Brésil, un petit état des lieux en cette fin d’année 2017

October 25th, 2017


Non, ce n’est pas un vampire pris à la lumière du jour, mais l’actuel président du Brésil, Michel Temer.1

Imaginons qu’un acteur de films pornographiques vienne un jour dans un programme de variété quelconque expliquer qu’il a profité d’un bon moment dans les coulisses pour avoir une relation sexuelle avec une chanteuse ivre qui ne se rendait compte de rien… Rires sur le plateau et, peu après, l’acteur est invité par un ministre pour une franche discussion sur d’autres sujets…

Scénario complètement fou? Délire d’auteur de séries sans intérêt? C’est pourtant exactement le fil d’un fait réel au Brésil, même si j’ai changé la profession de la chanteuse; la victime était une prêtresse de Candomblé2 en état de transe lors d’un rite religieux, et non une chanteuse rencontrée dans les coulisses de l’émission.

Qu’importe: tout le reste est exactement tel que je viens de le raconter: le ministre de l’éducation du gouvernement de Michel Temer, Mendonça Filho a reçu l’acteur qui s’était vanté de ses exploits, pourtant criminels, à la télévision, ce qui est également, en droit brésilien, un crime.


A gauche, Alexandre Frota, en compagnie, au centre, du ministre de l’éducation Mendonça Filho à qui il a “pu donner des idées pour le pays qu’il aime”. Cliquer sur la photo pour agrandir.

L’ancienne ministre des droits des femmes sous le gouvernement de la présidente Dilma Rousseff a désavoué publiquement à la fois l’acteur et le ministre, qualifié l’attitude de Frota d’apologie du viol et a été condamnée à verser à ce dernier 10.000 R$ au titre de dommage moral. Il semble qu’abuser d’une femme qui n’est pas en état d’approuver ou de refuser un acte sexuel ne soit plus un viol au Brésil.

Aux dernières nouvelles, la décision vient d’être inversée en appel. Pour autant, la culture machiste du viol, admise par les mâles blancs descendant des esclavagistes (Le Candomblé est d’ailleurs culturellement très attaché aux esclaves arrivés sur le sol brésilien) a de beaux jours devant elle. Cet épisode, qui est loin d’être un accident isolé, illustre la pente glissante sur laquelle se trouve le Brésil depuis la chute de Dilma Rousseff, dite Dilma, et de son prédécesseur Luis Ignacio da Silva, dit Lula. Non pas que la situation était idéale, entre 2002 et 2016, mais les gouvernements d’alliance travailliste étaient parvenus à inverser quelque peu la tendance générale de l’impunité des riches et de la punition des pauvres au Brésil.

J’étais un opposant du gouvernement, lorsque je vivais au Brésil (entre 2007 et 2011), mais pour les raisons diamétralement opposées à celles des hommes blancs et riches qui les ont renversés -car, désormais, avec la condamnation en première instance de l’ancien président Lula, ce n’est plus seulement Dilma qui a été renversée, mais aussi le favori annoncé des prochaines élections, en 2018, si jamais elles ont lieu, qui ne pourra s’y présenter. J’étais un opposant car j’estimais que le gouvernement brésilien avait une occasion en or d’en faire beaucoup plus pour les pauvres, les noirs, les indiens, les femmes, bref toutes les minorités. Fatigue du compromis de ma part, sans aucun doute. Le fait est que Lula et Dilma gouvernaient en collaboration avec des partis conservateurs dont ils ne parvenaient pas à se dépêtrer. Ce sont ces partis qui se sont ensuite débarrassés de Dilma l’an dernier et qui tentent d’emprisonner maintenant Lula.

Les manifestations jaunes et vertes peuplées de blancs bien éduqués qui désiraient ne plus devoir payer les cotisations sociales de leurs employés domestiques (2015-2016) (Rovena Rosa/Agência Brasil). Cliquer sur la photo pour agrandir.

Les responsables du coup d’État parlementaire de l’an dernier sont globalement liés à cette caste bien (peu) pensante, grand bourgeoise, qui ne représentent et ne servent qu’eux-mêmes et leurs petits cercles d’amis: les énormes exploitants agricoles, les hyperaffairistes3 , les religieux tant catholiques que protestants4 et, bien sûr, leurs partenaires étrangers, exploitants miniers, acheteurs de bovins, de céréales et autres biens primaires, grandes entreprises pétrolières, sans oublier les diplomaties européennes et américains qui commençaient à se fatiguer de la caution démocratique des BRICS.

Ce ne sont que grands pas en arrière successifs qui se multiplient, depuis que Michel Temer, l’ancien vice-président de Dilma, accablé pourtant par les affaires de corruption bien plus que la femme grâce à qui il a obtenu ce poste, a pris les rênes du pays, sous la double pression d’une opinion publique qui le rejette en masse5 et de ses “amis”, qui ont contribué à le mettre où il est et qui le menacent sans cesse d’une nouvelle procédure d’empêchement s’il n’obéit pas à leurs revendications6. Michel Temer, bien heureux d’être encore au sommet de l’Etat, est en réalité entre les mains des milieux parlementaires qui attendent de lui qu’il défende tous les reculs sociaux et environnementaux de leurs différents programmes.

Les droits du travail reculent désormais. Ainsi, les maigres acquis des employées et des employés domestiques, qui étaient au centre des indignations des manifestants blancs anti-Dilma l’an dernier, lesquels se plaignaient de devoir payer les droits sociaux de leurs bonniches. La plus grande partie des personnes concernées sont des femmes, et la moitié d’entre elles sont noires. Certaines parvenaient à envoyer leurs enfants dans les mêmes écoles que celles des enfants de leurs patrons sous Lula et Dilma. “C’est ça qui incommodait l’élite blanche”, dénonce la rappeuse Preta Rara.


Cette photo, symbolique, représentant un couple de manifestants anti-Dilma accompagnés par leurs enfants en landau poussé par la gouvernante sous-payée, a fait le tour de la toile brésilienne peu avant les Jeux Olympiques de 2016.

Par ailleurs, les droits des populations les plus faibles baissent et les agressions à leur encontre se multiplient: quilombolas, favelas, mais aussi populations indiennes périphériques sont constamment agressées. Ainsi les normes de travail esclavagiste définies par la loi ont été redessinées par une circulaire à l’avantage des, hm, employeurs et la chasse aux esclavagistes a été restreinte.

On se figure difficilement, vu d’Europe, ce qu’est la situation des travailleurs non protégés au Brésil. Les luttes syndicales sont certes possibles dans les villes et les centres industriels, mais la situation est bien différente pour les travailleurs isolés (tels que les employées et employés domestiques), dans les petites villes et les centres de production éparpillés sur toute la géographie du pays. La circulaire émanant du ministère du travail, dont je parlais plus haut, est tombée récemment dans le débat public: une cour de justice chargée de s’assurer de la bonne constitutionnalité des lois a retoqué le texte, mais le ministre Nogueira le maintient car, selon lui, il clarifie le travail des contrôleurs. Un grand nombre d’observateurs extérieurs estiment que ce texte rapproche le Brésil de la période qui a précédé l’abolition de l’esclavage et on se demande parfois jusqu’où ce gouvernement -adoubé, dois-je le rappeler, par la “communauté internationale” (enfin, les USA et l’UE)- sera capable d’aller.

Le président lui-même s’est récemment exprimé sur le sujet de manière parfaitement honteuse selon des normes purement libérales, si on y songe7.

Qu’on ne s’y trompe pas: même sous Lula ou Dilma, il ne faisait pas bon être noir, indien, pauvre, femme, etc. C’est évident. Mais les choses soit allaient vers un mieux progressif, soit stagnaient péniblement. Aujourd’hui, la contre-attaque, une espèce de Contre-Réforme conservatrice, issue des partis notoirement libéraux conservateurs (PSDB, PMDB, DEM, etc.8 ) et de leurs affidés plus petits, y compris du ridicule parti de madame Marina Silva, la célèbre caution verte, coincée dans ses idées évangéliques conservatrices, et dont l’attitude déçut à plus d’un titre l’an dernier, cette Contre-Réforme tente d’écraser le plus fort et le plus vite possible tout ce qui a pu être construit durant les “années PT”. Nous en sommes peu informés en français. Il est vrai que nous avons tant de distractions de notre côté: n’est-il pas plus amusant de condamner le chavisme et l’attitude des Russes, de l’Iran et de la Corée du Nord que de dénoncer ces merveilleux sociaux-démocrates du PSDB de retour aux affaires au Brésil?

Dans la ville de São Paulo, qui est celle que je connais le mieux, la situation s’est considérablement dégradée avec l’arrivée d’un “homo novus”, une espèce de météorite macro-trumpienne, un mélange de Justin Trudeau et de héros de téléréalité, le nouveau prefeito (maire) de la ville, João Doria; ancienne star de la télévision, entrepreneur à succès, présentant beau, faisant jeune, Doria est arrivé à la politique -en apparence- tout dernièrement, gagnant en 2016 la première élection à laquelle il participait. Il est devenu, dans les faits, un des hommes les plus puissants du pays, puisque São Paulo est le moteur financier et l’une des principales locomotives industrielles du Brésil.


Apprenez à connaitre son visage: vous risquez de le voir souvent à partir de 2018, si Lula ne peut pas se présenter. Cliquez pour agrandir l’image (si vous l’osez).

Son parcours n’a pourtant rien d’hasardeux: il influait déjà dans l’ombre sur la politique du pays et son carnet d’adresses dans les milieux libéraux conservateurs est gigantesque. Sa présence continue dans les médias devrait rappeler les belles heures des élections françaises de 2007 et 2017. Ses positions politiques affichées charrient le chaud et le froid: favorable au mariage homosexuel mais opposé à l’avortement, plutôt ouvert au désarmement de la population mais contre toute tolérance sur la question des drogues, c’est en réalité une machine à suivre les indicateurs de l’opinion publique. En réalité, dès qu’il est arrivé à la tête de la ville, son regard s’est porté vers le Planalto (la résidence présidentielle) qui a probablement été dès le début son objectif.

Critiqué même à l’intérieur de son parti, surtout par certains caciques, pour sa gestion atypique, il contre-attaque sans pitié et se moque de ces anciennes figures, dont il a pu se servir, mais qu’il peut désormais jeter. Il s’est récemment distingué sur un sujet particulièrement audacieux: avec l’aide d’une organisation plutôt nébuleuse, la Plataforma Sinergia, manifestement liée aux entreprises de reconquêtes catholiques des âmes perdues au bénéfice des églises protestantes évangéliques, João Doria, lui-même catholique, a proposé le développement du projet “Farinata”, dont l’objectif est de nourrir les habitants trop pauvres de São Paulo.

Jusqu’ici, évidemment, on ne saurait trop l’y encourager. Mais tout est dans le “comment”. La Plataforma Sinergia se propose de rassembler tous les invendus des bars, restaurants, supermarchés, etc. sur le point de passer la date limite de péremption, d’en faire des espèces de biscuits uniformes aux qualités nutritionnelles douteuses et de les distribuer gratuitement. Selon Doria, la ville remplirait ainsi son devoir civique d’éviter la mort par inanition de ses concitoyens les plus démunis, et ce pratiquement sans coût pour les contribuables. On pourrait même arguer d’un avantage environnemental par dessus le marché.

Je vous laisse juge de la pente sur laquelle ce bienfaiteur d’un nouveau genre nous propose de glisser.


Comment ça, j’exagère?

Le même Doria fait partie d’une clique de super-riches qui préparent les prochaines élections avec un “Fonds citoyen” alimenté par de l’argent venant de grands entrepreneurs et chargé de soutenir le prochain candidat présidentiel qui défendra leurs intérêts.

Cette information est encore relativement discrète et peut-être ne lui accorde-t-on pas toute l’importance qu’elle pourrait avoir. Il s’agit sans doute de la parade à une éventuelle sortie judiciaire favorable à Lula, qui pourrait, dans ce cas, se présenter à nouveau. Or, l’ancien président, surnommé par ses adversaires “la grenouille barbue”, est toujours le favori de la population brésilienne dans les couches les moins aisées, et les riches n’ont pas encore trouvé le moyen de les empêcher de voter.

C’est encore Doria qui avance l’idée de “vendre” le nom de certains quartiers de la ville -un avant-goût, sans doute, des baptêmes lucratifs de parcs, bâtiments publics et stades de football. Après tout, ce genre de phénomène existe déjà à travers le sponsoring d’événements sportifs. Doria ne ferait qu’étendre ce phénomène à des lieux publics. Un petit pas vers la privatisation des espaces théoriquement non aliénables…

On pourrait encore en rajouter sur le bonhomme, qui a fait passer à la trappe de nombreux acquis du précédent mayeur de la ville. Mais je vous sens un peu absent.

Ce petit mot juste pour vous dire que, non, la situation ne s’est pas stabilisée au Brésil après le coup d’Etat de 2016… Elle empire constamment.

  1. Source: le blog de Sakamoto, un excellent bloggueur, journaliste critique de gauche. []
  2. Une religion syncrétiste moyennement importante, mais culturellement appréciée au Brésil. []
  3. Qui ne gagnent de l’argent qu’en grande partie grâce à des politiques monétaires et bancaires injustes palliant leur incompétence globale en matière économique. []
  4. Evangélistes, principalement, mais pas seulement. []
  5. Il n’a jamais été élu pour lui même, mais en “ticket”. []
  6. La réalité, c’est que les “hommes riches blancs” qui occupent le pouvoir judiciaire actuellement tiennent les “hommes riches blancs” qui occupent les deux autres pouvoirs. La connivence n’exclue pas la concurrence et la soif de pouvoir. Il y a une véritable double force de complicité de classe et de concurrence féroce entre les individus qui occupent les postes de pouvoir au sein de l’exécutif, du législatif et du judiciaire. Les rares personnalités sincèrement préoccupées par l’intérêt général ne sauraient servir de caution pour toutes les autres []
  7. Voir à ce sujet divers articles du blog de Sakamoto; par exemple ici. Même l’ancien président Fernando Henrique Cardoso a souligné le caractère honteux de l'(in)action du président. []
  8. Pour un petit topo sur les partis qui n’a pas trop vieilli, voir ici. []

Un journalisme d’un autre siècle

October 18th, 2017

Ce matin, j’entendais sur la chaine principale publique belge francophone d’information radio un… animateur, auto-proclamé journaliste, se faire l’écho des éditoriaux papiers qui se lamentaient sur l’événement de l’avant-veille: la mort criminelle d’une journaliste blogueuse maltaise, Daphne Caruana Galizia. L’auteur de cette revue de presse semblait véritablement contrit par la mort de celle qu’il considérait comme sa consoeur et se plaignaient de ce que le monde semblait avoir fait un bond de vingt ans en arrière. N’était-ce pas une manoeuvre du siècle dernier plutôt que de celui-ci?

On serait tenté de lui répondre que les publications de RSF1 regorgent de meurtres de journalistes dans des pays aussi bien cotés que la Somalie, la Colombie ou la Syrie, mais ce serait trop facile: après tout, la situation de ces pays n’a guère évolué depuis le vingtième siècle, n’est-ce pas?

Mais ce qui m’interpelle, c’est plutôt que cette journaliste, en tout état de cause, semblait faire son travail de journaliste, elle, sur son blog, indépendant, et que c’est ça qui l’a tuée. Des personnalités auxquelles elle s’est attaquée l’ont empêchée de nuire. Il fallait la stopper, parce que ce qu’elle dénonçait devenait trop embarrassant, trop visible.

N’est-ce pas cela qui n’arrive plus dans nos contrées? Je veux dire: qu’elle faisait son travail…

Cet événement coïncidait avec une réflexion que je me faisais ces dernières semaines: la Belgique manque cruellement de journalistes d’investigation, d’analyse et d’opposition indépendants. Chose qui ne pourrait plus arriver de nos jours que sur internet. Les trop rares publications d’investigation en Belgique francophone sont au mieux bimensuelles, voire trimensuelles. Elles touchent un public averti, déjà informé, frustré de l’inertie de la situation, et ne nourrissent sans doute qu’à peine leurs producteurs.

Nos principaux chroniqueurs et commentateurs quotidiens, voire hebdomadaires, n’ont guère plus d’effet sur la gestion des affaires publiques que du poil à gratter modèle chatouillis. Les Panama Papers? Magnifique: qu’en est-il ressorti? Une stabilité formidable dans le traitement de la fraude et de l’évasion fiscales. Des scandales alimentaires à répétition? Bien entendu; mais leur répétition est bien le signe qu’entre-temps l’essentiel de la dénonciation ne pèse pas lourd. Les affaires des intercommunales? Oui, certes, mais journaux, radios et télévisions ont donné la parole aux intéressés en leur laissant toute latitude bien confortable pour se justifier dans l’ignorance. Et rien ne change vraiment. On s’attend à ce que les règles de fonctionnement ne varient que dans la direction d’une moindre transparence. Après tout, c’est bien ce qui est arrivé avec la police et la justice dans les années 1990, et on serait bien en peine de constater la réussite des journalistes qui couraient, au siècle dernier, vers la vérité sur ces affaires.

Il nous manque véritablement une indépendance de journaliste qui leur permettrait de poser la question: “Est-ce qu’au bout du compte le doute ne devrait pas bénéficier à l’électeur plutôt qu’au responsable politique, et ne devriez-vous pas prendre les devants en vous retirant?”

-Mais que faites-vous de la liberté de l’électeur, justement, qui continue de m’élire?

Et le journaliste indépendant rétorquerait:

-Ne vous inquiétez pas: désormais, nous ferons notre travail correctement, vous ne serez plus invités sur nos plateaux ou dans nos rédactions comme en pays conquis. Désormais, vous aurez affaire à des opposants, et non à des partenaires.

Bien entendu, le journaliste indépendant n’existe que sur son blog -et encore, pas toujours. Dans les rédactions, sur les plateaux, dans les studios, le journaliste indépendant n’est pas autre chose qu’un coût, une variable d’ajustement, un rouage. Et si un rouage grippe, on le change.

On ne peut pas lui en vouloir, au rouage, de vouloir rester dans la machine: elle le nourrit, elle le fait vivre et, mieux, elle lui assure une reconnaissance sociale. Dans l’enseignement aussi, nous appren(i)ons aux élèves des éléments de savoirs dirigés destinés à former du citoyen par paquets de vingt prêts à l’emploi -au sens premier du terme- et ça ne fait pas plaisir de servir à la fois de première ligne aux frustrations des élèves et des parents et de pétrisseurs d’esprits conformistes. Dans l’administration aussi, des agents de nombreuses activités rentrent le soir chez eux en se posant la question de leur solitude. Mais tous, journalistes, enseignants, fonctionnaires, y compris parfois de police, nous faisons partie, nous sommes dedans, nous sommes complices, puisque nous sommes payés.

Si le meutre de Madame Daphne Caruana Galizia était vraiment d’un autre siècle, ne sommes-nous pas encore, nous, du siècle précédent?

In memoriam, indépendance.

  1. Critiquables sur plus d’un point, mais ne conservons que ce point factuel en tête, puisque c’est celui qu’observait M. Vandenschrick. []

Allégorie du menu ou, le second tour vu d’une cantine collective pas vegan

October 4th, 2017

-Vous prenez boeuf ou veau?
-Heu… je suis désolé, mais… Je suis intolérant à la viande bovine. Il n’y a pas du poulet ou de la dinde?
-Vous ne prenez pas boeuf? Donc, vous prenez veau?
-Mais, heu… Non, je vous dis… Je ne peux en manger aucun des deux. Vous n’avez pas un plat végétarien?
-Vous prenez le risque qu’une majorité choisisse le veau. Vous vous rendez compte de ça?
-Ecoutez, vous savez quoi? Ce soir, je ne mange pas.
-Mais vous ne pouvez pas dire ça. Dites au moins que vous prenez du boeuf, même si vous n’aimez pas ça.
-…
-Vous vous rendez compte que vous allez peut-être causer la mort d’un veau sous sa mère?
-Oh! Eh! Vous avez vu qui parle? Je vous vois boire du lait de vache tous les jours, mon vieux. Vous savez comment on fait pour rendre une vache productrice de lait, de nos jours? On tue son veau.
-Mais, heu… Quoi? Mais ça n’a rien à voir!
-Alors, celui qui a encouragé l’hécatombe des veaux, de nous deux, c’est bien vous.
Mais c’est scandaleux, ce que vous dites! Moi, je ne mange que du boeuf!
-Ca ne vous empêche pas de boire du lait de vache, qui a nécessité l’abattage d’un veau. En fait, le tueur de veau, c’est vous.
– C’est totalement faux! Je milite contre la consommation de veau depuis toujours! Je fais partie des antiveaux! D’ailleurs, regardez: je porte le sigle des antiveaux! C’est bien la preuve! Vous n’avez qu’à en mettre un, au moins.
-Si je ne dois pas manger du boeuf pour mettre votre insigne, je veux bien.
-…
-…

-Vous savez qui prend veau aussi?
-Non… Mais je ne prends pas v…
-Regardez-les, ceux qui prennent veau: leurs idées, leurs costumes, leurs références…
-Qu’est-ce que vous voulez dire? Je ne comprends rien.
-Votre attitude me rappelle les heures les plus sombres de notre histoire.
-Pardon?
-Vous n’avez pas honte d’encourager l’abattage de masse des veaux?
-Mais je n’encourage rien du tout!
-Et vous savez ce que c’est qu’un abattage de masse des veaux? C’est un HOLOCAUSTE, voilà ce que c’est!
-Mais vous dites n’importe quoi! Un holocauste, c’est le sacrifice d’une certaine quantité d’aliments qui est entièrement brûlée, tout simplement. Ca peut être de la viande bovine, mais…
-Ah! Vous voyez! Vous êtes prêts à faire brûler des veaux parce que vous refusez de choisir!
-Vous êtes totalement à la masse! Il n’y a pas moyen de discuter avec vous… Je m’en vais. Ne comptez plus sur moi pour tenter de discuter avec vous.
-Ha! Vous refusez le dialogue! Vous refusez le débat! Vous aggravez votre cas!
-(Revenant sur ses pas) Vous dites totalement n’importe quoi: ce n’est pas moi qui refuse le dialogue, c’est vous qui refusez les arguments rationnels.
-Désolé, mais je ne parle pas avec les nostalgiques des heures les plus sombres de notre histoire.

ôbinouiyatrodavions!!

September 17th, 2017

Il y a trop de beaucoup de choses…

Evidemment qu’il y a trop d’avions…

avions

Il y a trop de voitures, et pas assez de trains; trop de camions, aussi… Peut-être devrait-on repenser la construction de canaux? Je ne sais pas…

Il y a trop d’écrans, et plus assez de lecteurs… Et quand ils lisent, il y a trop d’Amélie Levy et d’Eric-Emmanuel Musso, et pas assez de Chalandon, d’Enard, de Carrère, de Saramago…

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Il y a trop de gens qui trompent sur Rousseau et Robespierre, et pas assez qui ont lu un discours entier de Jaurès.

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Il y a trop de franchises, il y a trop d’entreprises qui ont leur siège trop loin des lieux de production; il y a trop de bourses et pas assez de banques publiques; il y a trop de travail et pas assez de partage du travail; il y a trop de métiers débiles et inutiles, et pas assez de cordonniers; il y a trop de commerciaux et pas assez d’artisans; il y a trop de profs de droite, même dans les petites écoles.

sysiphe

Il y a trop de méritocratie et pas assez de mérite chez les vainqueurs; il n’y a d’ailleurs pas assez de reconnaissance de ce qu’ils doivent de la part de ces derniers; il y a trop d’argent dans l’excellence et pas assez dans l’éducation populaire; il y a aussi trop de viande consommée et pas assez de nourriture produite sur notre sol; il y a trop de maisons vides et pas assez d’initiative pour abriter les sans-toits.

Il y a trop de contrôle, et pas assez d’autonomie; il y a trop d’échanges commerciaux et pas assez d’échanges humains; il y a trop de foi dans l’Union Européenne, et pas assez dans la démocratie; il y a aussi trop d’OTAN et pas assez d’ONU; il y a trop de gens qui ont une opinion sur l’Amérique Latine, et pas assez qui ont été voir ce que c’est que de vivre dans une favela; il y a trop de gens qui ont fait un “trip” dans le tiers-monde et pas assez qui, suite à ça, ont remis les logiques libérales en question; il y a trop de gens qui font des petits coeurs et pas assez qui pensent avec leur tête.

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Il y a trop d’argent et pas assez d’égalité; il y a trop de liberté d’entreprise, et pas assez de décisions collectives sur l’économie; il y a trop de libéralisme, et trop peu de gens qui le remettent en question; pourtant, il y a plein de sales gauchistes qui n’attendent qu’une seconde de votre attention pour vous rappeler les principes de base d’un bon gros socialisme vrai de vrai, bien saignant (mais pas bleu, pas à la sauce Onkemotte); il y a trop de gens qui veulent régler UN problème du capitalisme, alors que c’est LE capitalisme qui doit disparaitre.

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Il y a trop de bobos et pas assez de gens qui lisent Jacquard, Ziegler, Bonfond, Gueuens, Lordon ou pour s’inspirer un grand coup, Louise Michel, Emma Goldman, Kropotkine et le vieux Marx; il y a trop de gens qui ont cessé de se dire à gauche, et pas assez qui comprennent ce que cela signifie; il y a aussi trop de gens qui pensent qu’il suffit d’embrasser la cause d’une minorité pour se croire à gauche, alors qu’il y a plein de libéraux qui sont d’accord pour la même cause; il y a décidément trop de gens qui parlent en novlangue, et plus assez qui connaissent le sens des mots; il y a trop de gens qui hurlent au fascisme et pas assez qui comprennent ce que ça veut dire.

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Il y a trop de gens qui lisent le Soir, le Guardian ou Libé en pensant que ce sont des journaux de gauche, et plus assez qui lisent le Monde Diplo; il y a trop d’adeptes de Mani et pas assez de La Boétie; il y aura trop de gens qui critiqueront une ligne de ce texte et pas assez qui feront le lien entre toutes les lignes

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Et je sens que je me suis fait plein d’amis d’un seul coup.

Juan et les Picaros

August 22nd, 2017

« [Les voitures du pouvoir] réintroduisent cette variabilité, cette légère terreur dont ont besoin tous les pouvoirs pour, en sus des dispositifs paternalistes, réaffirmer leur autorité par l’angoisse.

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Légères et lourdes à la fois, mystérieuses et insaisissables, ne respectant aucune des règles de la circulation, ces voitures et cortèges volant à toute vitesse nous rappellent l’existence d’une entité supérieure dans notre quotidien le plus banal. Elles peuvent surgir à n’importe quel moment, écraser en toute impunité. Elles n’ont ni nom, ni véritable identification.

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Elles sont muettes, invisibles, inquiétantes. Elles ont les vitres teintées. Seules, elles sont comme des balles, nous rappelant le droit à l’arbitraire, les limites de notre liberté et de notre maitrise de l’espace. Jointes, elles forment un ensemble hypertrophié qui touche à l’absurde, se paralysant de lui-même, parabole de tant de régimes autoritaires.

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Comme tout dispositif de propagande, son exagération en fait apparaître le ridicule et la fragilité. Mais aussi le privilège affiché de pouvoir l’être impunément, le temps que ça ‘tienne’. »

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Juan Branco, L’ordre et le monde. Critique de la Cour Pénale Internationale, Fayard, 2016, p. 162

Parade, riposte -ne jamais céder de terrain…

May 29th, 2017

Ca faisait longtemps que je n’avais plus fait le moindre texte sur ce sujet. Loin du Brésil, je me sentais plus à l’aise, moins tenu. Et puis, je ne voulais pas me ranger parmi les laïcophiles intégristes qui se parent de cette vertu pour frapper à volonté sur des minorités fragiles.

Mais je constate que les religions divisent, quoi qu’il arrive; on ne peut rien dire sur la religion sans blesser les croyants? C’est qu’ils n’ont pas appris des trois derniers siècles depuis les Lumières: on a le droit de s’exprimer; on a le droit de ne pas aimer et de désapprouver; on a le droit d’exiger que le culte s’exerce dans des lieux restreints, parce qu’on a le droit de pouvoir ne jamais être incommodé par la religion1.

La réalité, c’est que, dès que les rationalistes baissent leur garde, les obscurantismes reprennent du poil de la bête.

Il se trouve que, oui, la lutte contre les religions par les non-religieux fut rude, longue et brutale; qu’on ne peut pas faire plus confiance à une bande de curés qu’à un groupe d’actionnaires pour respecter nos voeux de vie laïque.

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(“American Gothic”, Grant Wood; ou le bonheur de la vie religieuse)

J’invite les “blancs” et les moins blancs (les mots ne sont pas de moi, ils sont de ceux qui se sentent attaqués; franchement j’en préférerais d’autres) à aller faire un tour dans un pays vraiment religieux, où tout s’arrête quand la prière monte dans le quartier, où les processions barrent les routes, où on ne se risque pas sans danger à contredire les prêtres abrutis qui appellent à la régression sociale.

Ce pays, c’est le Brésil, d’obédience chrétienne (catholique et protestante, et franchement pas des rigolos dans leur ensemble).

Un pays où les musulmans sont très discrets par nécessité.

Un pays où on préfère voter pour quelqu’un qui n’est pas de ses idées politiques plutôt que pour un athée ou un homosexuel. Aucun lien? Je ne crois pas.

Or donc, si être athée est toujours une épreuve de vie dans les pays dominés par des religions, il n’y a que dans des pays plutôt laïques, éventuellement (vraiment) neutres, que toutes les religions ont voix au chapitre.

Ce n’est pas une coïncidence. Je ne voudrais pour rien au monde revenir à l’époque où ma grand-mère devait demander l’autorisation à son mari pour ouvrir un compte ou chercher du boulot; le temps où ma mère ne pouvait demander le divorce à son avantage que si elle faisait surprendre par un étranger l’adultère de son mari dans son lit conjugal. Je veux que l’on puisse encore avancer dans l’égalité des droits de tous et de chacun, que l’on récuse tous les arguments prétenduement (sic) naturels, et qui en réalité cachent des préjugés religieux; je veux que l’on puisse étudier l’art et les textes religieux avec le détachement scientifique nécessaire; je veux que l’on puisse enseigner l’évolution et le néolithique sans opposition -il n’y a pas de relativisme scientifique…

La laïcité est le seul allié des minorités, parce que la laïcité -et par extension l’athéisme et le rationalisme- est le seul système qui permet aux minorités de vivre leurs fois dans des conditions équitables.

Mais faut pas nous demander de nous écraser, en plus.

  1. On a aussi le droit de trouver les caricatures de Mahomet idiotes mais de refuser qu’elles soient censurer. Même Tariq Ramadan était d’accord là-dessus. []

terrorisme vs terrorisme

May 24th, 2017

Je suppose que d’autres y ont pensé avant.

J’y pense à chaque attentat attribué aux forces djihadistes et associées, genre Daesh, Al-Quaeda et compagnie.

Je reviens sur les actes qualifiés de terroristes depuis, mettons, deux cents ou deux cent trente ans.

Je reprends les attentats des Brigades Rouges, de la Bande à Baader, d’Action Directe, et je les mets en parallèle avec ceux des partisans de la politique de la tension, Gladio ou les Tueurs du Brabant wallon, notamment. Les premiers n’effrayaient pas la population, mais bien les riches, les politiques et les forces de l’ordre. Les seconds avaient pour objectif de terroriser la population pour créer un tel état de tension que l’Etat s’en serait trouvé légitime d’imposer des mesures d’oppression sous couvert de sécurité.

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(Attentat à la bombe à la gare de Bologne en 1980, dont les responsables sont liés à un groupuscule ouvertement néo-fasciste italien; 85 morts, 200 blessés)

La méthode terroriste a aussi été utilisée par la mafia, en certaines occasions, comme lorsqu’elle fit exploser tout un pan d’autoroute afin d’exécuter un seul homme de la manière la plus spectaculaire, avec l’objectif d’épouvanter la population. Mais si les Italiens en furent effectivement choqués, l’effet a été presque contraire aux voeux de la mafia, puisque la population réclama par la suite plus de moyens dans la lutte contre le crime organisé.


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(assassinat de Falcone, 1992: 5 victimes, 10 blessés)

Plus ambigus sont les mouvements nationalistes en Espagne ou en Irlande du Nord, que l’on pourrait cataloguer parmi les activistes de la décolonisation. Certains mouvements, surtout en Afrique et en Asie, menèrent à de véritables guerres, d’autres se firent moins violemment. Pour autant, des attentats furent commis, touchant parfois des lieux populaires, tel en Algérie un dancing fréquenté par des jeunes métropolitains. Il y a sûrement des parallèles à faire entre ces attentats, que condamnait Camus, que comprenait déjà plus Sartre, et ceux qui égrènent le processus de non-paix au Moyen-Orient.

Les mouvements de décolonisation sont spécifiques à chaque situation, chaque période et chaque métropole. L’Inde et le Pakistan ont leur histoire propre qu’il faudrait analyser spécifiquement. Mais globalement, je pense que le récit ne change guère des éléments ici développés. De même qu’il faudrait un texte spécifique pour chaque mouvement s’opposant aux régimes en place en Amérique Latine.

Durant la 2e guerre mondiale, les attentats visaient les forces occupantes et les collaborateurs. Les résistants étaient appelés terroristes par l’administration nazie. Mais ce n’étaient pas eux qui terrorisaient la population…

Les attentats attribués aux anarchistes visaient des personnes bien précises, se focalisent sur des juges, des procureurs, des politiques. Leur message était clair: pointer du doigt la classe opprimante de la société. Une exception: celle des illégalistes; dans leur esprit, il ne s’agissait pas d’effrayer, mais de se réapproprier les biens spoliés par les bourgeois. Par ailleurs, ils s’attaquaient essentiellement aux beaux messieurs et à leurs serviteurs (domestiques et forces de l’ordre).

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(Attentat à la Chambre par Vaillant, 1893: quelques blessés. Les médias débiles existaient déjà à l’époque. Coïncidence? Leur titre principal s’appelait “Le petit journal”)

A la même époque, surgissent les anarchistes nihilistes russes, souvent associés aux courants évoqués dans les lignes précédentes, et les militants nationalistes, aux objectifs totalement opposés. Si les nationalistes reprennent les méthodes des anarchistes, et visent des personnalités particulières, ils ne partagent pas nécessairement les objectifs égalitaristes des anarchistes. En cela, ils peuvent être associés à l’assassin de Lincoln: ce sont des meurtriers par idéal dont l’espoir est d’influer par des actes individuels sur la politique générale.

Les attentats contre les sommités, Napoléon III, le duc de Berry ou Napoléon Ier, visent des personnes en particulier, cherchent à avoir un effet direct sur la politique en en supprimant ce qu’ils estiment être les pièces les plus importantes de l’échiquier. Glissons sur les parallèles des attentats contre de Gaulle, Kennedy, Ghandi, etc.

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(Assassinat du duc de Berry, 1820; j’adore celui-ci: j’essaie d’imaginer comment Louvel (un ouvrier réputé bonapartiste) est parvenu à se glisser entre tout ce beau monde sans éveiller les soupçons: on devrait s’en inspirer)

Il faut encore remonter pour rappeler les assassinats et tentatives d’assassinats à l’époque de la révolution françaises: Lepeletier de Saint-Fargeau est peut-être la première victime républicaine d’un acte terroriste. Député de la Convention, il venait tout juste de voter la mort de Louis XVI, qui allait être guillotiné le jour suivant. Marat sera ensuite assassiné par Charlotte Corday, elle aussi pensant pouvoir arrêter naïvement le cours de l’histoire en tuant l’homme qu’elle croyait à l’origine du sang répandu. L’année suivante, Robespierre et Collot d’Herbois sont les cibles d’une double tentative d’assassinat (présumée). Détail intéressant: Robespierre considérait -peut-être à raison- que cette double tentative faisait partie d’une machination plus large pour le discréditer et justifier la contre-révolution. Laquelle finit d’ailleurs par arriver.

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(L’assassinat de Lepeletier de Saint-Fargeau, le 20 janvier 1793. L’intérêt principal de ces gravures de la fin du XVIIIe Siècle est surtout de nous donner une idée des lieux représentés)

La Terreur -qui n’exista pas réellement, selon Jean-Clément Martin; qui fut même une invention après-coup, selon Hervé Leuwers-, était ce phénomène complexe dont l’objectif, lorsqu’elle était rouge, était de décourager les ennemis de la Révolution et, lorsqu’elle était blanche, avait l’objectif rigoureusement inverse. Il serait intéressant d’analyser en profondeur ces moments tragiques de l’histoire de France, tout en les recontextualisant par rapport à la période précédente (l’Ancien Régime, qui se manifestait par une moyenne de plusieurs centaines d’exécutions par an) et à la réaction contre-révolutionnaire. Mais ce texte prendrait des proportions insupportables.

On peut discuter à l’infini sur les motivations de tous ces auteurs, mais une chose est certaine: il n’y a eu, en Europe, que des terroristes d’extrême-droite pour abattre, aveuglément, le glaive, les balles, les bombes sur des groupes inoffensifs, avant l’arrivée des attentats qualifiés de djihadistes et liés aux courants Al-Quaida, Daesh, etc.

J’y pense à chaque attentat, et je le constate encore ce matin en lisant les nouvelles venues de Manchester.

S’attaquer à un concert de jeunes pour les jeunes, comme le fait de s’attaquer à des terrasses de café, des trains de navetteurs, des rames de métro ou des vacanciers dans un aéroport, outre évidemment le côté totalement inefficace de l’action (en quoi cela affaiblirait-il les positions stratégiques des agresseurs au Moyen-Orient? L’Otan se fiche complètement des victimes), outre le caractère éminemment, odieusement, pragmatiquement lâche de l’attaque (en s’attaquant à ce type de cibles, on évite le rapport de force, manifestement inégal dans d’autres occasions, mais on détruit des individus incapables de se défendre), ne peut signifier, dans l’esprit des auteurs, qu’une chose: oeil pour oeil, dent pour dent. Nous nous mettrons au niveau de vos avions qui bombardent nos villages, nos fêtes de mariage, nos écoles et nos hôpitaux; nous ferons pareil.

Les mouvements de gauche et les groupuscules anarchistes fidèles à leurs idées n’agissent pas de cette manière et évitent les attentats aveugles.

Si les gauchistes, les anarchistes avaient vraiment agi dans le même registre, ce n’est pas le patron de Renault ou le chef du syndicat patronal allemeand qu’ils auraient assassinés, mais leurs enfants; ce n’est pas Moro qu’on aurait retrouvé dans une voiture, mais des églises de beaux quartiers qui auraient sauté; ce n’est pas dans la chambre des députés que Vaillant aurait jeté une bombe, mais sur la place d’un marché.

Or, ce n’est pas ce qu’ils ont fait.

Le jour des fous

May 1st, 2017

Breughel représente ici la lutte symbolique du carnaval (à gauche) et du carême (à droite), lequel doit gagner, puisque le temps est avec lui. C’est la fin de la fête, la fin de l’abondance.

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La promesse de la fin de la lutte qui s’annonce le 7 mai prochain est typiquement celle-là: après cette date, Françaises, Français, on vous demandera gentillement de serrer votre ceinture, surtout quand vous pointerez à l’hosto ou paierez le matériel scolaire de vos enfants.

La seule solution, je le crains, c’est de faire durer la bataille… que le jour du carnaval, celui où les maîtres n’existent plus, ont pris leur place légitime au sein du peuple, ne cesse jamais.

Ma collection de tableaux de maitres

April 23rd, 2017

J’ai chez moi quelques superbes tableaux, et je voulais vous en faire part…

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Une fresque pour laquelle j’ai dû détruire un couvent.

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Celle-là non plus n’a pas été facile à transporter, puisque c’est aussi une fresque… Il a fallu casser toute un église d’Arezzo…

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J’ai une sympathie particulière pour les primitifs flamandes, et alors?

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Et pour finir:
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Profession de non-foi

April 5th, 2017

Il ne s’agit pas d’un chèque en blanc.

J’aime bien la personnalité de Jean-Luc Mélenchon, mais je ne l’héroïse pas. Je ne suis pas aveugle, je sais d’où il vient. Mais je vois aussi la dynamique qu’il représente et surtout la dépersonnalisation de son programme.

J’attends beaucoup du projet de constituante et, à moins d’une trahison d’une ampleur telle qu’elle ferait passer celle de Hollande pour une dispute de bac-à-sable, je crois fondamentalement que cette constituante est une chance comparable pour les Européens à celle de 1789. Ce sera le moment des cahiers de doléances. C’est une porte ouverte vers la fin d’un Ancien Régime de moyenne catégorie -le régime présidentiel. C’est la possibilité de mettre fin au système des ministres. C’est la possibilité de confronter des idées en ébullition depuis quelques décennies. Les Français redécouvriront des discours clairs et cohérents qui s’élèveront au-dessus des mots abscons et volontairement imbuvables de juristes et d’énarques. Il y a des tonnes d’idées démocrates intéressantes. C’est une possibilité de discussion gigantesque à l’échelle nationale qui pourrait déboucher sur quelque chose comme la démocratie directe.

Et par effet domino, parce que la France est culturellement une fenêtre pour les Européens qui impressionne, à tort ou à raison, cela pourrait mener à des changements considérables. A condition qu’on ne se laisse pas embobiner par ceux qui prétendent conserver les manettes sous prétexte de Grande Peur et de Terreur.

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Après l’Europe, qui sait?, l’Amérique Latine et l’Afrique… Et après ça, le Canada et certains pays d’Asie… Je sais que ça peut paraitre utopique, mais, désolé, il faut penser large, sinon on se perd dans un quant-à-soi ridicule.

Dans le climat actuel, la non-application de son programme en cas d’élection, c’est-à-dire essentiellement la constituante, le refinancement des services publics, le retrait de l’Otan et de ses implications guerrières, la négociation avec les partenaires des BRICS et d’autres pays non-alignés sur l’UE, la réappropriation de l’énergie et des centres de production stratégiques, etc., et donc la renégociation des traités (suivie immanquablement par l’article 50) signifierait une telle ébullition sociale que le gouvernement n’y survivrait pas.

Par ailleurs, JLM n’est pas seul: il doit assumer qu’une partie de ses soutiens, dont il dépend, veulent cette révolution citoyenne. Il n’a pas le soutien des banquiers et des médias, donc il doit s’appuyer sur ses troupes.

Enfin, c’est comme ça que je le vois.

Peut-être que je m’illusionne, mais je préfère alors cette illusion-là (je ne crois pas que ce soit une illusion) à l’espoir mis dans Asselineau ou dans un autre petit candidat dont la visibilité est (malheureusement) quasi-nulle. Je sais que pour un anar ça peut paraitre paradoxal, mais la seule voie actuellement viable pour tenter de remettre un peu de beurre sur les pâtes des Européens pauvres, c’est la FI par effet domino…

Y’a rien à tirer des 5stelle, y’a rien à tirer de Podemos, y’a rien à tirer de Syriza, y’a rien à attendre du Brexit conservateur, et des mouvements comme Die Linke ou le PTB ne sauraient se lever qu’avec un argument de poids comme celui d’un gouvernement français de gauche qui menace de sortir de l’UE.

Après, je ne suis pas en train de mettre ma tête sur le billot en toute confiance. Ce que j’aimerais, c’est contrôler le bracelet électronique autour de la cheville de JLM, évidemment. Mais bon, c’est ça ou une bonne vieille révolution.

Et je sais, je vois, que les populations ne veulent pas d’une bonne vieille révolution.

Croyez bien que j’en suis le premier désolé.