3 ans après – Le Sommet social de Göteborg

August 16th, 2020

Dans le cadre des vidéos que je fais sur l’UE, voici le chapitre du livre (qui n’est toujours pas paru et pour lequel, bon, ben, je ne sais pas s’il verra le jour-papier) qui est consacré au Sommet Social de Göteborg.

N’hésitez pas à le télécharger et à l’utiliser à votre profit.

Pour la bibliographie, je vous renvoie à ce que j’ai déjà publié par le passé, notamment intro et bibliographie.

Voici donc mon commentaire sur “l’Europe Sociale”, vue par Macron, Michel, Juncker, Orban, Renzi, Rajoy, Rutte et tous les autres…

Union Européenne Sociale

Oscillations

August 14th, 2020

Je travaille beaucoup sur l’Union Européenne, pour l’instant, mais je ne me dispense pas de lectures enrichissantes.
Et quoi que je ne sois pas d’accord avec tout ce qu’on trouve chez lui, j’avoue nourrir mes réflexions de certains passages de Braudel. Ainsi, le suivant.

« Comme tant d’autres forces qui font l’histoire et brassent le monde, [l’]unité grandissante [du monde] n’est pas un courant continu, mais un courant modulé, alternatif. Elle connaît des reculs et des avancées et c’est avec des retours en arrière qu’elle progresse finalement. Reculs ? Avancées ? Songeons à deux époques proches de nous. 1914 tout d’abord : un monde ouvert aux marchandises, aux idées, aux hommes, à tous les échanges. Un vrai monde. On en faisait le tour avec, sur soi, sa seule carte de visite… 1939 : avouons qu’alors, depuis vingt ans, le monde s’était barricadé et fractionné de façon absurde. (…)

« Oscillation entre un monde ouvert et un monde barricadé : le problème de la guerre actuelle n’est-il pas cette oscillation même ? De quel avenir s’agira-t-il ? Ou du morcellement de la terre en espaces autonomes -en planètes (espace grand-allemand, espace grand-asiatique, espaces anglais, américain, russe) ou du maintien -ou de la sauvegarde- de l’unité du monde ?

« Que cette dernière l’emporte, voilà qui me semble probable. Bâtisse qui voudra, en esprit, pour demain, des frontières verrouillées, des économies planifiées, des autarcies monstrueuses ! On a pu s’opposer au monde, de 1919 à 1939, par une puissante action. Honneur en soit rendu à l’égoïsme américain (la loi de 1924 sur l’immigration). L’Europe, coupable elle aussi, a eu l’excuse de ses folies et de sa faiblesse. On ne se transforme pas impunément en champ de bataille, pas plus hier qu’aujourd’hui. Au-delà de cette guerre, je ne pense pas que l’on puisse encore endiguer et contraindre le monde. Je pense qu’il va se contracter sur lui-même, mais en même temps s’ouvrir sur lui-même, de tous ses pores à la fois. Il en est peut-être grand temps.

« Les problèmes de demain, les grands problèmes, ne les sentons-nous pas avec netteté ? Ce sont les problèmes de ces portes ouverts, des vastes courants d’air qui vont secouer nos maisons. Gare aux vieux papiers, je veux dire aux vieilles méthodes, aux idées surannées, aux sociétés surannées, aux civilisations et aux États d’hier.

« Collaboration avec tous les hommes de bonne volonté : comment ne pas s’abandonner un instant à ce rêve de Noël ? Collaboration, entraide, fraternité, croyance en une humanité apaisée et meilleure. Rêves, non pas réalités immédiates, nous le savons tous. Entraide oui, mais luttes aussi, luttes féroces, avec les vastes pays du monde entier, avec les races du monde entier, avec les idées, les économies et les folies du monde entier, avec les haines, avec les égoïsmes, avec les cannibalismes du monde entier, avec les déterminismes et les fatalismes du monde entier. Et toutes ces luttes apparaissent avec leurs longues et monstrueuses liaisons dans l’espace. Qui nous dit que le destin de notre monde à nous, la France, une des îles de l’Occident, ne s’élabore pas aujourd’hui même dans telle profondeur de la Chine, ou de tel autre monde ? Tous les pays de l’univers se touchent et se mêlent dans un corps à corps tumultueux »

Fernand BRAUDEL, L’histoire, mesure du monde, in Les ambitions de l’histoire, Fallois, Livre de Poche, 1997, p. 112-113. Ce texte est extrait de la retranscription d’une conférence prononcée dans un Stalag, en 1941.

Oedipe, homme d’État

May 11th, 2020

Les personnalités politiques sont-elles des femmes et des hommes d’État, ou essentiellement des arrivistes et les purs agents d’une partie de la population, qui a, décidément, gagné la lutte des classes?

La crise actuelle ne fait qu’ajouter éléments après éléments à cette intuition que la plupart d’entre nous partageons au café du commerce: “tous pourris”, “corruption et compagnie”. Difficile d’argumenter contre cela lorsqu’on constate à quel point l’intérêt particulier, l’addition des prolongements de carrières indus sont la norme dans le fonctionnement de celles et ceux qui s’affichent années après années malgré leur incapacité ou leur malhonnêteté.

Il est rare de rencontrer des individus pour qui nous pourrions garder une once de respect pour le travail accompli. Même éventuellement des personnalités avec lesquelles nous ne partageons pas toutes les idées.

Lors de mon séjour au Brésil, j’ai eu l’occasion de suivre des éléments de carrière d’au moins deux personnalités pour qui mon respect n’est jamais tombé.

Il s’agissait, en premier, de l’ex-présidente Dilma Rousseff qui, malgré les concessions à répétition qui lui ont finalement coûté son poste, tentait malgré tout de garder un cap médian qui justifiait, pensait-elle, sa prise de pouvoir.

Elle s’est trompée, et a même fini par l’admettre une fois démise, lorsqu’elle a reconnu qu’il ne fallait décidément pas négocier avec les forces capitalistes. C’était trop tard. Pour autant, elle éprouvait et éprouve encore sans doute une véritable empathie pour les Brésiliens dont elle fut plusieurs fois ministre puis présidente élue à deux reprise.

Lors du gouvernement Lula, une autre personnalité fit de la diplomatie brésilienne une véritable alternative à ce qui était alors exercé presque partout dans le monde.

Celso Amorim fut le contraire d’un valet de la politique extérieure étatsunienne. Il fut probablement l’une des raisons principales de l’offensive généralisée que le Brésil dut souffrir par la suite, car il avait su installer une véritable diplomatie indépendante, capable d’influer sur les négociations dans les lieux de conflit habituellement réservés aux forces impérialistes occidentales.

Plus encore que leurs compétences, c’est leur bonne volonté, à tous deux, mais aussi la capacité d’empathie de Dilma Rousseff et le choix de retrait de Celso Amorim, qui m’ont marqué.

L’une et l’autre avaient encore probablement pas mal de choses à offrir à leur pays, mais peut-être aussi au monde, comme figures d’homme et de femme d’État.

Il y a de ces figures dans le passé, remarquables non pas tant par leur présence scénique ou leur souci de prolonger leur carrière, que par leur capacité à faire un pas de côté quand ils en sentaient la nécessité ou surtout par le sacrifice qu’ils firent de leur carrière. L’art de ne pas insister, en un sens. De savoir quel est l’intérêt à défendre.

A nouveau, et malgré tous les désaccords de fond que je peux avoir avec elle, je ne peux que mettre en avant la figure de Dilma Rousseff, probablement une des rares personnalités politiques de premier plan avec qui j’aurais sans aucun doute plaisir à discuter et partager un repas, une soirée, une véritable tentative d’entente.

Réponse à celles et ceux qui pensent que je ne suis pas capable de faire de compromis. Je le suis, mais j’ai un degré d’exigence tel que je connais plus de chameaux capables de passer à travers le chas d’une aiguille que de personnalités politiques avec lesquelles je trouverais intéressant de discuter.

Ce petit texte avait aussi pour vocation de mettre en contraste ces deux personnalités et celles qui sont incapables de trouver la moindre inspiration dans la souffrance humaine et dans le sort collectif de leurs populations.

Réécoutez Oedipe-roi, dans la pièce de Sophocle, qui finit, pour le bien de son peuple, par demander d’être banni lorsqu’il réalise avoir été la cause -bien involontaire- du malheur de la cité.

“Je le sais, vous souffrez tous; mais quelle que soit votre souffrance, pas un ne souffre autant que moi. Car votre douleur vous est propre: chacun a la sienne, pas celle de l’autre; tandis que mon coeur gémit sur la ville et sur moi (…). [Votre] douleur me pèse plus que le souci de ma personne.”

Sophocle, Oedipe-Roi, Prologue.

Peut-on en dire autant de ce tas-ci?

L’Union contre les peuples – introduction

June 5th, 2019

Voilà, on est de plus en plus près de la publication. Notre livre sur les Traités de l’UE, leur critique et nos propositions est presque fini.

La publication se fera en deux fois: une fois sur le net (ici) et une fois sur papier (éditions Le Cerisier).

La version internet sera probablement plus complexe, plus fouillée, mais aussi peut-être moins lisible. J’attends vos commentaires, soit par e-mail (thierry1thomas arobaz gmail point com), soit sur un réseau social quelconque où on s’est déjà rencontrés. Au fond, tout commentaire pourra être utile pour améliorer la version finale sur papier.

Après avoir déjà publié la bibliographie et le glossaire ici,

puis la table des matières ici,
(même si elle est susceptible d’évoluer)

voici l’introduction.

A suivre (mais il y a encore du boulot de relecture), la première partie. Il est possible que j’édite ici la première partie en plusieurs fois.

Comme précédemment, je suis ouvert aux remarques, notes, etc., sur mon email thierry1thomas arobaz gmail point com

L’Union contre les peuples – table des matières de la version “en ligne”

May 29th, 2019

Après le glossaire et la bibliographie, voici la table des matières, donc, du livre à paraitre. Ici la version en ligne, du livre à paraitre dans quelques mois aux éditions du Cerisier.

Je vous rappelle qu’on cherche toujours un titre.

On est curieux de lire vos commentaires et remarques.

N’hésitez pas à écrire sur (thierry1thomas arobaz gmail point com).

L’Union contre les peuples – glossaire et bibliographie

May 28th, 2019

Voilà, on est tout près de la publication. Notre livre sur les Traités de l’UE, leur critique et nos propositions est presque fini. Enfin, presque… M’ouais…

La publication se fera en deux fois: une fois sur le net (ici) et une fois sur papier (éditions Le Cerisier).

La version internet sera probablement plus complexe, plus fouillée, mais aussi peut-être moins lisible. J’attends vos commentaires, soit par e-mail (thierry1thomas arobaz gmail point com), soit sur un réseau social quelconque où on s’est déjà rencontrés. Au fond, tout commentaire pourra être utile pour améliorer la version finale sur papier.

Je vais commencer par… la fin. Pourquoi? Parce qu’il s’agit du glossaire et de la bibliographie, lesquels sont indispensables pour lire l’ensemble. En effet, vous aurez l’occasion de le voir, nos définitions ne sont pas nécessairement les vôtres.

Voici donc le glossaire et la bibliographie de notre livre à paraitre.

A propos, on cherche toujours un titre

Le prochain post sera consacré à la table des matières, également très importante, en ce qu’elle vous permettra de me proposer de publier d’abord tel ou tel passage, sachant que tous les chapitres sont déjà écrits.

Pour les illustrations, elles sont toutes de moi et elles risquent fort de passer à la trappe dans le livre.

C’est peut-être pas plus mal 🙂

L’Union Européenne dans ses oeuvres

May 14th, 2019

Voici en lien et en pdf les dernières pages du livre que je suis en train de terminer.
Etant donné qu’il doit encore être retouché dans tous les sens, ce n’est sans doute qu’une version alpha ou béta, comme disent les informaticiens.

Je terminais ici par un exemple frappant de l’inutilité de l’UE, voire de son caractère contre-productif, quand il s’agit d’avancer sur le thème de l’environnement ou du social à l’échelle internationale.

L’UE s’assied sur les paysans comme sur l’environnement (test pdf)

toute référence, etc.

April 28th, 2019

Fin juin 1789 : des soldats des Gardes Françaises, accusés d’insubordination, sont enfermés dans l’Abbaye et le bruit court dans la population qu’ils pourraient être envoyés dans la terrible prison de Bicêtre.

Une foule envahit l’Abbaye et libère les prisonniers. Sous la menace d’une intervention militaire pour les récupérer, une députation de citoyens de Paris se rend à l’Assemblée pour lui demander d’interférer auprès du roi.

La cour est accusée d’être à l’origine de ces violences. La députation envoyée auprès du roi réclame sa clémence.

Le roi accorde sa grâce, mais, dans son discours, en profite pour associer l’Assemblée aux violences à venir. Ainsi, le pouvoir exécutif dit à son opposition: si des violences surviennent, je vous en accablerai.

8 juillet: le roi renvoie tous les ministres modérés : Necker, Montmorin, Saint-Priest, la Luzerne. Selon Jaurès1, le roi ne peut pas ignorer l’effet qu’aura le renvoi de Necker sur la population, car il est très populaire.

Jean Jaurès estime dès lors que, ce faisant, c’est le roi qui est responsable des violences qui viendront dans les jours suivants. Il rassemble des troupes autour de Paris qui agitent la population, laquelle, énervée, se lancera sur les barrières autour de Paris qui avaient été construites pour lever des impôts sur les denrées qui y rentraient. Le même jour, Camille Desmoulins et d’autres orateurs haranguent la foule afin qu’elle s’arme contre les troupes rassemblées.

Dans les deux jours qui suivent, les Parisiens vont chercher des armes et tenter de prendre la poudre qui se trouve dans la Bastille.

C’était un certain 14 juillet… L’événement qu’on sait.

  1. Histoire socialiste de la Révolution socialiste. []

Citoyenneté fiscale

April 15th, 2019

Je faiblis sur les titres au fur et à mesure que je me sens plus fort dans les concepts. Si quelqu’un se sent de m’envoyer un bon titre, n’hésitez pas à m’écrire…

Horizontales et verticales

Du diable si je me serais attendu à traiter de ce sujet il y a encore dix ans. Mais depuis lors, je suis passé par le Brésil libéral -et on voit ce que ça donne.

J’ai vieilli sûrement.

La réalité de l’Union Européenne m’accable aussi de plus en plus. La toute petite chance qu’elle pût être porteuse d’une démocratie internationale et sociale -mais vraiment toute petite-, n’a jamais existé. C’est une immense tromperie. Il est temps que notre fibre sociale et internationale s’en rende compte.

Il n’y a pas d’Europe sociale à espérer. Ni d’Europe démocratique. Ni même d’Europe.

Alors, la plus horizontale, la plus valable possible des réalités démocratiques doit être envisagée. La plus sociale aussi. Pour qu’une telle chose puisse avoir lieu -pour que la démocratie puisse être réelle, juste, sociale, horizontale, et qu’elle corresponde aux besoins de la plupart des gens-, je crains que l’anarchie ne soit pas la solution.

Je ne dis pas que la nature humaine ne puisse la supporter, non, puisque je la supporte et que je suis humain. Je connais plein de libertaires et d’anarchistes. L’anarchie est donc une réalité. Mais elle n’est pas généralisable à l’humanité entière.

La nationalité, c’est le fait de faire partie de la nation

La nation est un concept vertical, évidemment. Cependant, il s’agit d’un mécanisme à double entrée.

Première entrée: la lutte contre le nationalisme est légitime lorsqu’il déborde et devient impérialisme. Cependant, on peut s’interroger sur la légitimité de la translation “nationalisme” => “impérialisme”. Je suggère de ne pas en discuter ici.

Deuxième entrée: à l’origine, le nationalisme était un véritable progrès historique. La nation était l’ensemble des individus associés sous un seul terme; ils se distinguaient à la fois négativement -par rapport aux autres nations-, mais aussi positivement -en ce qu’ils jouissaient de la même qualité. Le développement de la nation est donc un facteur d’égalité.

Il n’y a pas à dire: s’il y a bien un phénomène dont nous sommes redevables à la Révolution française, c’est bien de la réalisation de ce que tout le monde peut participer à la réalité politique et sociale de la nation.

Et quand je dis tout le monde, c’est tout le monde.

La nationalité, c’est la citoyenneté

Article 4 de la Constitution de 1793. – Tout homme né et domicilié en France, âgé de vingt et un ans accomplis ; – Tout étranger âgé de vingt et un ans accomplis, qui, domicilié en France depuis une année – Y vit de son travail – Ou acquiert une propriété – Ou épouse une Française – Ou adopte un enfant – Ou nourrit un vieillard ; – Tout étranger enfin, qui sera jugé par le Corps législatif avoir bien mérité de l’humanité – Est admis à l’exercice des Droits de citoyen français.

Les femmes n’étaient malheureusement / évidemment pas incluses dans l’exercice politique. Le patriarcat ambiant n’y avait pas préparé la plupart des révolutionnaires1. Cependant, on notera le caractère novateur de cet article: le citoyen n’est pas celui qui est né sur le sol de la patrie, mais bien celui qui s’y rend utile pour la collectivité.

Pourquoi se limiter à “vingt et un ans accomplis”? Les “young for climate” sont en train de nous montrer qu’il y a plus à attendre de leur génération que de toutes les boules de billard qui pourraient remplacer Charles Michel.

La grande Révolution réunissait en 1789 des ressortissantes et ressortissants de nombreuses origines différentes: Suisses (comme Jean-Paul Marat), Anglais (Thomas Paine), pré-Belges (le fantasque Cloots), pré-Italiens (tel Philippe Buonarotti), etc. Théroigne de Méricourt aussi venait de chez nous.

Ils étaient reconnus ‘nationaux’, elles étaient reconnues nationales, parce qu’ils s’étaient engagés dans la Révolution qui venait, parce qu’elles agissaient pour la République.

Aujourd’hui, celle ou celui qui paie ses impôts contribue à l’enseignement des enfants et au paiement des pensions. De fait, il ou elle vit de son travail -au pire, travaille à en trouver -mais en attendant paie bien des impôts de toute façon -et agit pour la collectivité. Qu’est-ce qui justifierait de ne pas l’intégrer à la vie politique?

Le paiement de l’impôt, c’est la condition de la citoyenneté

Je me fais l’écho de Frédéric Lordon qui pose souvent le débat de la nationalité -et pour lequel on l’assimile parfois au camp “rouge-brun”.

Dans le livre “La Malfaçon. Monnaie européenne et souveraineté démocratique”, publié chez Babel2 en 2015, il pose comme base de la citoyenneté le fait de payer des impôts. Qui ne paie pas d’impôts (il prenait l’exemple, pour la France de Bernard Arnault, Jérôme Cahuzac, Johnny Hallyday et Gérard Depardieu) devrait être privés de la nationalité française, alors que Mamadou et Mohammed qui triment et paient leurs impôts régulièrement en dépit de leur naissance étrangère, eux, devraient en bénéficier automatiquement.

Ainsi, qui paie ses impôts sur l’ensemble de ses revenus (capital et travail réunis) est déclaré citoyenne ou citoyen de plein droit: expression politique, droits civiques, droit aux soins, droit à l’instruction de ses enfants, etc. De fait, au lieu de fixer un âge à l’exercice des droits civiques, on pourrait tout simplement l’associer à la paperasse rose saumon sur fond blanc.

A contrario, qui ne les paie pas ou est surpris à ne pas en payer la juste qualité perd ses droits civiques.

Les riches chassés

Si la fiscalité chasse les riches, ou en tout cas celles et ceux dont la cupidité est plus forte que la citoyenneté, cela ne signifie pas qu’elle chasse les talents.

Le talent, c’est l’envie de faire quelque chose. Ca, c’est du Brel. Il faut avouer que c’est balaise. Ce qui nous intéresse, c’est le talent brélien de gauche: l’envie de faire quelque chose pour la collectivité.

Que les fuyards chers et infidèles nous quittent! Nous n’en voulons pas. Si la citoyenneté ne les intéresse pas, les droits et avantages nationaux ne devraient pas plus leur revenir.

Par “nationaux”, nous entendrons “qui se rapportent à la collectivité entendue comme telle par l’ensemble de ses membres”. Je vous avoue que je n’ai pas tiré ça de mon pouce, mais de celui de Shlomo Sand, pour qui peut se définir “peuple” tout ensemble d’individus qui aspirent à être rassemblés comme tel.

Le principe ethnique du peuple ne nous intéresse pas, mais bien celui de choix délibéré des individus à faire partie d’un ensemble, quel que soit le nom que l’on donne à cet ensemble. Communauté, collectivité, cité, pays, peuple, nation…

La légitimité de cet ensemble repose sur le désir d’en faire politiquement partie -rien d’autre. L’histoire, la religion, la géographie devraient au mieux être seconds.

Le talent de la citoyenne et du citoyen, c’est le désir d’appartenir à la cité et d’exprimer ce désir par le fait de participer pleinement à son existence par le juste retour sur les avantages qu’il en retire, retour exprimé, dans mon esprit, sous forme de l’impôt sur l’ensemble de ses revenus. En toute égalité.

Les riches refusant de passer à la caisse auront d’ailleurs une récompense à la mesure de leur civisme: un jet de catapulte vers la mer. Sans yacht ni bouée.

  1. Mais contrairement à ce que l’on a l’habitude de penser, les plus progressistes dans le domaine n’étaient pas les Girondins. Robespierre avait plaidé pour le vote “par feu” -c’est-à-dire par foyer, ce qui signifiait que dans de nombreuses localités les femmes étaient souvent admises au vote lorsque le foyer était monoparental. Il faut aussi noter qu’en cela il n’innovait pas: la coutume donnait fréquemment l’occasion aux femmes de s’exprimer. Ce qui nous amène d’ailleurs sur un autre sujet, abordé par François Bégaudeau: la démocratie se fait-elle dans le silence de l’isoloir ou dans la délibération collective? []
  2. Après Les Liens qui libèrent. []

“Qu’est-ce qui est jaune et qui n’attend plus?”

March 18th, 2019

Si on me l’avait dit, je dois avouer que je n’aurais pas cru que le jaune aurait été vraiment la couleur qui m’identifie… Le rouge, le noir, le mauve, oui; à la rigueur le vert… Bon, pas le bleu, sinon celui du ciel… Mais le jaune… Surtout parce que le jaune a un sens symbolique politique fort: c’est la couleur du briseur de grève. Donc, jusqu’au mois de novembre dernier, on ne peut pas dire que ce soit évident.

Bien entendu, c’est aussi la couleur du soleil. De plein de soleils différents.

Mais de toute façon, rien ne prépare l’importance d’une couleur dans l’histoire. Le drapeau français était inattendu, le drapeau rouge pas plus… Alors s’il faut porter du jaune -en plus il est dispo dans la voiture, obligation légale -le ver dans le fruit est toujours caché et le pouvoir porte toujours en lui ce qui le détruira de l’intérieur.

On ne lâche rien.

On ne condamne pas “les violences”, en tout cas pas celles des gens qui portent cette colère. Pas question! La violence, c’est celle du grand patronat et de ses sbires aux commandes.

Il faudrait d’ailleurs qu’ils fassent tout doucement attention: qu’ils préparent soigneusement leurs portes de sortie, parce que je ne garantirais pas que toutes et tous les GJ soient dans le même état d’esprit qu’un Jérôme Rodrigues, qui est capable de rester calme et posé devant des présentatrices et présentateurs de chaines d’information.

On n’a pas affaire aux Nuits-debout, ici, mais bien à des gens qui sont en souffrance. Ce ne sont pas de gentils étudiants qui peuvent alterner une garde à la Bastille (ou ailleurs) et un verre en terrasse. Non, ce sont des gens pour qui les 5 euros de baisse d’APL compte, pour qui une augmentation de taxe carburant est une de trop, ce sont des gens qui pleurent de ne pouvoir engager personne parce qu’ils sont incapables de planquer leur argent en Suisse ou au Luxembourg -et qui ne le veulent pas non plus. Je ne suis pas en train de les dorer -ils l’ont fait tous seuls-, parce qu’il n’y a pas que des anges parmi eux. Mais justement, ce ne sont pas des anges qui ont pris la Commune (anniversaire), ni non plus qui ont mis la Montagne au pouvoir.

Ce n’est pas avec des anges qu’on fait la Révolution, parce que la Révolution est une violence contre une violence.

Il n’y a pas de Révolution s’il n’y a pas une violence qui la déclenche -celle du pouvoir.

Il ne reste plus qu’à attendre, du côté des intellos qui se posent en soutien, une alliance improbable entre Delaume, Plenel, Ancelin, Onfray, Chouard, Mélenchon et les siens,…

Il faudrait qu’ils et elles oublient qu’ils sont devant et qu’ils et elles doivent suivre les GJ, et non pas les précéder. Ca, certains l’ont déjà compris (Perret, Todd, Branco, Pinçon-Charlot et son mari, Bégaudeau, et bien d’autres…).

Arrière-garde d’intellos1 pour les soutenir -et surtout pas pour les récupérer!

Et il faut encore que ce soit la France qui montre l’exemple, bordel!

  1. Bon, pas Perret, évidemment. []