Archive for mars, 2025

« M’sieur, et si ma grand-mère est en train de mourir? »

Mercredi, mars 26th, 2025

Un argument qui revient sur la présence des téléphones portables à l’école: « et en cas d’urgence? »

Si la présence d’un adolescent en âge de suivre des cours est indispensable à une situation d’urgence, alors on est en train de suivre un épisode d’Harry Potter ou de Spider Man.

Je n’ai jamais entendu un argument valable sur la nécessité de la présence d’un téléphone portable à l’école.

« Et pour faire des recherches? »

Il serait peut-être temps de se rappeler que
1. les recherches peuvent être réalisées en dehors des heures de cours. on exigera de la part des jeunes de mentionner leurs sources et de leur demander en quoi celles-ci sont intéressantes, qui les produit, quelles sont les sources de leurs sources, etc., et on les vérifiera;
2. si vraiment on veut faire des recherches en classe, autant les faire dans du matériel généralement peu utilisés par les élèves, genre les dicos, les encyclopédies, les revues…, qu’ils doivent aussi apprendre à utiliser. Car, le plus souvent, les élèves SAVENT utiliser les moteurs de recherches.

« Oui, mais il faut qu’ils développent leur esprit critique sur les nouveaux médias. »

Certes… mais autant le faire alors avec un minimum de préparation, car il est absolument impossible à un enseignant de soutenir efficacement un tel apprentissage sur des pages découvertes dans l’instant. Ce qu’il faut donc faire, c’est les aider à comprendre ce qu’il se passe en leur proposant des modèles préparés à l’avance. Leur montrer que deux sources différentes ne le sont que si elles ne se copient pas et si elles ne proviennent pas de la même source. Qu’une source n’est valable que si elle repose sur un vrai travail de vérification, à la fois de la source elle-même, mais aussi du contenu de l’information. Etc., etc.
Leur montrer qu’il existe des sites construits précisément pour fabriquer du savoir de manière scientifique.
Eviter les jugements péremptoires (que j’entends parfois chez des collègues) du genre « Wikipedia, c’est plein de fautes. » (moins que l’Encyclopedia Britannica, collègues)

Toutes choses qui ne peuvent se faire en disant simplement aux élèves: « vérifiez l’info sur internet. »

Bref, une école sans Smartphone… ça se justifie pleinement.

Et les profs?

Dans une société où les voisins sont plus près de votre maison que vous à votre travail, a priori, les profs n’ont aucune raison non plus d’avoir un smartphone en classe. S’ils veulent suivre les cours de la Bourse ou les résultats des courses, ils devraient songer à choisir un autre emploi.
Je suis favorable
1. à ce que les smartphones des profs restent à la salle des profs;
2. à ce que les écoles soient reliées par des systèmes d’interphones câblés;
3. à réduire les espaces connectés (éventuellement aux écrans qui ont remplacé les tableaux), et en tout cas à supprimer le wifi à l’école, qui fait perdre du temps d’apprentissage actif.

Reste l’IA. Discussion qui mérite un autre post.

Si le sage montre la Lune, accuse-le d’antisémitisme

Jeudi, mars 13th, 2025

Je me doute que je ne vais pas m’attirer que des copains en disant cela, parce que, même parmi mes amis, on me dit: « tous les poncifs de l’antisémitisme sont dans cette affiche ».

Alors, c’est très curieux, mais, quand je lis le texte, je ne vois aucune allusion au Juif errant, ni à la finance, ni à aucune maladie, non, ce que je vois, c’est un texte qui appelle à une manif contre l’extrême-droite et contre ceux qui relaient les idées d’extrême-droite… Il me semble que c’est assez clair.
Ensuite, je vois un visage qui n’est pas à son avantage, mais qui ne me semble pas être une caricature: peut-être l’image a-t-elle été travaillée par IA, mais sans doute avec l’instruction: prends la tête de ce type et fais-lui un rictus de colère.

Car l’affect principal de l’extrême-droite, c’est la colère. L’affiche reprenant le visage du présentateur vedette de Bolloré m’a beaucoup plus rappelé ces deux images, l’une une affiche, l’autre une Une de Libération, représentant Jean-Marie Le Pen. L’un en colère, l’autre grimaçant à la manière de Mussolini.


Charlie Hebdo a fait des caricatures bien plus proche des poncifs de l’antisémitisme concernant le même individu (voir ci-dessous également). Rien n’est venu de l’arc Salamé-Ciotti. Rien de rien.

Regardez ces deux caricatures de Charlie Hebdo (parmi bien d’autres). Dites-moi en quoi elles sont moins antisémites que l’affiche incriminée. Ou plutôt, dites-moi en quoi l’affiche incriminée serait plus antisémite que celles-ci.

Alors, je me demande: pourquoi hurle-t-on contre cette affiche du 22 mars? Ne serait-ce pas parce qu’elle est éditée sous la responsabilité de La France Insoumise?

je me suis tapé une cinquantaine d’affiches antisémites (vraiment antisémites): les affects reproduits sur celles-ci sont généralement l’avidité, la cupidité, le désespoir, la satisfaction, la fourberie, voire l’indifférence ou la surprise (quand le juif est surpris par les « glorieux » ennemis de la juiverie), mais pas la colère.

Voici quelques exemples de ces affiches, toutes plus dégueulasses les unes que les autres, mais bien illustratives de mon propos.

Exemple de désespoir:

Exemple d’avidité:

Exemple de satisfaction:

Un autre, parce qu’il est vraiment parlant (et odieux):

Deux exemples de fourberie:

Ces affiches monstrueuses ne montrent pas un juif en colère, mais un juif avide, fourbe, satisfait ou répandant le désespoir sur le monde.

Quant à la comparaison reprise à partir de l’affiche hollandaise que voici, et que l’on pourrait considérer comme valable, j’aimerais qu’on y fasse un minimum de sémiologie:

il faut vraiment le vouloir pour faire un parallèle entre ces deux affiches:

l’une est une caricature, l’autre pas;

dans l’une on voit un buste, dans l’autre, juste une tête qui flotte dans le noir;

le visage d’Hanouna est légèrement penché sur le côté, pas la caricature;

le nez est exagérément long à droite, pas à gauche;

Hanouna porte une moustache, pas la caricature;

les rides sont très marquées à droite, elles sont à peine visibles à gauche (autour des yeux un peu, et les plis des joues);

le sourcil relevé à droite ne l’est pas à gauche (on verra plus loin que ce n’est pas anodin);

et on peut parler des oreilles tant qu’on veut: elles n’ont rien en commun;

enfin, analysons les affects représentés: à gauche, le personnage de Hanouna est manifestement en colère; à droite, ce que je vois, c’est beaucoup plus de la fourberie – voyez l’oeil droit plus ouvert et le sourcil relevé indiquant que le personnage s’apprête à faire un mauvais coup. Comme dans ces trois exemples-ci:

Or, je le répète: le poncif de l’affect d’extrême-droite, c’est bien plus la colère, une colère franche et emplie de haine. Les affects liés à l’antisémitisme sont bien plus ambigus, la fourberie et la cupidité étant sans doute les plus évidents.
Bref, je veux bien faire de la sémiologie, mais il faut le faire à fond.

C’est à se demander si le parallèle effectué n’en dit pas plus sur l’antisémitisme de l’auteur du parallèle que sur celui de l’affiche LFI.

Je n’en dirais pas autant pour celles et ceux qui sont tombés dans le panneau: l’accusation d’antisémitisme fait tellement peur qu’on craint absolument de se la voir décerner. Car, dans notre société européenne et occidentale, le titre d’antisémite, c’est l’assurance de la diabolisation.