-à-dire un mensuel qui fait état de constats clairs sur base de faits connus ou connaissables aisément. Il fait un travail extrêmement important et naturellement indispensable, nous proposant de réfléchir avec un oeil de gauche sur des phénomènes accessibles à nos yeux et nos oreilles. En outre, si on peut parfois trouver des infos intéressantes dans l’Express, le Nouvelobs ou d’autres revues du même tonneau, au moins dans le Monde Diplo est-on certain du sérieux et du point de vue de gauche qui parcourt tout le journal.

Je pensais à cela d’ailleurs en lisant le dernier livre de Joseph Stiglitz (Freefall), dans lequel l’auteur est en possession de toutes les informations suffisantes pour dénoncer le capitalisme dans son essence même et ne le fait pas, tentant de rattraper l’irrattrapable en le saupoudrant de keynésianisme. Mais bon, je laisserai ça pour une autre fois, c’est promis (comme mon traité d’économie depuis des années, je sais). Ce que je veux dire, c’est que le Monde Diplo, proposant par exemple à Frédéric Lordon une colonne régulière pour analyser l’économie avec les mêmes informations, parvient à te me descendre en beauté le capitalisme in se et à proposer des idées véritablement de gauche, que même Mélenchon il paraîtrait un dangereux défenseur des marchés à côté.

Non, des journaux d’investigation (en papier), il y en a peu. Je veux dire, des journaux qui proposent de véritables enquêtes sur le terrain, des révélations qui nous éclairent sur ce qui se trouve en dessous du tapis et qui en tirent des faits qui permettent de généraliser l’existence d’un système, c’est l’exception. Certes, sur internet, ils sont légion. Mais nous sommes encore rares à nous documenter véritablement en ligne. Alors, un journal d’investigation papier, évidemment, ça revient très cher. Le Canard a la chance (qu’il s’est construite) de reposer sur une réputation et un capital indépendant (pas de pub, pas de parti, pas de proprio) qui en fait l’astre le plus remarquable de la sphère médiatique (à ma connaissance) en matière d’investigation journalistique.

Pour s’en convaincre, il suffit de lire sur wikipedia la liste des dossiers révélés par lui au cours de son histoire et de s’apercevoir que, dans ce monde de canards, ce vilain petit était en fait un grand beau cygne…

Quel dommage qu’il ne soit pas resté noir, comme à ses débuts…

  1. A part sur internet, comme par exemple dans lejim.info, tenu par mes potes. []
  2. Mais le plan B a disparu []

Les photos du jour

Tuesday, March 16th, 2010

De l’art de se fourrer le doigt dans l’objectif

On trouvera sur le site du Monde ici un ensemble de photos illustrant la réaction des Palestiniens à l’annonce de nouvelles implantations de colonies à Jérusalem-Est, ainsi qu’à l’inauguration d’une synagogue dans le quartier juif de la ville.

La cinquième photo vaut le détour, qui est légendée en ces termes:

“En plusieurs points du secteur oriental de Jérusalem, des jeunes Palestiniens masqués1 jetaient des pierres contre les forces de sécurité et incendiaient des pneus, comme la veille sur plusieurs postes de contrôle.”2

J’ai bien regardé la photo, sur les quarante personnes qui y apparaissent, qui, sauf erreur, sont toutes des hommes plutôt jeunes ou très jeunes, on n’en distingue que cinq, au maximum, qui portent ce que l’on pourrait à la rigueur appeler un masque.

Si, dans ce cas où l’on peut directement vérifier l’information, l’erreur (version optimiste) ou la manipulation (autre version) est si flagrante, que peut-on dire des infos les plus brûlantes qui concernent une actualité aussi importante?

L’ambassadeur de la droite à l’enterrement de la gauche.

Dans le Figaro, ici, j’apprends que “parmi les personnalités” présentes aux funérailles de Jean Ferrat, il y avait notamment un certain Didier Barbelivien. Si Ferrat avait été acteur, il aurait eu Clavier pour porter sa boîte.

Mon Dieu, si vous existez, faites que je meure sur un bateau et qu’on n’en parle plus.

  1. C’est moi qui souligne. []
  2. On va éviter de se concentrer sur la syntaxe bancale. []

L’école en question

Friday, September 18th, 2009

Le but qu’il faut poursuivre, qui est réalisable, c’est d’assurer à tous des possibilités éducatives égales. Confondre cet objectif et la scolarité obligatoire, c’est confondre le salut et l’Eglise.

Réflexion intéressante issue de “Deschooling society”1, quoique certainement iconoclaste.

L’école est devenue la religion mondiale d’un prolétariat modernisé et elle offre ses vaines promesses de salut aux pauvres de l’ère technologique.

En effet, depuis Condorcet, Ferry et j’en passe, il semble que l’école soit une nécessité de gauche, que l’égalité ne puisse s’atteindre que via les institutions scolaires et que chacun ne puisse avoir sa chance que dans une société où les enfants auront tous l’occasion de suivre les programmes institutionnels le plus tard possible.

Douce illusion.

Non, terrible illusion, puisque en réalité l’école est sise dans une société basée sur des principes dits démocratiques reposant sur la liberté d’entreprise, cette dernière valorisant la diversité d’acquisition culturelle et savante. On ne peut le lui reprocher, ceci étant nécessité par ses autres principes: la concurrence, l’inégalité, la différence sociale. Pas de développement du marché, des technologies, du commerce, de la variété des mouvements économiques sans une grande différence marquée chez les acteurs sociaux.

L’inégalité est donc une nécessité, et donc l’école, aussi démocratique puisse-t-elle se prétendre, ne pourra faire qu’entériner cette soif de différence et ira jusqu’à la favoriser. Une école dans un monde comme celui dans lequel nous vivons ne peut que favoriser l’inégalité. Prétendre le contraire est au mieux ignorance des faits, au plus évident un mensonge (électoral).

Ce n’est pas tout à fait le propos d’ivan Illich, qui veut signifier plus dans son livre que l’insititution école, dans son établissement propre, s’oppose essentiellement à la réalisation de son intention, qui serait l’égalité de l’enseignement dans la perspective d’autonomiser ses apprenants2. Voici quelques-unes des idées développées dans le livre cité:

1) Aussi bien de manière interne, au sein d’une nation, on aura beau augmenter le budget de l’enseignement comme on voudra, au total ce seront toujours en moyenne les enfants des classes les plus riches qui en bénéficieront, et les inégalités ne cesseront de se creuser au sein de la société. Il est évident que l’on pourra tenter tant qu’on voudra de rendre les “chances” égales au sein de l’école, cela ne servira à rien, puisque le marché économique (commerce, travail,…) est tel que les parents voudront toujours privilégier leurs ouailles au détriment des autres et tenteront de ce fait de “pallier” au mieux à la prétendue égalitè scolaire. Ils useront d’abord des différences issues de l’institution en privilégiant les meilleures écoles pour leurs enfants, puis, si cela ne suffit plus, si par extraordinaire l’état devait parvenir à niveler le niveau scolaire de toutes les écoles (ce qui est proprement impossible), ils offriront à leurs descendants des conditions supérieures à celles des moins nantis. C’est une mathématique patrimoniale indépassable tant qu’existera la société basée sur la propriété, la famille et la valorisation du succès individuel3.

2) En outre, on s’apercevra rapidement que le statut du nombre d’années scolaires réalisées se dévalorisera au fur et à mesure que les prétendus progrès dans l’enseignement institutionnel se feront. Il est facile de constater que les huit premières années scolaires qui, jusqu’au début du vingtième siècle, suffisaient en Occident pour se faire une place parmi les intellectuels locaux, représentent aujourd’hui une base non suffisante pour quelqu’un qui cherche tout simplement du travail. Quand un instituteur était autrefois formé à seize ans, il lui faut aujourd’hui attendre un brevet obtenu au mieux vers 21 ans. En outre, dans le passé, ce titre permettait à son porteur d’obtenir, au moins en apparence, une haute considération locale et une influence certaine sur ses concitoyens, aujourd’hui il est peu reconnu, voire déconsidéré. C’est que l’instituteur est devenu une denrée courante, il est directement dévalorisé par ses collègues des niveaux supérieurs et son salaire est d’ailleurs moindre par rapport à celui de ces derniers. En définitive, il devient donc toujours de plus en plus cher et de manière de plus en plus insupportable, de tenter de produire une scolarité gènéralisée et efficiente.

3) Au niveau international, ces deux phénomènes ne pourront que mettre en concurrence directe les états et marqueront de manière encore plus évidente les travers qui en découlent à l’échelon mondial: ce sont les nations les plus riches qui bénéficient avant tout de la valorisation de l’institution scolaire et plus on avance dans le temps, moins l’unité scolaire garde de sa valeur, et plus il faut d’années prestées à l’école pour obtenir une valeur continue: l’inflation scolaire matraque donc d’entrée toute nation qui désire participer au jeu scolaire où elle est condamnée à suivre le rythme des “meilleures” qui, elles, ne désireront jamais se laisser rattraper.

4) Enfin, Illich constate à son époque que l’institution scolaire ne vise absolument pas à valoriser l’autonomie et la capacité de l’apprenant à choisir ses apprentissages et à les réaliser, mais au contraire chercher-t-elle à le réduire le plus possible à un consommateur scolaire, et de la préparer à consommer d’ailleurs passivement toute sa vie.

Quelques passages illustratifs issus de la seule introduction:

Le système de la scolarité obligatoire, s’il conduit inévitablement à une ségrégation au sein de la société, permet également une sorte de classement entre les nations. Ainsi s’établit une véritable hiérarchie internationale, où chaque “caste” fonde sa dignité sur le nombre d’années de scolarité défini par ses lois. Certes, ce chiffre n’est pas sans rapport avec celui du produit national brut per capita, mais si ce dernier demeure pour la plupart des citoyens d’un pays relativement abstrait, le premier suscite au contraire une réaction affective beaucoup plus profonde, voire douloureuse.4

(…) au cours de la scolarité, on confond l’instruction et le r^ole que l’on jouera dans la société. Pourtant, apprendre ne signifie-t-il pas acquérir quelque compétence ou quelque savoir nouveau, tandis que la promotion sociale se fonde sur des opinions que d’autres se font de vous? Ainsi, s’instruire dépend souvent de quelque instruction reòue, mais la sélection pour un r^ole social, pour un emploi sur le marché du travail, dèpend de plus en plus de la seule durée des “études”.5

Beaucoup continuent à croire, à tort, que l’école mérite la confiance publique, (…) alors m^eme qu’elle n’est plus que la détentrice d’un monopole et que loin d’égaliser les chances, elle en assure la rèpartition.6

Mais, me diront les plus gauchistes d’entre vous7, ce problème entier aura disparu le jour où notre monde aura basculé dans le saint communisme et où l’institution scolaire sera au service de l’égalité. Rien n’est cependant moins certain, car, comme le dit Illich, l’institution scolaire, par son essence propre, a pour objet la reconnaissance de statuts différents, et non l’égalité de l’enseignement. Les tentatives pour gommer les différences (uniformes, suppression des points, bourses et autres) n’ont d’ailleurs pas réussi à écorner le principe de la promotion sociale inégalitaire et inhérente que l’école entérine -malgré de nombreux enseignants idéealistes, mais aussi avec l’aide de bien d’autres à qui cela correspond exactement.

Ce problème, je l’ai abordé ici le plus brièvement possible; il fait partie des principaux sujets de mes inquiétudes personnelles. Moi, enseignant, je suis en rupture avec la mère de mon travail: l’école. Paradoxale, mais nécessaire remise en question.

  1. La citation, ici, vient de sa traduction, au titre abusif “une société sans école”, parue au Seuil (points), en 1971, p. 27. []
  2. Illich n’est pas un révolutionnaire abouti comme un communiste ou un anarchiste; cependant ses idées sont largement novatrices, bouleversantes et peu en accord avec la société de consommation passive dans laquelle il a vécu. []
  3. Notons que les développements les plus anti-patrimoniaux de ce texte ne sont pas illichiens, mais miens. []
  4. op. cit., p. 25. []
  5. op. cit., p. 28-29. []
  6. op. cit., p. 29-30. []
  7. Pendant que les autres s’empresseront d’aller inscrire leurs blondinets dans ce qu’ils trouveront de meilleurs avec l’appui de leur carte de parti si nécessaire, d’une sainte indulgence ou plus concrètement d’une contribution monétaire. []

le boulot de Belga

Saturday, July 11th, 2009

Fut un temps où Belga était une marque de cigarettes. Je crois qu’entretemps elle s’est fait bouffée par un concurrent, je ne sais pas trop lequel, tout comme Boule nationale -et au fond, on s’en fout. Mais aujourd’hui, Belga c’est avant notre Reuters à nous, notre AFP, bref, notre agence de presse… On ne sait plus très bien si elle est encore publique ou si elle est déjà privatisée comme la plupart de ses consoeurs.

Mais ce qui est important, c’est qu’elle alimente bien la moitié des articles de la “grande presse”, comme par exemple ce petit billet très instructif qui nous raconte que “Des prisonniers belges seront détenus aux Pays-Bas”. On sait que les prisons belges sont surpeuplées, on apprend ici que celles des Pays-Bas sont trop nombreuses (Mais comment font-ils?) et que, plutôt que de perdre trop d’emplois, le secrétaire d’État de la justice des moulins et des tulipes est prêt à accueillir 500 prisonniers belges pour autant qu’ils ne soient ni dangereux, ni susceptibles de s’évader. Je me demande un peu comment ils savent à l’avance que les mecs ne s’évaderont pas… Mais, bref, ce que Belga ne nous dit pas… ou ce que Le Soir ne reprend pas de la dépêche POUR LE CAS où Belga aurait fait son travail, c’est

-si les prisonniers ont été consultés;

-si les familles des prisonniers sont bien d’accord de se farcir la frontière pour aller voir leurs proches;

-s’il s’agit de prisonniers linguistico-compatibles avec les instances locales -ce dont on se doute, mais quand même, ce n’est pas dit;

-si on ne trouve pas scandaleux que la justice belge ne parvienne pas à assumer son incompatibilité peine/prisons;

-comment seront traités les prisonniers là-bas? mieux? moins bien? pareil?

-si tout le monde se souvient du cas Bahar Kimyongur, qui a vu la justice belge jouer son Ponce Pilate en tentant de se débarrasser d’un ressortissant qu’elle ne pouvait extrader en le livrant à la police kaas dont les juges, eux, ont estimé le cas trop mal ficelé pour que mon ami Bahar soit effectivement extradé vers la Turquie comme une certaine Laurette O. l’aurait bien voulu, histoire de se soulager tout sauf la conscience.

Et à propos, c’est la semaine qui vient que le jugement -le xème- sera rendu à son encontre…

Bref, les journalistes, c’est une profession, pire que les profs, qui ne fait pas son boulot. Surtout quand ils sont payés.

Priorités mal à droite

Thursday, April 30th, 2009

Je n’ai malheureusement pas vu le film de Paul Moreira sur le Dollaristan -entendez l’Afghanistan alimenté par l’héroïne traiditionnelle et la corruption financée par l’Occident-, mais j’en ai lu un petit compte-rendu dans le Canard Enchaîné du 22 avril dernier.

Parmi les nombreux flops rencontrés par le journaliste sur place, on compte celui des écoles prétendument réalisée par l’USAID1 et dont le journaliste a pu vérifier la réalité:

“L’aide? dit le Principal. Ils ont construit un mur d’enceinte. Des toilettes. Les travaux se sont arrêtés là.”

De l’art de poser les priorités en matière scolaire: ce sont les murs qui encerclent l’école que l’on commence par poser, rien avant -et, ici, rien après.

-Maaaaaaiiiiiis, tu ne comprends pas: c’est pour éviter qu’on vole des trucs dans l’école qu’on commencer par les murailles.

Ben tiens: si vraiment on avait l’intention d’y accumuler des objets plus précieux qu’une règle en bois et un pot de craies de couleurs, ce ne sont pas les locaux qui risquaient de se servir sur la bête, mais bien les seigneurs de guerre qui règnent en maîtres absolus sur leurs petites portions de territoires -et, eux, ce ne sont pas des murs d’enceinte qui vont les arrêter.

Non, ceci est symptomatique de ce que, pour les autorités, pour l’idéologie dominante, représente ou doit représenter l’école: un espace clos, délimité, enfermé, détaché, soucieux d’enseigner, aussi bien aux enfants qu’aux parents, que les mondes productifs de savoir doivent être compartimentés, protégés, régulés, comme les mondes productifs de biens et de services, fondés sur la propriété et le profit.

Le parallèle avec l’usine et ses murs, le bureau et son service de sécurité, la prison aussi, est évident: l’école, loin de séparer l’enfant de la société, l’y intègre de force, le plonge dans la réalité de celle-ci, en lui en montrant ce qu’elle a de meilleur: l’enclosure.

C’est ainsi, chères têtes blondes, que vous produirez plus, plus vite et pour moins cher…

Ah, et en évitant de se bousculer dans les escaliers, s’il vous plaît…

  1. organisme par ailleurs reconnu d’utilité publique par tous ceux qui ne supportent pas la vue d’un socialiste à moins de deux cent mille kilomètres, il est l’un des principaux organisateurs des troubles préputchistes dans de nombreux pays latino-américains, notamment. []

Anniversaires, je vous hais

Thursday, April 16th, 2009

Sir Charles Spencer “Charlie” Chaplin aurait eu 120 ans aujourd’hui.

Ça m’amuse toujours de voir les commémorations effectuées par les médias dominants sur un personnage comme Chaplin qui, de son vivant, fut surtout critiqué pour son engagement politique (ambigu) et ses frasques conjugales et moins conjugales par les défenseurs de la loi et de l’ordre moral.

À nous, qui nous gaussons des anniversaires, de la Fox et des médias-qui-mentent en général, nous reste le souvenir du cinéaste et du résistant aux idées dominantes, d’un personnage hors du commun dans le monde du 7e art et des films parmi les plus importants jamais réalisés et joués.

Et ça nous suffit pour l’installer au sein de notre panthéon de mythes fondateurs…

Ça manque un peu, des rues Charlot, des écoles Charlie Chaplin, tiens. (voir post précédent)

Davos dei

Tuesday, February 10th, 2009

Selon une source on ne peut plus autorisée, à savoir le rapport Davos de début 2008, les États-Unis prennent la première place dans le classement des meilleures places financières, tirés par leurs performances en matière d’intermédiaires financiers principalement. Ses banques sont estimées les plus efficaces du monde, notamment dans le domaine des concentrations bancaires, des spread de taux d’intérêt1 et des marges opérationnelles2.

Quand le Forum Économique Mondial, qui se veut plus ou moins la voix de la vérité en matière économique et le porte-parole du capitalisme libéral à outrance, se plante aussi royalement, on ne peut, certes, que se réjouir, mais on doit aussi rappeler que
-l’ancien président du FMI3, M. Jacques de Larosière, avait déclaré, l’année même de sa banqueroute, que l’Argentine était en très bonne santé économique et lui servait de modèle pour les autres pays4;
-L’ONU ne fait pas mieux, qui disait juste un an avant la découverte de son insolvabilité totale (en octobre dernier), que l’Islande était le pays où il faisait le mieux vivre, en raison de sa grande stabilité financière, générée par la privatisation de la quasi-totalité de son activité5.

Les voies des seigneurs sont impénétrables.

Les prévisions économiques, ce n’est guère une nouveauté, sont plus de l’ordre de l’astrologie que de la science.
En relisant des revues du début 2008, qui faisaient le bilan de l’année écoulée et se risquaient à quelques pronostics pour les douze mois suivants, je me disais que je pourrais peut-être m’installer, moi aussi, comme gourou dans une école de commerce ou comme grand prêtre d’une secte financière.

Au moins je gagnerais mieux que comme prof de langue, et je me sentirais plus valorisé: plus je dirais de bêtises, et plus on continuera à m’inviter dans les médias pour faire de mon nez.

  1. C’est-à-dire dans l’exploitation des différences d’intérêts entre l’argent qu’elles empruntent et l’argent qu’elles prêtent. []
  2. Ce qui est l’une des nombreuses manières de calculer le profit sans le faire, car ce chiffre se compose du chiffre d’affaires soustrait des charges d’exploitation, mais exclut tout ce qui est produits et charges financiers et exceptionnels. Si vous avez compris, tapez 8. []
  3. Jusqu’en 1987. []
  4. Le discours prononcé remonte au mois de mars, alors que la crise qui abattra l’Argentine commencera au mois d’août 2001. []
  5. Source: Piauí, janvier 2009. En raison de la catastrophe financière internationale, la confiance placée dans les trois grands investisseurs de l’île a disparu et les Islandais se sont retrouvés nus dans la rue, tel le roi de la fable: s’apercevant que leur “bien-être” reposait sur un vide économique. []

53 “artistes” à rayer de vos tables

Wednesday, July 2nd, 2008

Etienne Daho, Christophe Maé, Kery James, Sinik, Francis Cabrel, Patrick Bruel, Jean-Jacques Goldman, Jenifer, Stanislas, Raphaël, M Pokora, Keren Ann, Thomas Dutronc, Eddy Mitchell, Isabelle Boulay, Maxime Le Forestier, Martin Solveig, Marc Lavoine, Calogero, Gérard Darmon, Pascal Obispo, Jacob Devarrieux, Elie Seimoun, Alain Bashung, Bernard Lavilliers, Rachid Taha, Bob Sinclar, Psy4delarime, Abd Al Malik, Anis, André Manoukian, Charles Aznavour, Alain Souchon, Mademoiselle K, Soprano, Arthur H, BB Brunes, Liane Foly, Emmanuelle Seigner, Ridan, Renan Luce, Zita Swoon, Johnny Hallyday, Empyr, Kenza Farah, Shine, Camaro, Diam’s, Renaud, Romane Cerda, Cali, la Grande Sophie et Cindy Sander.

Tous ces zozos ont signé une espèce de lettre ouverte aux méchants petits téléchargeurs de leurs oeuvres, ces pirates, ces pilleurs d’artistes, leur demandant d’arrêter de les écouter pour rien… Payez, immondes petits salauds…

Déçu par Lavillier, Bashung, Souchon ou Le Forestier que je croyais au-dessus de ça, tiens… Leur lettre soutient une loi de la ministre de la culture française qui vise jusqu’à priver les méchants pirates d’internet. On sait que cela ne touchera jamais les plus forts d’entre eux, mais de toute façon qu’importe: ces vieux placards de l’art “pour mineurs” ont semble-t-il oublié l’époque où l’on s’échangeait des cassettes recopiées… L’industrie du disque, déjà, ne devait pas s’en remttre, disait-on, ce qui s’avéra complètement faux, et la création musicale aboutit avec leurs splendides bénéfices à Jordy et la Star’Ac. Bref, que du bonheur…

L’argument hypocrite qui veut que les profits des gros propriétaires d’artistes permettent l’éclosion de sang neuf, donc, ne vaut même pas la peine qu’on s’y étale: le jour où les majors disparaîtront, les jeunes qui feront leur promo sur internet et sur des espaces d’affichages libres trouveront les moyens de faire des concerts géniaux dans des petites salles… Le jour où s’écrouleront également les grosses entreprises de spectacle, tous les artistes auront des possibilités plus ou moins égales de se faire entendre. Un grand pas vers la déprofessionnalisation des arts et du spectacles…

Ça rappellera le bon vieux temps où les Brel, Brassens et autres Piaf bouffaient de la vache enragée pour devenir ce qu’ils sont devenus… ça rappellera aussi Vian qui ne vivait pas de son art…

ça rappellera quand les chansons étaient chantées dans les rues, quand on en achetait les partitions et qu’on les apprenait par coeur pour les chanter ensemble… ça rappellera ce que c’est que l’art quand il n’est pas professionnel.

Rejoignez le groupe “électrocutez Cloclo deux fois” sur fessebouc et Orcutte…

Ce que j’entends par… déprofessionnalisation de l’enseignement

Tuesday, June 10th, 2008

Bon, alors je dois définir deux ou trois choses.
En rapport avec les articles qui ont suscité débat un peu plus tôt dans l’année (dans l’ordre: ce premier, ce second, ce troisième, ce quatrième, et ce dernier, qui étaient consacrés à l’enseignement).

Je commencerai donc par:
déprofessionnalisation:
Je n’entends pas “professionnalisation” comme beaucoup qui y placent la compétence, le savoir-faire, le sérieux et l’abnégation. Pour moi, toutes ces qualités ne sont pas le monopole des professionnels. Et donc, j’entends par déprofessionnalisation l’émancipation d’une activité productrice, créatrice ou enseignante de sa nécessité financière. Il existe des professions trop importantes pour dépendre de leurs autorités payeuses. Que ce soit l’État ou le capital privé ne change rien: l’intention de l’un étant de reproduire son propre pouvoir, de l’autre de conserver les structures sociales à son avantage (ce qui revient d’ailleurs au même), ni l’un, ni l’autre ne devraient être en mesure de décider pour la population non possédante et non dominante de ce qui détermine leur existence. Ainsi l’enseignement, la santé, la justice, ne devraient pas être à la disposition des plus forts (ci-identifiés les nantis et les gouvernants).

Concernant l’enseignement et l’État, justement:
Je lisais récemment un article dans le Caros Amigos sur l’élitisme à l’école, à São Paulo. Le gouverneur de l’État, un ancien gauchiste passé à l’ennemi (actuellement l’un des leaders du plus puissant parti héritier de la dictature), José Serra, veut promouvoir le paiement des professeurs en fonction des résultats scolaires des élèves.

En voilà une idée qu’elle est bonne.

Je veux dire: elle n’est pas logique? Nous avons, professeurs, une obligation de résultat, au fond…
Non?
Si… Nous avons une obligation de résultat. Mais nous ne devrions rendre des comptes qu’à ceux qui nous font confiance -pas à ceux qui conditionnent notre salaire à une série de prérequis qu’ils affirment démocratiques parce que leurs auteurs ont été prétendument élus…

L’enseignant professionnel est exposé, et pas seulement dans le cas brésilien évoqué ici, à la surveillance de son autorité consulaire (de “consul”, autorité suprême sous la république romaine, élu tous les ans démocratiquement, le plus souvent grâce à la somme investie par son parti). Il est donc soumis à son bon vouloir. Qui a vu le film (ou lu la bédé) “Persépolis” se rappelle, je suppose, du personnage de l’institutrice iranienne de l’héroïne qui, avant la révolution de 78′, fait l’éloge du Shah, sans discussion possible, et, après, le voue aux gémonies et fait sienne la loi qui veut que toutes les filles doivent se couvrir de la tête aux pieds.

Combien de professeurs sont prêts à enseigner à leurs ouailles que les colonies ont eu un impact positif sur les populations soumises? Je veux dire: des professeurs d’aujourd’hui, normalement avertis, qui savent, qui ont étudié récemment, qui ont mai-68, Charonne et autre guerre d’Algérie derrière eux, que le colonisateur n’est pas légitime et que, si leurs vies n’étaient pas parfaites, les peuples colonisés n’ont pas bénéficié de la présence occidentale. Combien de professeurs, si on leur impose demain d’enseigner le contraire, oseront risquer leur salaire?

Combien de temps a-t-il fallu pour que les mutineries de 1916-1917 ne soient plus vues comme des trahisons à la patrie au cours d’histoire? Pour que Paris s’arroge enfin une Place de la Commune?

Si nous devons toucher un salaire pour notre travail d’enseignant, nous mettons en jeu notre intégrité, notre sens critique, notre loyauté envers nos élèves et notre matière. Selon moi, c’est contraire à la vocation de l’enseignant (tout comme de l’assistant social, du journaliste, du médecin, etc.).

Voilà pourquoi l’enseignant ne peut pas être professionnel. Parce qu’il doit être libre et sans contrainte; l’enseignant, comme l’artiste ou le chercheur, ne sera certain de pouvoir faire un bon travail que s’il l’exerce en conscience et dans le respect ce qu’il fait, et de ce pour quoi et pour qui il le fait. Son revenu ne peut dépendre de son activité d’enseignant: il doit donc être libéré de la nécessité de respecter un contrat et donc être assuré du minimum vital sans devoir rendre de comptes sur l’objet de son enseignement.

Qui surveillera l’enseignant? Vous, camarades, pas l’État, en qui votre confiance est mal placée… Ni une officine privée qui n’aura pour but que de servir les objectifs de ses financiers.

Au boulot…

à venir: définitions de l’école et de l’auto-discipline.