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Que diable est-il en train d’arriver ? Une analyse en trois actes.

Dimanche, juin 23rd, 2013

Un article signé par une sociologue brésilienne, docteur de l’USP et professeure de l’UFRGS, Raquel WEISS
L’original se trouve sur le site suivant:
http://www.socionautas.com.br/2013/06/que-diabos-esta-acontecendo-uma-analise.html

Face à la multitude qui s’est emparée des rues dans plusieurs villes de notre pays, lundi dernier 17 juin, le thème qui revenait le plus souvent dans la presse était l’indignation envers les événements. Qui sont ces gens ? Que veulent-ils ? D’où ont-ils surgi ? Journalistes, scientifiques, politiciens, tous s’interrogent à ce sujet. Répondre à ces questions ne sera pas chose facile, et je ne pense pas qu’il existe une réponse unique et définitive, d’autant plus qu’il s’agit d’un mouvement en cours. Mais ceci ne peut être une excuse pour ne pas chercher à comprendre, et ce que je propose ici est une tentatitve d’analyse à partir du répertoire théorique que je considère adéquat, dans le cadre d’une approche proprement sociologique, et considérant des événements, des idées, des déclarations et des actions avec lesquels nous avons eu des contacts, et qui nous ont amenés à la construction de ce dialogue conjoncturel. L’analyse en trois actes qui suit prend en compte non les manifestations en tant que phénomènes isolés, mais la situation dans laquelle elles se trouvent inscrites, observe les différents acteurs qui agissent et réagissent aux protestations. Chaque acte correspond à différents moments de ce processus et attire l’attention sur différents aspects qui y sont liés.

Premier acte : Pour 20 centimes.

Les manifestations qui protestaient contre l’augmentation des tarifs de transport de bus ont beaucoup gagné en visibilité à travers tout le pays, surtout en raison de l’énorme volume de personnes qui descendirent dans les rues pour exprimer leur mécontentement. Dans les médias, dans les couloirs, de tout côté, on entendait les personnes se demander : tout ce « boucan, c’est vraiment pour 20 centimes ? ». Et bien, oui. C’est-à-dire, plus ou moins. C’est l’objectif le plus évident, mais ce n’est pas un objectif qui serait venu de nulle part, d’un jour à l’autre. Et ce n’était pas l’unique objectif des manifestations. Plusieurs autres manifestations traversent le pays, et même le monde, pour le dire vite, avec les revendications les plus variées, depuis les plus explicites, comme dans le cas de la « marche de l’herbe », jusqu’à des mouvements plus complexes comme Occupy au États-Unis d’Amérique.
Dans le cas particulier du Brésil.ce que nous avons besoin de comprendre, c’est que depuis longtemps déjà, existe un mouvement infatigable de la société civile, mais sous des formes que nous n’avons pas l’habitude de considérer comme des formes d’action « réellement politiques », parce qu’elles échappent aux modèles traditionnels de « médiation ». Ce ne sont pas des partis, ni des mouvements sociaux structurés de formes plus traditionnelles, avec des structures hiérarchiques et des formes d’organisation centralisées et bien claires.

Il s’agit d’un autre univers qui, pour le regard d’un observateur non-averti, fait penser à « une bande de jeunes qui font la fête », ou quelque chose de ce genre. Des expressions apparaissent, qui ne correspondent pas aux analyses traditionnelles concernant la vie politique : collectifs, horizontalité, intervention urbaine. Les noms les plus bureaucratiques et les plus sérieux qui évoquent les partis et les mouvements sociaux traditionnels cèdent la place à des appellations moins prétentieuses, dont le sens, le plus souvent, n’est pas explicite : « L’amour existe à São Paulo », « Mouvement passe libre », « En dehors de l’axe », « À la dérive », « Masse critique », « Bande culturelle », et ainsi de suite.

Soit ! Ils n’ont pas d’organisation hiérarchique, ni ne veulent assumer la forme d’un parti. Mais alors que veulent-ils ? La réponse, cependant, est sans doute aussi variée qu’il existe de ces « mouvements ». Pour autant, il est peut-être possible d’ébaucher une certaine manière de penser une unité : ce sont des personnes, dans la plus grande partie des cas « jeunes », qui se réunissent parce qu’ils partagent une vision du monde, avec l’intention d’inférer d’une certaine manière dans l’ordre des choses. En général, ils promeuvent de nombreux événements et discussions au cours desquels les causes que chaque mouvement défend sont débattues : cela peut être la mobilité urbaine, la lutte pour la légalisation de l’avortement, de la promotion de causes identitaires, etc. etc. etc. Le point de départ est toujours le diagnostic d’un mal, soit dans la ville, soit dans l’Etat, soit dans le pays, voire même dans le monde entier.

Les « ennemis » combattus par ces mouvements ne sont pas aussi facilement identifiables que par le passé. Serait-ce une réponse au manque de sens qui caractérise notre monde contemporain ? L’absence d’un « ennemi unique » contre lequel lutter n’a cependant pas comme conséquence l’absence de proposition ou l’absence d’une cause concrète. L’ennemi n’est plus « la dictature ». Ils valorisent la démocratie, et ne sont d’ailleurs possibles que parce que la démocratie existe. Ils ne veulent pas en finir avec elle, ils ne veulent pas dire « tout cela est une saloperie, jetons tout et recommençons à zéro ». Ils veulent, bien au contraire, prendre position face aux milliers de problèmes concrets qui ne sont pas résolus par la simple existence d’une démocratie. De fait, nous le savons, la démocratie n’est jamais qu’une forme, dont le contenu est construit par les personnes qui y vivent, les personnes qui ont la responsabilité de penser sur ce que nous voulons, sur les conséquences des lois, des pratiques, des politiques publiques.

Il s’agit de mouvements qui, donc, s’emparent de la démocratie, mais ne se contentent pas de laisser les décisions sur tous les sujets dans les mains des représentants élus. Mais ils ne sont pas contre les partis. Ils ne veulent pas abolir, ni remplacer le rôle joué par les partis. Sans doute existe-t-il ici une autre conception de la démocratie : il ne s’agit plus de la démocratie représentative, du type, j’ai voté, et je ne me préoccupe plus de rien, ni d’une démocratie au sens strict. Il s’agit de l’idée selon laquelle la politique se fait tous les jours, par tout le monde. C’est la réaction aux injustices sociales et aux attaques identitaires commises quotidiennement, et qui finissent par être telles qu’elles deviennent loi : l’augmentation du prix du transport public, les légisations sur l’avortement, les lois qui traitent de l’homosexualité comme une maladie, et ainsi de suite.

Dans le contexte de ces groupes, c’est une manière de s’organiser autour de valeurs partagées qui sont réévaluées et réfléchies. Et, naturellement, beaucoup d’objectifs sont transversaux, sont partagés par plusieurs mouvements différents et représentent la vision du monde de nombreuses personnes. C’est un peu ce qui est arrivé tout récemment avec l’augmentation des tarifs de bus : à travers tout le pays, il y avait déjà beaucoup de groupes mobilisés qui réfléchissaient sur les différentes décisions politiques, s’enrichissant de discussions profondes sur le sens de l’espace public et la question de la mobilité. Quand des gouvernements municiapux annoncèrent un peu partout qu’ils allaient augmenter le prix d’un service qui était déjà fort peu accessible, le mouvement a gagné une force inimaginable. Il s’agissait de personnes qui adhéraient déjà à cette cause et qui possédaient un grand pouvoir de mobilisation rendu visible, naturellement, par les réseaux sociaux. Il s’agissait d’une cause considérée juste par une large partie de la population, ce qui a mené beaucoup de gens dans les rues, à cause de 20 centimes.

Deuxième acte : les étudiants bruyants et les gens bien pensants.

La conséquence inévitable d’une revendication qui conquiert de nombreux adeptes et qui n’a pas de résultat est, évidemment, la protestation. Et protester, dans ces cas, ne se fait pas seulement sur Facebook ou Twitter. Ce sont bien sûr des plates-formes importantes, d’échange d’idées et de mobilisation. Mais c’est dans la rue, quand elle est prise, que tout se passe. Par là apparaît un fait entièrement nouveau : les individus qui auparavant étaient isolés, ou qui n’agissaient que dans des petits groupes, se réunissent maintenant en une masse conséquente. Ils marchent ensemble, chantent ensemble, rythment ensemble, crient ensemble. Une véritable métamorphose s’opère. Ces idées qui étaient jusque là simplement bonnes et justes se transforment en valeurs ultimes et irréductibles, acquièrent un caractère presque sacré, inviolable. Et les individus se sentent plus forts : ce que chacun est dans le groupe n’est plus la même chose que lorsqu’il était seul. Et tout ce qui est produit dans ce contexte en vient à être investi de cette énergie extraordinaire.

Il s’agit du processus qu’en sociologie on appelle « effervescence collective ». Cette idée a été développée par un auteur qui m’est particulièrement cher : Emile Durkheim. Il décrit ce phénomène en lui attribuant un caractère « dynamogénique ». L’idée de dynamogénie, qui trouve son origine dans la biologie, signifie une altération des fonctions organiques en rapport avec une intense élévation du tonus vital, engendrée par une surexcitation. Les moments de manifestation sont des moments d’effervescence par excellence, des moments au cours desquels tout semble faire sens, l’individu fait l’expérience d’une énergie énorme, et ceci fait en sorte que la cause pour laquelle il lutte devient la chose la plus importante de sa vie, au moins dans ce présent. Selon le même auteur, ces situations d’effervescence peuvent rendre ces individus capables d’actes héroïques inimaginables, mais également d’actes destructifs. Il est impossible de prévoir le cours des choses, et il est difficile de savoir comment chaque individu réagira face à ces situations.

Quel qu’en soit le résultat, l’expérience de prendre part à une manifestation de cette envergure est quelque chose de transformateur, d’inoubliable et que les individus ne veulent pas voir se terminer. Et, de fait, pour que les valeurs envisagées dans ce contexte continuent à avoir le même attrait, il est véritablement nécessaire de revivre périodiquement ces moments, pour nourrir la foi dans ces idéaux. Ceci garantit une continuité du mouvement et même permet qu’il croisse. Mais, évidemment, la prise des rues provoque une autre conséquence : la réaction de ceux qui y voient leur quotidien perturbé. Qui n’y trouve pas son compte, qui ne partage pas la cause, voit dans ces manifestations rien d’autre qu’un obstacle. Et les personnes qui interrompent leur vie pour faire ce genre de choses, ce ne peut être qu’une bande d’étudiants sans occupation, dont le futur est assuré, qui veulent s’amuser et dérangent la vie des citoyens bien pensants qui doivent aller travailler.

Et, face à ce diagnostic, lourdement repris et répété par la « grande presse », il est plus que naturel que les citoyens bien pensants aspirent à l’ordre, ce qui signifie en finir avec le blocage du trafic et tout ce qui interfère dans la routine. Et qui est responsable de l’instauration de l’ordre ? La police, naturellement.
A un moment déterminé, la police ne réagit pas seulement aux situations considérées comme illégitimes [comme des graffiti, des déprédations, par exemple], mais va bien plus loin : elle fait usage de la force [avec tout l’appareil à sa disposition] pour contenir la manifestation elle-même, comme si la manifestation en soi était un acte illégitime. Je fais ici référence au 13 juin dernier, naturellement, à São Paulo. Personne n’a été épargné. Qui que ce fût, quoi qu’il fît, les coups pleuvaient.

Les scènes enregistrées ont heurté à ce point la conscience publique, allant jusqu’à provoquer l’irritation d’organismes internationaux, qu’il fut difficile de considérer ce type d’action policière comme légitime. Il fut difficile d’accepter que le désir d’ordre fût plus important que l’État de Droit, que les Droits de l’Homme, que la liberté d’expression démocratique. Et c’est ici que commence le retournement de cette histoire.

Acte 3 : Ce n’est pas seulement pour les 20 centimes – C’est pour tout.

Le jour qui suivit la manifestation évoquée plus haut, les moyens de communication, de manière presque miraculeuse (?), commencèrent à raconter de nouvelles versions de l’histoire du mouvement : il y avait eu un problème de respect du côté de la police. Les bons citoyens devaient se mobiliser contre l’arbitraire. Le mouvement est légitime. Les bons citoyens devaient faire partie du mouvement, pour lutter pour un Brésil meilleur, contre la corruption, contre tout. Une vague de patriotisme envahit le pays. Il semblait que chacun se retrouvait dans le sentiment d’appartenance à la nation et voulait faire partie de ce moment historique. Ou de cette grande fête. Même des jeunes qui ne se sont jamais approchés d’une manifestation adhéraient au mouvement, ce qui, en principe, pourrait être quelque chose de très positif. Au vu des centaines de milliers de personnes qui ont pris la rue, c’était la joie de tout côté parce que « le géant s’était réveillé ». Entre vendredi et lundi, quelque chose est arrivé qui a réveillé le pays. La presse qui, auparavant, critiquait amèrement le mouvement, désormais l’exaltait, à pleins poumons. La grande question est : que s’est-il passé ?

Je crois que personne, en pleine conscience, ne croit réellement que ceci puisse signifier une prise de conscience de la part de la presse. Il s’agit, en fait, d’un coup de maître. Nous pouvons recourir à une métaphore pour l’éclaircir. Plutôt que de s’employer de front contre une force opposée à ses intérêts, elle a eu recours à quelque chose de caractéristique des arts martiaux : je n’attaque pas de front, j’absorbe l’énergie et je la rends dans une autre direction. Ce qui renverse l’opposant, c’est la force qu’il a lui-même engendrée. Simple, efficace, génial.

Autrement dit, plutôt que de critiquer les manifestations, les médias les ont transformées en quelque chose qui réponde à leurs intérêts, en incitant une masse de plus en plus grande de personnes à y prendre part. L’effervescence qui était déjà grande est devenue gigantesque. Il faut ici rappeler quelque chose de crucial : l’effervescence est en elle-même neutre. C’est une énergie qui peut créer, conserver ou détruire. Elle confère un caractère de sacralité à n’importe quel idéal qui a les faveurs d’un groupe d’individus. La manifestation n’est pas un lieu de débat, de formation d’opinion. C’est un lieu où les opinions déjà formées se manifestent et gagnent une intensité jusque là inespérée. Et il n’est pas difficile d’imaginer ce qui arrive lorsque les mots d’ordre se comptent par dizaines dans une seule manifestation. Encore plus lorsque les mots d’ordre ne sont pas seulement différents, mais contradictoires. Et quand il ne s’agit pas seulement des mots d’ordre, mais bien de véritables cosmologies (ou de visions du monde, ndt).

Le mouvement qui avait commencé en se positionnant au-delà des partis, mais s’accordant sur des visions de centre-gauche, comptant par ailleurs sur l’appui de partis de gauche, d’un jour à l’autre se vit dépassé par des personnes à leurs côtés qui s’opposaient à la présence de tout parti. Et qui avaient un discours d’opposition au gouvernement brésilien. D’opposition à la présidente de la république. On entendait des cris du genre « Dehors Dilma » (du nom de la présidente, Dilma Rousseff, ndt). Et, face à cela, deux scénarios paraissaient possibles, tous deux très intéressants pour l’opposition : un impeachment, plaçant Michel Temer (le vice-président, conservateur, ndt) dans la ligne successorale, ou la défaite aux prochaines élections pour le centre-gauche, de préférence avec la victoire d’un candidat de centre-droit.

Et comme si l’histoire n’était pas déjà suffisamment compliquée, voilà qu’elle allait se troubler encore. Ce ne sont plus seulement ces acteurs qui sont en jeu. Comme l’affirma Paulo Peres, politologue, ce mouvement a catalysé toute une série d’insatisfactions et a ouvert une « boîte de Pandore », de laquelle tout peut sortir : sans-partis critiques du gouvernement, anarchistes qui trouvent dans la destruction du patrimoine une de leurs formes d’action, skinheads et néonazis qui sont les partis de gauche, noirs, homosexuels et qui sait qui encore… Mais les médias persistent à montrer que les troubles ne sont que le reflet d’une minorité et que le mouvement est beau.

Aujourd’hui, jeudi 20 juin, ces différences sont encore attisées. La lutte pour les 20 centimes est d’ores et déjà gagnée. Les dizaines de mots d’ordre poursuivent leur chemin dans les rues, avec de nouveaux dédoublements. A São Paulo, des agressions entre les manifestants eux-mêmes, en particulier des skinheads et des néonazis. A Rio de Janeiro, des actes extrêmement violents contre des bâtiments publics. A Porto Alegre, la combinaison d’une action démonstrative de la Brigade Militaire et d’actes de déprédation contre de petits établissements commerciaux, réalisées par des personnes que l’on ne peut identifier. On ne sait pas qui ils sont ni ce qu’ils veulent. Le sentiment de tension et d’insécurité nous amène à nous poser des questions sur ce qui est en train de se passer. Chacun donne à sa manière du sens à ce qui arrive. Mais, sans aucun doute, apparaît de tous les côtés une sensation que quelque chose ne va pas.

Aujourd’hui encore, j’ai pris un taxi, où j’ai eu un échange verbal troublant. Le chauffeur m’affirmait qu’il était en faveur de la manifestation. Qu’il pensait, en fait, que l’on devrait tout casser à Brasilia (la capitale du pays, ndt), se débarrasser du gouvernement. Lui demandant qui il faudrait mettre à la place de Dilma, j’ai eu une réponse à laquelle je ne m’attendais pas : « Ca pourrait être un militaire, parce qu’eux au moins ne font pas de politique, et ils remettraient de l’ordre dans cette barraque. » Ni les pétistes (partisans du PT, le parti de Dilma Roussef, ndt), ni les toucans (opposants du PSDB, centre-droit, ndt), ni une victoire de l’extrême-gauche, ni aucun mouvement social.

Pour reprendre une expression de Max Weber, c’est le paradoxe des conséquences. Nous sommes les artisans de notre histoire, mais nos exigences ne sont pas les seules en jeu. Il existe des intérêts de tous types, certains portés par un appareil de propagande et d’investigation au-delà de notre capacité d’imagination. Il est temps pour nous aujourd’hui d’être intelligents. Il est temps d’utiliser notre raison un peu plus que nos sentiments, car il nous faut de la stratégie, de la lucidité. Il est temps, une fois de plus, de prendre l’histoire entre nos mains, de faire un diagnostic sérieux de présent, histoire de parvenir à nous construire un futur où seraient préservées ces valeurs qui nous sont les plus précieuses, parmi lesquelles, la liberté, la liberté responsable, dans le sens le plus profond du temps, la liberté de continuer à exprimer nos exigences et notre vision du monde.

Raquel Weiss
Professeure de sociologie de l’UFRGS.

Tardi refuse la breloque…

Jeudi, janvier 3rd, 2013

Contrairement à beaucoup, Jacques Tardi, que je flattais pas plus tard que deux posts plus… bas (sur cette page), ne parvient toujours pas à nous décevoir… Il a refusé la Légion d’Honneur et on ne peut que l’en féliciter…

Vive l’anarchiste!

Genova 2001 – Ragazzi, ragazze…

Samedi, octobre 6th, 2012

Ceci est la traduction de l’italien d’une lettre reçue en ce début de mois d’octobre d’un très cher ami bolognais.

Très chers amis,

J’essaierai de n’être pas trop long. Ces derniers jours furent publiées les motivations de la sentence de la Cour de Cassation qui confirmait les peines infligées aux 18 « serviteurs » de l’Etat, condamnés pour divers délits, depuis la violence aggravée jusqu’à la fabrication de fausses preuves destinées à couvrir les arrestations illégales de dizaines de manifestants de la boucherie de l’école Diaz [à Gènes].

Vous aurez pu lire que la Cour de Cassation, loin d’être un club anarchiste, a qualifié cette boucherie de très grave événement ayant atteint non seulement aux déjà très misérables garanties démocratiques de ce pays, mais également à l’image même de l’Italie en tant que pays démocratique.

La sensibilité de chacun le mènera à considérer le silence assourdissant de la politique institutionnelle dans les confrontations de ces mots et de la dissumulation omertienne de toutes les forces face à l’embarrassante permanence de De Gennaro (qui était alors chef de la police et caution morale de la boucherie DIAZ) au poste de sous-secrétaire à la Présidence du Conseil.

ndt: Pour information sur De Gennaro:
http://it.wikipedia.org/wiki/Giovanni_De_Gennaro

Je ne sais qui de vous se trouvait à Gènes en ces journées [de juillet 2001]. J’y étais, moi, le samedi de la Diaz, avec trois cent mille autres individus et je n’en oublierai pas facilement l’ambiance. Derrière chaque coin de rue, nous rencontrions un autre groupe de brutes casquées armées de boucliers, de matraques et de badges, qui ne regardaient personne en face. La seule chose sensée à faire était de tenter de trouver la fuite entre les lacrimogènes, la foule, les matraques et le sang sur les trottoirs.

Outre les lacrimogènes et les matraques, ce jour-là, les brutes utilisèrent une arme bien plus dangereuse: les vidéocaméras. Sur la digue qui dominait la plage de Gènes, sur les hélicoptères qui vibrillonnaient comme des frelons, sur les camionnettes utilisées par les carabiniers comme de béliers dans la foule, il y avait des caméras. Ces caméras ont servi à identifier ceux que certains qualifieraient de violents. Ceux qui brisèrent des vitrines de banques, ou qui montèrent des barricades avec les précieux containers à ordure de la ville, ou qui osaient relancer les lacrimogènes en direction de ceux qui les avaient envoyés. Grâce à elles, des dizaines de ces personnes ont été condamnées pour dévastation et saccage (délit prévu par le code fasciste, même pour qui -a confirmé la Cour de Cassation- n’a eu qu’un rôle de « co-participation psychique »), peine confirmée en Casssation de 8 à 15 (quinze) années de prison. Le geste le plus violent qu’ont commis ces 10 personnes fut de détruire une vitrine… Les condamnés de la Diaz, qui ont mis une personne dans le coma, ont provoqué des dommages irréversibles à deux personnes et brisé quelques os, ont été condamnés à des peines allant de 3 à 5 ans. Perugini, le bon Perugini, dont certains se souviendront sur la photo où on le voit frapper un garçon de 17 ans, un garçon maintenu fermement par d’autres policiers, et bien son affaire est prescrite.

voir ici par exemple: http://veronacritica.blogspot.be/2008/03/reduci-di-bolzaneto-promozioni-go-go.html

Aujourd’hui, j’ai découvert que l’on a réactivé l' »assistance légale » pour les événements de Gènes. On récolte des fonds pour soutenir les personnes (deux) déjà incarcérées et toutes celles qui furent frappées par une répression légale qui, je ne cesserai de le dire, touve ses bases dans le code pénal fasciste. Personnellement, j’y ai contribué, et fondamentalement, je vous écris pour trois raisons:

1) si vous ne connaissez pas Gènes 2001, ça vaut la peine de vous informer;

2) si vous pouvez donner quelque chose, outre la valeur monétaire, vous ferez ressentir à ces personnes qu’elles ne sont pas abandonnées;

3) faites circuler l’information parce que Gènes est une plage purullente d’où s’est disséminé le cancer de ce pays.

Dans le fonds, à Gènes, il y avait des gens qui contestaient un pouvoir qui, peu après, allait déclencher deux guerres et jeter le monde dans une crise comparable à celle de 1929. Une crise qui est en train de détruire l’existence au profit d’un système destiné de toute façon à disparaître.

Merci

piero cavina

http://www.supportolegale.org/

http://www.buonacausa.org/page/donate/380

PS faites tourner!

version originale:

Carissimi,

cercherò di non dilungarmi troppo. E’ di questi giorni la pubblicazione delle motivazioni della sentenza della Cassazione che confermava le pene inflitte a 18 « servitori » dello stato condannati per svariati reati, dalla violenza aggravata fino alla fabbricazione di prove false per coprire gli arresti illegali di decine di manifestanti della mattanza della scuola Diaz.

Avrete letto che la Cassazione, non un circolo Anarchico, ha definito quella mattanza come un gravissimo evento lesivo non solo delle già deboli garanzie democratiche di questo Paese, ma dell’immagine stessa dell’Italia come paese democratico.

La sensibilità di ognuno di voi lo porterà a cogliere l’assordante silenzio della politica istituzionale nei confronti di queste parole e l’omertosa latitanza di tutte le forze di fronte all’imbarazzante permanenza di De Gennaro (l’allora capo della polizia e mandante morale del macello DIAZ) come sottosegretario alla Presidenza del Consiglio.

Non so chi di voi era a Genova in quelle giornate. Io c’ero il sabato della Diaz assieme ad altri trecentomila e difficilmente dimenticherò quel clima. Dietro ogni angolo ci potevi trovare un gruppo di violenti, caschi, scudi, manganelli e distintivo, che non guardavano in faccia a nessuno. L’unica cosa sensata da fare quel pomeriggio era cercare una via di fuga tra i lacrimogeni, la calca, i manganelli e il sangue sui marciapiedi.

Oltre ai lacrimogeni e ai manganelli quel giorno i violenti hanno usato un’arma molto più letale: le videocamere. Sul terrapieno che sovrasta il lungomare di Genova, sugli elicotteri che ronzavano come calabroni, sulle camionette usate dai carabinieri come arieti tra la folla, c’erano le videocamere. Videocamere che sono servite a identificare i così detti violenti. Certo gente che ha anche spaccato vetrine delle banche, o che ha fatto barricate con i preziosi cassonetti genovesi, o che addirittura osava rilanciare i lacrimogeni verso chi li aveva tirati. Ora dieci di queste persone sono state condannate per devastazione e saccheggio (reato previsto dal codice fascista anche per chi – cassazione dixit- attua una « compartecipazione psichica »), a pene confermate in Cassazione da 8 a 15 (quindici!) anni di carcere. Il massimo gesto violento che hanno commesso queste 10 persone è stato spaccare una vetrina… i condannati della Diaz, che hanno mandato in coma una persona, due hanno subito danni irreversibili e rotto parecchie ossa, sono stati condannati a pene tra i 3 e i 5 anni. Il buon Perugini, quello che molti ricorderanno nella foto mentre sferra un calcio a un ragazzino di 17 anni tenuto fermo da altri poliziotti, ha avuto la condanna prescritta.

Oggi ho scoperto che si è riattivato « suportolegale » per i fatti di Genova. Raccolgono fondi per sostenere le persone (due) già incarcerate e tutte quelle colpite da una repressione legale che, non mi stancherò di dirlo, trova i fondamenti nel codice penale fascista. Personalmente ho donato, e fondamentalmente vi scrivo per tre motivi

1) se non conoscete Genova 2001, vale la pena di informarsi
2) se potete donate qualcosa che, oltre al valore monetario, farà sentire a quelle persone di non essere state abbandonate
3) fate circolare l’informazione perchè Genova è una piaga purulenta dalla quale è partita la cancrena di questo paese

In fondo a Genova c’era gente che contestava un potere che da lì a poco avrebbe scatenato due guerre e gettato il mondo in una crisi paragonabile solo a quella del 29. Crisi che sta triturando esistenze a beneficio di un sistema destinato comunque al collasso.

Grazie

Piero

http://www.supportolegale.org/

http://www.buonacausa.org/page/donate/380

PS fate girare!!

Limites et anarchie

Mardi, juillet 31st, 2012

La liberté totale n’existe pas; elle exigerait que nous soyons sans limite, éternels, que notre jugement soit sûr et profond, bref que nous ne puissions être que parfaits, à l’instar d’un dieu chrétien.

Par l’absurde, cette définition nous entraînerait dans la plus complète détermination en ce que, parfaits, nous ne pourrions produire que du parfait -ce qui, à l’évidence, ne fut pas le cas d’un dieu chrétien, mais passons.

Par l’absurde encore, cette définition de la liberté totale impliquerait que nous ne puissions être nous, je veux dire multiples, plusieurs, nombreux,…

En suite de quoi, nous ne pourrions être des individus, puisque les individus ne le sont qu’au sein de groupes, ne le sont que par opposition au nombre, au pluriel, au multiple.

La liberté totale, si elle est impossible, serait-elle souhaitable? Il semble que Sade nous montre le contraire: par liberté totale, nous entendons la possibilité pour son détenteur de faire à l’autre ce qu’il veut. Pour autant qu’un instant de fureur ou de méchanceté le frappe et les destins de Sodome et Gomorrhe ressembleront à des plaisanteries.

Qu’est-il d’ailleurs besoin de se tourner vers des exemples bibliques ou des références littéraires pour le montrer? Il suffit de rappeler la capacité d’hommes au quotidien pour montrer combien ils peuvent abuser de leurs prochains. Si ces capacités sont loin d’être générales, elles touchent suffisamment de nos semblables pour que nous soyons autorisés à nous protéger des Mussolini, des Sharon, des Schneider, des Empain, des Rockfeller, mais aussi de tous leurs valets, des Eichmann, des Finkelstraus, des Thiers, des Friedman ou des Lincoln.

Notre souci doit être de cultiver la liberté tout en questionnant les devoirs de limites que nous devons malheureusement lui imposer. Cette limite réside dans la capacité de nuire.

La capacité -c’est le maître mot.

Nous ne pourrons jamais tout à fait empêcher un être humain de s’emparer d’un couteau, mais nous pouvons l’empêcher d’armer un escadron, ou même une escouade.

Nous ne pourrons jamais tout à fait empêcher un père de subjuguer ses enfants, mais nous pouvons lui retirer le pouvoir d’hypnotiser des foules.

Nous ne pourrons jamais tout à fait empêcher un mari de tuer sa femme sans prévenir, mais nous pouvons l’interdire de faire croire qu’elle l’a mérité.

Tout ce que l’accumulation des richesses permet aux détriments de certains, de quelques-uns ou d’une immensité, nous pouvons l’empêcher.

Il suffit d’empêcher la possibilité d’entasser des biens et de les capitaliser.

Et alors, il ne restera plus à chacun que le droit de hurler alentour de soi.

Et ce sera bien tout.

Et l’écho lui répondra.

Et nous serons libres parce que nul ne le sera totalement.

L’utopie, non; le désir…

Vendredi, juillet 13th, 2012

Je compte, en lisant le livre de Barjavel, Le Voyageur Imprudent, à combien de misères s’évalue ma joie de pouvoir contempler mon fils, rond et rose -je veux dire le contraire de faible et malade, comme l’histoire a porté la toute grande majorité des humains à ce jour. Naïveté, non; capacité de flouter ma conscience par moments, lorsque je ne la confronte pas à la lucidité de tels travaux -comme d’autres… J’aurais pu prendre Fallet, Proudhon, Camus, bien d’autres…

Nous possédons tous les outils aujourd’hui pour renverser les inexorabilités de la nature -celles que consacrent les darwinistes sociaux -manger ou être mangé -vaincre ou périr, et qui semblent justifier à leurs yeux toutes les bassesses envers le reste du genre humain pour entasser le plus possible de biens dans des forteresses imprenables. Nous pouvons mettre ces outils à la disposition de tous en quantité égale, histoire de permettre à chacun d’obtenir une chance plus ou moins égale de rechercher un bonheur fugace et léger sur Terre avant l’obscurité totale. Mais ce que nous possédons, une minorité considère juste de se l’accaparer.

Que retardent-ils, sinon le passage dans l’éternité de l’oubli? Aussi, accumulent-ils des quantités effarantes de souffrances pour de futiles instants que l’on peut compter en années, en décennies, qu’on comptera peut-être en un peu plus que cela dans quelques temps -À quoi bon? Ces sursis sont minables, ce qui les permet méprisables.

Abolissons la possibilité d’encercler les biens qui permettraient de soulager la plus grande partie des souffrances de l’humanité (avant, qui sait, d’aborder celles du monde); abolissons la propriété privée, mais aussi celle de l’État; abolissons les privilèges, les verticalités, les « grands hommes », qui ne seraient rien sans tous ceux qui les ont portés -à tort et dans l’ignorance-; abolissons les limites iniques à la recherche du bonheur que sont les frontières, les hiérarchies, les serrures, les codes et les videurs.

En anarchie, il y aura toujours des secrets, des trahisons, des coups dans le dos: on ne sera pas meilleurs pour autant, mais les enjeux seront tellement moins importants… Impossible pour un crétin de déclencher une guerre, d’accumuler les moyens de former une armée, de « prendre possession » de terres, d’usines, de femmes… Il y aura toujours des crimes, c’est vrai, on imagine mal un monde sans Othello, même si Iago n’aura plus de raison d’être… Les motifs des racismes, des nationalismes, des impérialismes auront cependant disparu… J’ose affirmer que le temps de deux générations l’aura montré.

Des luttes d’ego? Certainement. Mais impossible de les étendre à grande échelle, puisque ces échelles n’existeront plus. Des combats de coqs? Eh oui, mais ils devront se débrouiller sans poulailler. Peu à peu, les femmes et les enfants apprendront qu’ils n’appartiennent pas à leurs pères; et les contrats n’existant plus, nul ne pourra prétendre aux petits caractères…

Il y aura toujours des disettes, des carences, des maladies, des épidémies, mais elles ne seront pas organisées et nul ne pourra profiter, spéculer, détourner, éluder, marchander, sacrifier, emmagasiner, confisquer, mégoter, ergoter, louvoyer, escamoter, banquer, voler, emprunter, s’approprier, légiférer, reporter, emporter, déporter, rapporter, dénoncer, étatiser, nationaliser, multinationaliser, privatiser, sécuriser, limiter, autoriser, comptabiliser, minauder, militariser, évincer, dépasser, gratter, grignoter, siphonner, emmurer, amonceler, évincer, juger, administrer, admonester, attribuer, convoiter, bref, démutualiser, décollectiviser, désindividualiser, sans que nous ne lui tombions sur le dos en lui en rappelant l’impossibilité, l’inanité, l’iniquité, l’inhumanité.

Au moins l’inhumanité telle que nous aurons redéfini l’humain.

L’inertie est de droite

Mercredi, juin 27th, 2012

Je ne voudrais pas que l’on s’imagine ce texte « de circonstance », suite aux dernières élections françaises ou à l’apparition d’un nouveau machin dans le spectre des partis en Belgique francophone. La réflexion en est beaucoup plus structurelle, bien plus liée à une réalité historique, une forme de constance, une logique malheureusement vigoureuse.

Le scénario du monde n’est pas un scénario de solidarité, d’émancipation, de mieux-être général et individuel. La tendance lourde, celle des directions nationales et internationales, va dans un sens général autoritaire, élitiste, mercantile. La droite mène le monde par le rapport de force, parce que le rapport de force ne peut que profiter, par définition, aux plus forts, et que les plus forts, fatalement, ce sont avant tout ceux qui capitalisent, autrement dit des habitués de la droite. Ce raisonnement peut s’étendre par ailleurs vers les grandes organisations non-étatiques, telles que les ONGs et les syndicats, mais aussi, évidemment, les entreprises.

Dois-je nuancer ? Bien sûr : il existe des personnes sincèrement de gauche dans tous les espaces dont je viens de parler, des personnes qui, à tort ou à raison, estiment faire œuvre utile et de gauche au sein de ces entités -y compris dans les entreprises-, et sinon ouvertement de gauche, humaniste, solidaire, compassionnelle, émancipatrice -donc, de gauche, bien qu’elles refusent de le reconnaître.

Si l’on définit la gauche par la promotion d’une plus grande, d’une plus large émancipation, d’une solidarité plus forte et étendue, d’une vision plus horizontale de la gestion, tant locale que globale, il y a beaucoup d’individus qui se disent de gauche et ne le sont pas, comme il y en a beaucoup qui refusent de se dire de gauche, et le sont pourtant.

Mais s’il y a bien une chose qui empêche d’être de gauche, c’est l’inertie. Avoir des idées de gauche, penser à gauche, se dire de gauche, ne suffit en aucune manière pour l’être. Être de gauche réside dans l’action, dans le faire, dans l’opposition à l’inertie, car l’inertie est de droite. Dire, mais ne rien faire, ou en tout cas ne rien faire dans le sens de la gauche (de l’émancipation, de la solidarité, de l’horizontalité), c’est en réalité faire le jeu de la droite, et donc être de droite. Parce que faire -ou ne pas faire- dans le sens de la droite catalogue à droite.

Globalement, les partis sont de droite, ou tendent vers la droite dès qu’on en néglige les principes, les bases de gauche. Si le tribun peut être de gauche, le césarisme est de droite, et donc l’héroïsation, la personnification du pouvoir (méfions-nous des tribuns dès qu’ils sortent de leur rôle) est de droite ; la confiscation du pouvoir au sein d’un parti par un petit groupe ne peut que rappeler l’aristocratie, et l’abandon des beaux principes de rotation des élus, par exemple, est clairement un réflexe de droite qu’il s’agit de combattre si l’on est sincèrement de gauche -qu’importe les résultats immédiats ! -qu’importe les visions tactiques !; les concessions estimées nécessaires, les compromis permettant une politique des petits pas, ces concessions étant sacrificielles de droits ou d’intérêts de gauche, ne permettant pas une amélioration générale des principes de gauche, sont à proscrire, car il ne sert à rien d’avancer d’un pied à gauche, si l’on cède à droite de l’autre côté -la souffrance, la répression, l’oppression des uns ne peuvent être compensées par la diminution de celles des autres ; ainsi, les solutions globales, venant d’en haut, des échelons élevés, estimant ne pas pouvoir tenir compte des réalités de terrain, sont également des visions droitières, même si ceux qui les mènent s’estiment sincèrement de gauche.

On peut ainsi dessiner des visions, non pas manichéennes, mais tendancielles, de gauche et de droite, avec des destins dont les trajectoires politiques se croisent, se perdent dans leurs actes. Il est d’ailleurs possible d’être qualifié alternativement de gauche ou de droite suivant ses positions dans des domaines différents. Mais, au total, celui qui estime pouvoir se retrouver au centre, modéré, nuancé, fait le jeu de la droite, car il va dans le sens de la chute, de la gravité politique, qui est de droite, alors que la gauche est le sens de l’effort, du vol, de l’ascension. Sans vouloir jouer d’une image eschatologique paradis-enfer, l’idée de considérer la droite comme la solution de facilité et la gauche comme celle du travail nous autorise à cette métaphore de l’envol, de la poursuite vers la lumière. Coupons la métaphore ici, je m’en voudrais qu’elle puisse permettre d’évoquer une opposition du genre « consommation d’énergie de gauche – paresse de droite », la gauche se retrouvant plus souvent dans l’économie de l’énergie et la droite dans la surproduction et la croissance.

Mais donc, ne baissons pas les bras, tant que nous conservons le crédit d’énergie de notre jeunesse ou de notre expérience, la capacité de choisir, la liberté de refuser. Soyons de gauche, et donc agissons comme tels.

Si les mots sont importants…

Mercredi, avril 4th, 2012

L’Etat-Providence aurait, dit-on, fait son temps…
Il serait même, ose-t-on, contre-productif, conservateur, opposé au progrès.
On l’a lu.
On l’a entendu.
Le croirait-on?

Mais qu’est-ce que l’Etat-Providence?

L’Etat-Providence, c’est cette construction idéologique d’une collectivité représentée par un gouvernement dont la fonction aurait dépassé les seules prérogatives régaliennes (justice, police, défense), et qui se serait arrogé le droit d’étendre ses fonctions à une série de services à la population tels que l’assurance-chômage, la pension vieillesse, la santé publique, voire, pour les plus inconscients, la distribution du gaz, de l’électricité, de l’eau, du courrier… Et que sais-je encore?

Voilà donc ce que serait cette horreur réactionnaire selon les normes libérales.

Providence…

Etat-Providence…

Tiens, pourquoi Providence?

Que signifie Providence?

La Providence, mon-z’ami, c’est, eh oui, une espèce d’esprit (saint) qui penserait à notre place ce qui serait bon pour l’humanité et y pourvoirait de manière transcendante et automatique, sans qu’on n’y ait pris part, ni qu’on y ait aucune responsabilité, ni surtout qu’on ait travaillé pour. On lui doit les décès précoces de nos enfants, mais aussi les victoires de nos armées; les famines et les épidémies (les voies du seigneur sont, on le sait, impénétrables), mais aussi les moissons abondantes et les guérisons miraculeuses.

La Providence, on la représente souvent par cette espèce de conque tenue par une allégorie féminine et qu’on nomme « corne d’abondance ». Un machin auto-produit et auto-alimenté, d’où tout tombe indéfiniment.

Mais en quoi cela ressemble-t-il un instant à ce que nous connaissons de, euh, l’Etat-Providence?

Un, l’Etat-Providence (appelons-le encore un instant ainsi) est alimenté par nos impôts, c’est-à-dire par le fruit de notre travail;
Deux, loin d’être infini, il est limité dans ses bienfaits par des décisions immanentes -certains parlent même de démocratie, mais, chut, rien n’est moins sûr;
Trois, rien n’est automatique, rien n’y est considéré comme un dû: pour bénéficier des « bienfaits » de l’Etat-Providence, ses « usagers » (de moins en moins… de plus en plus « clients ») doivent le plus souvent faire la preuve qu’ils ont droit à ses avantages -on appelle ça l’administration;
Quatre, cette fameuse Providence, que l’on croyait immortelle, est en train de se liquéfier tout doucement (encore que, de plus en plus vite), on réalise peu à peu qu’elle reposait sur un compromis malade entre patronat et syndicats dans les sociétés occidentales, principalement européennes, et sur une espèce de partage inégal des revenus du reste du monde -surtout du Sud…

Bref, rien à voir avec une Providence…

Pourquoi l’a-t-on appelée ainsi? Selon toute vraisemblance, ce terme doit être attribué à Emile Ollivier, un conservateur français du XIXe Siècle, un « libéral », comme on dit; il l’a inventé, ou en tout cas lui a donné de l’importance, pour critiquer ce rôle paternaliste de l’Etat, en 1864, à une époque où, franchement, cela prêtait encore à sourire. Jamais il n’aurait dû se pérenniser, surtout dans les bouches des partisans des travailleurs. Le terme Etat-Providence indique que les travailleurs sont des enfants à qui une Mère Nourricière doit tout en raison de leur statut d’enfants de la République, ou de la Nation. C’est un terme éminemment débilitant, déresponsabilisant.

Certes, il n’est pas seul à avoir joué ce rôle: une centaine d’années de contrôle social-démocrate de l’Etat se sont chargées de délier les travailleurs de leur rôle de surveillants de la machine publique, ou mieux de titulaires d’icelle.

Les mots sont importants, car ils ont contribué à la professionnalisation de la politique, partenaire de l’économie, dont les travailleurs ont été éloignés. Leurs représentants, syndicalistes et députés, sont devenus les partenaires de leurs exploiteurs. En échange, ils ont obtenu quelques assurances, histoire de calmer leurs troupes. Aujourd’hui, ces sécurités disparaissent peu à peu.

Pourvu qu’au moins ces heures sombres réveillent nos esprits embrumés. Que l’on détruise la notion même d’Etat-Providence -que l’on restaure la mutuelle, la coopérative, l’esprit même du syndicat, des cercles, des bases, des horizontales, et que s’abattent les pyramides, que disparaissent les représentants professionnels, que s’effondrent les structures verticales…

Godwin, Proudhon, Fourrier, Bakhounine, Michel, Jones, Kropotkine, Goldman, Malatesta, Durutti,… que ces noms résonnent comme des glaives sur des cloches de bronze.

La Communauté Française a besoin de VOUS!

Samedi, mars 17th, 2012

Il paraît qu’on manque de profs…

C’est une rumeur…

Je ne l’ai jamais vérifiée…

En tout cas, la Communauté Française de Belgique manque de souffre-douleur, ça, c’est un fait.

chaque emploi nouveau dans l’enseignement réclame une administration pesante de la part du postulant, alors que le dossier existe à la Communauté -en tant que nouvel enseignant, vous devrez fournir un acte de naissance à chaque nouvel engagement, copie de vos diplômes, attestation des services précédents en tant qu’enseignant (ils ne doivent pas avoir ça quelque part, non?) -je répète: à chaque nouvel engagement… Qu’est-ce qu’ils font avec notre dossier entre-temps? ils le jettent? ils en font des cocottes?;

-les enseignants non nommés sont payés avec un minimum d’un mois de retard. J’ai connu quelques cas de 3, voire 4 mois de retard -on suppose qu’entre-temps, les jeunes enseignants sont capables de vivre d’eau fraîche -quelle entreprise privée peut se permettre ce genre de comportement sans s’attirer les foudres de l’inspection du travail et les colères légitimes des syndicats?;

-par ailleurs, les frais de déplacement ne sont remboursés qu’à la fin de la période de votre éventuel abonnement, contrairement à de nombreuses entreprises qui fournissent une attestation à la SNCB afin de permettre un remboursement immédiat: le privé serait-il plus attentif au bien-être de ses employés?;

-les vexations concernant l’engagement d’un enseignant sont légion. Exemple: dans quelle entreprise privée vous réclamera-t-on un certificat médical un mois et demi après votre engagement avant de valider enfin votre contrat?;

-comment un intérimaire de l’enseignement (on dit un « temporaire ») peut-il devenir « autre chose » (temporaire prioritaire, avant d’être nommé)?
Il doit accumuler,
au sein du même Pouvoir Organisateur,
une expérience de 300 jours étalés sur 5 ans maximum,
dans la même fonction,
au moins en mi-temps.
Cela signifie que si vous acceptez un remplacement de deux semaines dans l’enseignement officiel, puis un mois dans le privé, puis un trimestre à la Ville de Bruxelles, vous venez d’accumuler, au mieux, trois mois d’expérience à la Ville de Bruxelles -donc, mieux vaudrait-il refuser certains emplois par ces temps de crise?
Par ailleurs, si vous recevez un horaire avec six heures d’histoire, six heures de géographie et le reste de bric et de broc, vous n’entrez pas dans les critères pour une saine accumulation, puisque vous n’avez pas un mi-temps dans une fonction précise. Bonne chance, les jeunes;

les jeunes enseignants sont généralement en charge des classes les plus difficiles, forcément, puisque ce sont celles dont ne veulent pas ceux qui peuvent choisir leurs charges (et on les comprend), et en outre ce sont les classes dont les profs tombent le plus facilement malades (on ne se demande pas pourquoi);

Il y aurait encore pas mal de choses à dire sur le système des inspections, sur le fonctionnement des Ressources Humaines (qui accumulent les intermédiaires et éloignent l’employé de son « patron » réel le plus possible) ou sur la verticalité de l’enseignement.

Mais je crois que vous avez dû saisir l’essentiel…

La Communauté Française de Belgique, employeur modèle à vous faire regretter ce facho d’Henry Ford…

Et vice versa…

Samedi, février 18th, 2012

Le Soir est-il politiquement engagé?

Certes, oui, mais dans quelle direction? Analysons un article mis en ligne ce samedi pour s’en faire une petite idée:

Des navires de guerre iraniens franchissent le canal de Suez

Rien que le titre devrait nous mettre la puce à l’oreille: serait-ce que lorsque ce même canal est traversé par un navire étatsunien, britannique, français, israélien ou issu d’un autre pays de l’axe du bien, même non démocratique (tout peut se discuter), le Soir écrit-il un article? Vous allez me dire: c’est le contexte… L’Iran, les avancées nucléaires, le Détroit d’Ormuz…

De fait, ce contexte devrait nous être rappelé, avec toutes les bases étatsuniennes et alliée qui encerclent l’Iran, les prétentions civiles du nucléaire iranien, les deux à trois cents têtes nucléaires avérées de la première puissance militaire de la région (Israël) ((Jimmy Carter a récemment émis l’hypothèse que l’Iran puisse effectivement mentir et construire deux ou trois ogives nucléaires. Sa réaction était en réponse qu’il n’y voyait guère la moindre menace considérant la masse nucléaire que représente l’Etat d’Israël. Carter aurait pu aussi bien évoquer les milliers de têtes nucléaires étatsuniennes dont une grande quantité se trouvent stockées sur des navires dans la région dont question.)), et le fait que le Détroit dOrmuz se trouve dans les eaux territoriales de l’Iran bien plus que dans celles de n’importe quel Etat qui lui conteste le droit d’y envisager un blocus. Dont acte.

C’est la seconde mission en un an que les navires de guerre iraniens effectuent dans la Méditerranée.

Ciel! Et la première s’est bien passée? Que peut-on craindre de celle-ci?

Des navires de guerre iraniens sont entrés samedi en Méditerranée après avoir franchi le canal de Suez, a annoncé le commandant en chef de la marine l’amiral Habibollah Sayyari, cité par l’agence officielle Irna.

Il n’a pas donné de précisions sur la destination ou la mission de ces bâtiments, se bornant à indiquer qu’ils portaient « un message de paix et d’amitié » aux pays de la région mais « montrent également la puissance de la République islamique d’Iran ».

Jusqu’à preuve du contraire, ces navires iraniens (à moins qu’on nous ait menti depuis des décennies sur la puissance de feu de l’Otan) ne constituent en rien une menace pour aucune nation « libre » du monde. Le message de paix proclamé, il est vrai, serait sans doute plus crédible avec un navire de plaisance, un bateau-école ou un canot de Greenpeace, mais, bon, on a vu pire avec des messages similaires transportés par des porte-avions occidentaux ((Vu qu’ils ne sont pas des gens comme nous, on les imagine mal utiliser une colombe, évidemment.)).

Les navires ayant traversé samedi le canal de Suez pourraient être le destroyer Shahid Qandi et le bâtiment de soutien et de ravitaillement Kharg.

C’est pas pour dire, mais question précision de l’information, on a fait mieux… Cela dit, si le plus gros machin que les Iraniens nous envoie est un destroyer, même nos dragueurs de mines nationaux pourraient leur contester la prééminence en Mare Nostrum -on peut rire un peu…

Lors de la première mission en Méditerranée de la marine iranienne, les deux navires s’étaient rendus en Syrie pour une escale au port de Lattaquié avant de regagner la mer Rouge et l’Iran.

Ah ben revoilà la mission de l’an dernier… On peut pas dire qu’elle ait brillé par ses exploits guerriers… Et pourtant:

Cette première mission avait suscité de vives réactions de la part d’Israël qui l’avait qualifiée de « provocation » et avait mis sa marine en état d’alerte, tandis que Washington avait lancé un avertissement aux navires iraniens en leur demandant de « se conformer aux lois internationales et n’entreprendre aucune action qui pourrait compromettre la sécurité ».

Les Zuessa mettent-ils aussi en garde dans les mêmes termes les navires de guerre canadiens quand ils quittent un port proche des côtes du Maine ou de Colombia? Renâclent-ils à l’idée d’un baleinier japonais proche des eaux territoriales de l’Alaska? Sûrement pas: les Iraniens, ce sont sans doute de grands enfants qui ne respectent les règles QUE si on les leur rappelle…

Quant à Israël, oui, certes, bon… Ben oui… Mais on ne peut rien dire sur Israël, sinon on est antisémite, alors, bon, rien…

La nouvelle mission iranienne en Méditerranée intervient alors que les tensions entre Israël et l’Iran sont au plus haut, alimentées par la crise autour du programme nucléaire iranien et les récents attentats anti-israéliens en Inde et en Thaïlande attribués par l’Etat hébreu à Téhéran.

Tiens, et ça n’a pas de lien avec les attentats attribués au Mossad et ayant touché des scientifiques iraniens sur le sol iranien? Ah ben non. Ou alors le Soir n’est pas au courant. Ni AFP, dont le journal reprend la dépêche.

Est-ce que le Soir, par ailleurs, ou AFP, font le décompte de l’ensemble des navires occidentaux qui manoeuvrent du côté d’Ormuz? des troupes qui patrouillent autour de la République, certes islamique, mais dotée d’un parlement élu, d’un président élu, qui ne nous réjouissent peut-être guère, mais bon, sommes-nous VRAIMENT une référence démocratique? Le Soir a-t-il véritablement produit un message intéressant, apaisant, propre à informer ses lecteurs autrement qu’en leur foutant la trouille-genre-attention-les-vilains-Perses-sont-à-deux-doigts-de-nous-envahir-avec-une-flotte-innombrable-d’au-moins-2-(deux!)-navires-de-GUERRE, oui, de guerre, de guerre, ça dit bien ce que ça veut dire, non?

Allez, ils nous ont déjà fait le coup avec Saddam, Mouamar et les autres… C’était sans doute des coups d’essai: si ça marche contre des dictateurs laïcs, ça marchera contre des présidents fondamentalistes: quelle différence après tout? Et puis, c’est dans les vieilles casseroles qu’on fait les meilleures soupes…

Soixante ans que nos biberons sentent le sapin…

Mardi, novembre 1st, 2011

Ce n’est certes pas après la lecture d’un simple article du Monde que je me prétendrai spécialiste du scandale ou supposé tel du Bisphénol A, mais j’en retire tout de même un enseignement très intéressant.

J’y ai appris que le conflit entre scientifiques payés sur fonds publics -qui trouvaient dans 90% des cas des effets biologiques du bisphénol, et donc en mettaient en évidence la dangerosité potentielle- et ceux qui étaient financés par les entreprises qui vivent notamment de son exploitation -du bisphénol A, donc-, ces derniers ne trouvant -bien sûr- rien, était basé sur des principes méthodologiques. Selon l’auteur de l’article, qui s’est inspiré essentiellement de ses contacts avec certains des premiers, dont un Monsieur vom Saal, une Madame Soto, non par parti pris, mais parce que les intervenants de l’autre bord ne répondaient pas à leurs questions, les scientifiques qui trouvaient des effets se fondaient sur des protocoles d’expériences récents, alors que ceux qui ne trouvaient rien -ceux qui étaient donc payés par les entreprises, donc- se fondaient sur des protocoles d’il y a 60 ans.

C’est un peu comme si on cherchait à déterminer le lieu d’alunissage d’astronautes sur la Lune en regardant avec des jumelles.(vom Saal)

Pas spécialement rassurant.

Je ne ferai pas le procès ici de ces scientifiques ou supposés tels qui travaillent pour la Dow Chimicals et autres grandes bienfaitrices de l’humanité (après tout, le plastique qui recouvre mon clavier ne viendrait-il pas de leurs usines?). Je suppose que d’autres le feront bien mieux que moi. Mais je ne peux m’empêcher de penser à ces lieux communs qui veulent que le service public, c’est le conservatisme, l’immobilisme, le confort, le fonctionnarisme et autres clichés, alors que le privé tablerait sur le progrès, l’innovation, la course en avant…

Comme si l’économie et l’histoire corroborait ces cartes postales.

Tiens! L’industrie automobile, par exemple, déteste l’innovation réelle, celle qui change les choses, celle qui amène ou amènerait à une véritable réduction de la consommation: changer les patrons d’achat du symbole de la société de consommation, c’est un risque tellement énorme, et il aura fallu ces dernières années pour qu’enfin ces dinosaures tendent à s’effondrer sur eux-mêmes sous les coups de boutoir de la nécessité et des crises économiques. ((Personnellement je ne peux que prévoir à terme une nouvelle crise, celle de la surconsommation individuelle, qui devrait nous réenfermer dans le local en dehors des transports publics d’ici, quoi?, un quart de siècle, sans doute. Ca m’étonnerait que l’automobile passe sans dommage ce cap.))

La résistance aux réglementations d’Etat basées sur le principe de précaution, sur la découverte d’un danger pour la santé publique ou sur le souci de réduire les effets secondaires contre-environnementaux de notre mode de vie est telle que les parlements, sous perfusion des intérêts particuliers des bétonneurs et autres marchands de bien-être, mettent souvent des années, voire des décennies pour prendre les mesures les plus élémentaires qui réduirait la nocivité de la consommation humaine, pour nous-mêmes comme pour la planète et ses autres habitants.

Le conservatisme critiqué par Messieurs Michel père et fils ne se situe peut-être pas seulement là où ils veulent bien le voir.

Une fois de plus, il ne faut pas généraliser: on parle bien ici de grosses entreprises, d’intérêts à 6 chiffres ou plus, pas de PME, de petites boîtes qui tentent de devenir grandes. Encore que…

Encore que, ce n’est pas d’elles, peut-être, que l’on parle, mais Ford a commencé dans un garage, tout comme Windows ou Apple -ou peu s’en faut. Et aujourd’hui, ce sont plutôt des représentants de l’immobilisme que de l’innovation. Mais bon, cessons de jouer au yo-yo sur le sujet, revenons à la constatation: l’entreprise n’est innovante que si ça l’arrange bien et conservatrice dans le même cas. Bref, elle est là où le pognon l’appelle, et ce n’est pas souvent dans la direction du mieux-être collectif.

Ceci aussi pour expliquer une fois encore pourquoi, si je ne suis pas contre les manipulations génétiques ou les nanotechnologies en soi, c’est uniquement si -et seulement si- les progrès, les découvertes, les utilisations faits dans ces domaines restent intégralement sous contrôle de la collectivité par le biais d’associations horizontales indépendantes à la fois de l’Etat et des entreprises, et qui soient habilitées à stopper toute initiative qu’elles jugeraient dangereuses ou potentiellement dangereuses, jusqu’à consultation populaire bien raisonnée, bien documentée, sous protocole adéquat.

Une entreprise de taille respectable, c’est un peu comme un grand Navigateur sur un OS Windows: il fait tout pour t’empêcher de penser à le virer et il ralentit toute la machine, sous prétexte que, sans lui, rien ne marcherait.

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Ah oui, quant aux patentes, brevets et autres exclusivités mortifères, je suppose que l’on aura compris. Qu’on rémunère les chercheurs à l’heure de travail, qu’on leur accorde quatre semaines de congé par découvertes prépayées intéressantes, et qu’on ne la ramène pas sur l’indispensable nécessité de rentabiliser la recherche: ça fait deux cents qu’on nous emmerde avec ce concept qui a contribué à l’augmentation des inégalités de par le monde. Alors, que vivent la science et la technologie, mais au sein des masses, pas dans le giron des portefeuilles anonymes.

Evidemment, avec la gouvernance mondiale actuelle, ce beau programme n’est pas pour demain. Mais bon, je veux bien faire de la politique, si c’est à ma sauce.