ôbinouiyatrodavions!!

septembre 17th, 2017

Il y a trop de beaucoup de choses…

Evidemment qu’il y a trop d’avions…

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Il y a trop de voitures, et pas assez de trains; trop de camions, aussi… Peut-être devrait-on repenser la construction de canaux? Je ne sais pas…

Il y a trop d’écrans, et plus assez de lecteurs… Et quand ils lisent, il y a trop d’Amélie Levy et d’Eric-Emmanuel Musso, et pas assez de Chalandon, d’Enard, de Carrère, de Saramago…

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Il y a trop de gens qui trompent sur Rousseau et Robespierre, et pas assez qui ont lu un discours entier de Jaurès.

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Il y a trop de franchises, il y a trop d’entreprises qui ont leur siège trop loin des lieux de production; il y a trop de bourses et pas assez de banques publiques; il y a trop de travail et pas assez de partage du travail; il y a trop de métiers débiles et inutiles, et pas assez de cordonniers; il y a trop de commerciaux et pas assez d’artisans; il y a trop de profs de droite, même dans les petites écoles.

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Il y a trop de méritocratie et pas assez de mérite chez les vainqueurs; il n’y a d’ailleurs pas assez de reconnaissance de ce qu’ils doivent de la part de ces derniers; il y a trop d’argent dans l’excellence et pas assez dans l’éducation populaire; il y a aussi trop de viande consommée et pas assez de nourriture produite sur notre sol; il y a trop de maisons vides et pas assez d’initiative pour abriter les sans-toits.

Il y a trop de contrôle, et pas assez d’autonomie; il y a trop d’échanges commerciaux et pas assez d’échanges humains; il y a trop de foi dans l’Union Européenne, et pas assez dans la démocratie; il y a aussi trop d’OTAN et pas assez d’ONU; il y a trop de gens qui ont une opinion sur l’Amérique Latine, et pas assez qui ont été voir ce que c’est que de vivre dans une favela; il y a trop de gens qui ont fait un « trip » dans le tiers-monde et pas assez qui, suite à ça, ont remis les logiques libérales en question; il y a trop de gens qui font des petits coeurs et pas assez qui pensent avec leur tête.

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Il y a trop d’argent et pas assez d’égalité; il y a trop de liberté d’entreprise, et pas assez de décisions collectives sur l’économie; il y a trop de libéralisme, et trop peu de gens qui le remettent en question; pourtant, il y a plein de sales gauchistes qui n’attendent qu’une seconde de votre attention pour vous rappeler les principes de base d’un bon gros socialisme vrai de vrai, bien saignant (mais pas bleu, pas à la sauce Onkemotte); il y a trop de gens qui veulent régler UN problème du capitalisme, alors que c’est LE capitalisme qui doit disparaitre.

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Il y a trop de bobos et pas assez de gens qui lisent Jacquard, Ziegler, Bonfond, Gueuens, Lordon ou pour s’inspirer un grand coup, Louise Michel, Emma Goldman, Kropotkine et le vieux Marx; il y a trop de gens qui ont cessé de se dire à gauche, et pas assez qui comprennent ce que cela signifie; il y a aussi trop de gens qui pensent qu’il suffit d’embrasser la cause d’une minorité pour se croire à gauche, alors qu’il y a plein de libéraux qui sont d’accord pour la même cause; il y a décidément trop de gens qui parlent en novlangue, et plus assez qui connaissent le sens des mots; il y a trop de gens qui hurlent au fascisme et pas assez qui comprennent ce que ça veut dire.

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Il y a trop de gens qui lisent le Soir, le Guardian ou Libé en pensant que ce sont des journaux de gauche, et plus assez qui lisent le Monde Diplo; il y a trop d’adeptes de Mani et pas assez de La Boétie; il y aura trop de gens qui critiqueront une ligne de ce texte et pas assez qui feront le lien entre toutes les lignes

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Et je sens que je me suis fait plein d’amis d’un seul coup.

Juan et les Picaros

août 22nd, 2017

« [Les voitures du pouvoir] réintroduisent cette variabilité, cette légère terreur dont ont besoin tous les pouvoirs pour, en sus des dispositifs paternalistes, réaffirmer leur autorité par l’angoisse.

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Légères et lourdes à la fois, mystérieuses et insaisissables, ne respectant aucune des règles de la circulation, ces voitures et cortèges volant à toute vitesse nous rappellent l’existence d’une entité supérieure dans notre quotidien le plus banal. Elles peuvent surgir à n’importe quel moment, écraser en toute impunité. Elles n’ont ni nom, ni véritable identification.

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Elles sont muettes, invisibles, inquiétantes. Elles ont les vitres teintées. Seules, elles sont comme des balles, nous rappelant le droit à l’arbitraire, les limites de notre liberté et de notre maitrise de l’espace. Jointes, elles forment un ensemble hypertrophié qui touche à l’absurde, se paralysant de lui-même, parabole de tant de régimes autoritaires.

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Comme tout dispositif de propagande, son exagération en fait apparaître le ridicule et la fragilité. Mais aussi le privilège affiché de pouvoir l’être impunément, le temps que ça ‘tienne’. »

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Juan Branco, L’ordre et le monde. Critique de la Cour Pénale Internationale, Fayard, 2016, p. 162

Parade, riposte -ne jamais céder de terrain…

mai 29th, 2017

Ca faisait longtemps que je n’avais plus fait le moindre texte sur ce sujet. Loin du Brésil, je me sentais plus à l’aise, moins tenu. Et puis, je ne voulais pas me ranger parmi les laïcophiles intégristes qui se parent de cette vertu pour frapper à volonté sur des minorités fragiles.

Mais je constate que les religions divisent, quoi qu’il arrive; on ne peut rien dire sur la religion sans blesser les croyants? C’est qu’ils n’ont pas appris des trois derniers siècles depuis les Lumières: on a le droit de s’exprimer; on a le droit de ne pas aimer et de désapprouver; on a le droit d’exiger que le culte s’exerce dans des lieux restreints, parce qu’on a le droit de pouvoir ne jamais être incommodé par la religion ((On a aussi le droit de trouver les caricatures de Mahomet idiotes mais de refuser qu’elles soient censurer. Même Tariq Ramadan était d’accord là-dessus.)).

La réalité, c’est que, dès que les rationalistes baissent leur garde, les obscurantismes reprennent du poil de la bête.

Il se trouve que, oui, la lutte contre les religions par les non-religieux fut rude, longue et brutale; qu’on ne peut pas faire plus confiance à une bande de curés qu’à un groupe d’actionnaires pour respecter nos voeux de vie laïque.

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(« American Gothic », Grant Wood; ou le bonheur de la vie religieuse)

J’invite les « blancs » et les moins blancs (les mots ne sont pas de moi, ils sont de ceux qui se sentent attaqués; franchement j’en préférerais d’autres) à aller faire un tour dans un pays vraiment religieux, où tout s’arrête quand la prière monte dans le quartier, où les processions barrent les routes, où on ne se risque pas sans danger à contredire les prêtres abrutis qui appellent à la régression sociale.

Ce pays, c’est le Brésil, d’obédience chrétienne (catholique et protestante, et franchement pas des rigolos dans leur ensemble).

Un pays où les musulmans sont très discrets par nécessité.

Un pays où on préfère voter pour quelqu’un qui n’est pas de ses idées politiques plutôt que pour un athée ou un homosexuel. Aucun lien? Je ne crois pas.

Or donc, si être athée est toujours une épreuve de vie dans les pays dominés par des religions, il n’y a que dans des pays plutôt laïques, éventuellement (vraiment) neutres, que toutes les religions ont voix au chapitre.

Ce n’est pas une coïncidence. Je ne voudrais pour rien au monde revenir à l’époque où ma grand-mère devait demander l’autorisation à son mari pour ouvrir un compte ou chercher du boulot; le temps où ma mère ne pouvait demander le divorce à son avantage que si elle faisait surprendre par un étranger l’adultère de son mari dans son lit conjugal. Je veux que l’on puisse encore avancer dans l’égalité des droits de tous et de chacun, que l’on récuse tous les arguments prétenduement (sic) naturels, et qui en réalité cachent des préjugés religieux; je veux que l’on puisse étudier l’art et les textes religieux avec le détachement scientifique nécessaire; je veux que l’on puisse enseigner l’évolution et le néolithique sans opposition -il n’y a pas de relativisme scientifique…

La laïcité est le seul allié des minorités, parce que la laïcité -et par extension l’athéisme et le rationalisme- est le seul système qui permet aux minorités de vivre leurs fois dans des conditions équitables.

Mais faut pas nous demander de nous écraser, en plus.

terrorisme vs terrorisme

mai 24th, 2017

Je suppose que d’autres y ont pensé avant.

J’y pense à chaque attentat attribué aux forces djihadistes et associées, genre Daesh, Al-Quaeda et compagnie.

Je reviens sur les actes qualifiés de terroristes depuis, mettons, deux cents ou deux cent trente ans.

Je reprends les attentats des Brigades Rouges, de la Bande à Baader, d’Action Directe, et je les mets en parallèle avec ceux des partisans de la politique de la tension, Gladio ou les Tueurs du Brabant wallon, notamment. Les premiers n’effrayaient pas la population, mais bien les riches, les politiques et les forces de l’ordre. Les seconds avaient pour objectif de terroriser la population pour créer un tel état de tension que l’Etat s’en serait trouvé légitime d’imposer des mesures d’oppression sous couvert de sécurité.

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(Attentat à la bombe à la gare de Bologne en 1980, dont les responsables sont liés à un groupuscule ouvertement néo-fasciste italien; 85 morts, 200 blessés)

La méthode terroriste a aussi été utilisée par la mafia, en certaines occasions, comme lorsqu’elle fit exploser tout un pan d’autoroute afin d’exécuter un seul homme de la manière la plus spectaculaire, avec l’objectif d’épouvanter la population. Mais si les Italiens en furent effectivement choqués, l’effet a été presque contraire aux voeux de la mafia, puisque la population réclama par la suite plus de moyens dans la lutte contre le crime organisé.


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(assassinat de Falcone, 1992: 5 victimes, 10 blessés)

Plus ambigus sont les mouvements nationalistes en Espagne ou en Irlande du Nord, que l’on pourrait cataloguer parmi les activistes de la décolonisation. Certains mouvements, surtout en Afrique et en Asie, menèrent à de véritables guerres, d’autres se firent moins violemment. Pour autant, des attentats furent commis, touchant parfois des lieux populaires, tel en Algérie un dancing fréquenté par des jeunes métropolitains. Il y a sûrement des parallèles à faire entre ces attentats, que condamnait Camus, que comprenait déjà plus Sartre, et ceux qui égrènent le processus de non-paix au Moyen-Orient.

Les mouvements de décolonisation sont spécifiques à chaque situation, chaque période et chaque métropole. L’Inde et le Pakistan ont leur histoire propre qu’il faudrait analyser spécifiquement. Mais globalement, je pense que le récit ne change guère des éléments ici développés. De même qu’il faudrait un texte spécifique pour chaque mouvement s’opposant aux régimes en place en Amérique Latine.

Durant la 2e guerre mondiale, les attentats visaient les forces occupantes et les collaborateurs. Les résistants étaient appelés terroristes par l’administration nazie. Mais ce n’étaient pas eux qui terrorisaient la population…

Les attentats attribués aux anarchistes visaient des personnes bien précises, se focalisent sur des juges, des procureurs, des politiques. Leur message était clair: pointer du doigt la classe opprimante de la société. Une exception: celle des illégalistes; dans leur esprit, il ne s’agissait pas d’effrayer, mais de se réapproprier les biens spoliés par les bourgeois. Par ailleurs, ils s’attaquaient essentiellement aux beaux messieurs et à leurs serviteurs (domestiques et forces de l’ordre).

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(Attentat à la Chambre par Vaillant, 1893: quelques blessés. Les médias débiles existaient déjà à l’époque. Coïncidence? Leur titre principal s’appelait « Le petit journal »)

A la même époque, surgissent les anarchistes nihilistes russes, souvent associés aux courants évoqués dans les lignes précédentes, et les militants nationalistes, aux objectifs totalement opposés. Si les nationalistes reprennent les méthodes des anarchistes, et visent des personnalités particulières, ils ne partagent pas nécessairement les objectifs égalitaristes des anarchistes. En cela, ils peuvent être associés à l’assassin de Lincoln: ce sont des meurtriers par idéal dont l’espoir est d’influer par des actes individuels sur la politique générale.

Les attentats contre les sommités, Napoléon III, le duc de Berry ou Napoléon Ier, visent des personnes en particulier, cherchent à avoir un effet direct sur la politique en en supprimant ce qu’ils estiment être les pièces les plus importantes de l’échiquier. Glissons sur les parallèles des attentats contre de Gaulle, Kennedy, Ghandi, etc.

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(Assassinat du duc de Berry, 1820; j’adore celui-ci: j’essaie d’imaginer comment Louvel (un ouvrier réputé bonapartiste) est parvenu à se glisser entre tout ce beau monde sans éveiller les soupçons: on devrait s’en inspirer)

Il faut encore remonter pour rappeler les assassinats et tentatives d’assassinats à l’époque de la révolution françaises: Lepeletier de Saint-Fargeau est peut-être la première victime républicaine d’un acte terroriste. Député de la Convention, il venait tout juste de voter la mort de Louis XVI, qui allait être guillotiné le jour suivant. Marat sera ensuite assassiné par Charlotte Corday, elle aussi pensant pouvoir arrêter naïvement le cours de l’histoire en tuant l’homme qu’elle croyait à l’origine du sang répandu. L’année suivante, Robespierre et Collot d’Herbois sont les cibles d’une double tentative d’assassinat (présumée). Détail intéressant: Robespierre considérait -peut-être à raison- que cette double tentative faisait partie d’une machination plus large pour le discréditer et justifier la contre-révolution. Laquelle finit d’ailleurs par arriver.

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(L’assassinat de Lepeletier de Saint-Fargeau, le 20 janvier 1793. L’intérêt principal de ces gravures de la fin du XVIIIe Siècle est surtout de nous donner une idée des lieux représentés)

La Terreur -qui n’exista pas réellement, selon Jean-Clément Martin; qui fut même une invention après-coup, selon Hervé Leuwers-, était ce phénomène complexe dont l’objectif, lorsqu’elle était rouge, était de décourager les ennemis de la Révolution et, lorsqu’elle était blanche, avait l’objectif rigoureusement inverse. Il serait intéressant d’analyser en profondeur ces moments tragiques de l’histoire de France, tout en les recontextualisant par rapport à la période précédente (l’Ancien Régime, qui se manifestait par une moyenne de plusieurs centaines d’exécutions par an) et à la réaction contre-révolutionnaire. Mais ce texte prendrait des proportions insupportables.

On peut discuter à l’infini sur les motivations de tous ces auteurs, mais une chose est certaine: il n’y a eu, en Europe, que des terroristes d’extrême-droite pour abattre, aveuglément, le glaive, les balles, les bombes sur des groupes inoffensifs, avant l’arrivée des attentats qualifiés de djihadistes et liés aux courants Al-Quaida, Daesh, etc.

J’y pense à chaque attentat, et je le constate encore ce matin en lisant les nouvelles venues de Manchester.

S’attaquer à un concert de jeunes pour les jeunes, comme le fait de s’attaquer à des terrasses de café, des trains de navetteurs, des rames de métro ou des vacanciers dans un aéroport, outre évidemment le côté totalement inefficace de l’action (en quoi cela affaiblirait-il les positions stratégiques des agresseurs au Moyen-Orient? L’Otan se fiche complètement des victimes), outre le caractère éminemment, odieusement, pragmatiquement lâche de l’attaque (en s’attaquant à ce type de cibles, on évite le rapport de force, manifestement inégal dans d’autres occasions, mais on détruit des individus incapables de se défendre), ne peut signifier, dans l’esprit des auteurs, qu’une chose: oeil pour oeil, dent pour dent. Nous nous mettrons au niveau de vos avions qui bombardent nos villages, nos fêtes de mariage, nos écoles et nos hôpitaux; nous ferons pareil.

Les mouvements de gauche et les groupuscules anarchistes fidèles à leurs idées n’agissent pas de cette manière et évitent les attentats aveugles.

Si les gauchistes, les anarchistes avaient vraiment agi dans le même registre, ce n’est pas le patron de Renault ou le chef du syndicat patronal allemeand qu’ils auraient assassinés, mais leurs enfants; ce n’est pas Moro qu’on aurait retrouvé dans une voiture, mais des églises de beaux quartiers qui auraient sauté; ce n’est pas dans la chambre des députés que Vaillant aurait jeté une bombe, mais sur la place d’un marché.

Or, ce n’est pas ce qu’ils ont fait.

Le jour des fous

mai 1st, 2017

Breughel représente ici la lutte symbolique du carnaval (à gauche) et du carême (à droite), lequel doit gagner, puisque le temps est avec lui. C’est la fin de la fête, la fin de l’abondance.

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La promesse de la fin de la lutte qui s’annonce le 7 mai prochain est typiquement celle-là: après cette date, Françaises, Français, on vous demandera gentillement de serrer votre ceinture, surtout quand vous pointerez à l’hosto ou paierez le matériel scolaire de vos enfants.

La seule solution, je le crains, c’est de faire durer la bataille… que le jour du carnaval, celui où les maîtres n’existent plus, ont pris leur place légitime au sein du peuple, ne cesse jamais.

Ma collection de tableaux de maitres

avril 23rd, 2017

J’ai chez moi quelques superbes tableaux, et je voulais vous en faire part…

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Une fresque pour laquelle j’ai dû détruire un couvent.

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Celle-là non plus n’a pas été facile à transporter, puisque c’est aussi une fresque… Il a fallu casser toute un église d’Arezzo…

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J’ai une sympathie particulière pour les primitifs flamandes, et alors?

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Et pour finir:
campagne

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Profession de non-foi

avril 5th, 2017

Il ne s’agit pas d’un chèque en blanc.

J’aime bien la personnalité de Jean-Luc Mélenchon, mais je ne l’héroïse pas. Je ne suis pas aveugle, je sais d’où il vient. Mais je vois aussi la dynamique qu’il représente et surtout la dépersonnalisation de son programme.

J’attends beaucoup du projet de constituante et, à moins d’une trahison d’une ampleur telle qu’elle ferait passer celle de Hollande pour une dispute de bac-à-sable, je crois fondamentalement que cette constituante est une chance comparable pour les Européens à celle de 1789. Ce sera le moment des cahiers de doléances. C’est une porte ouverte vers la fin d’un Ancien Régime de moyenne catégorie -le régime présidentiel. C’est la possibilité de mettre fin au système des ministres. C’est la possibilité de confronter des idées en ébullition depuis quelques décennies. Les Français redécouvriront des discours clairs et cohérents qui s’élèveront au-dessus des mots abscons et volontairement imbuvables de juristes et d’énarques. Il y a des tonnes d’idées démocrates intéressantes. C’est une possibilité de discussion gigantesque à l’échelle nationale qui pourrait déboucher sur quelque chose comme la démocratie directe.

Et par effet domino, parce que la France est culturellement une fenêtre pour les Européens qui impressionne, à tort ou à raison, cela pourrait mener à des changements considérables. A condition qu’on ne se laisse pas embobiner par ceux qui prétendent conserver les manettes sous prétexte de Grande Peur et de Terreur.

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Après l’Europe, qui sait?, l’Amérique Latine et l’Afrique… Et après ça, le Canada et certains pays d’Asie… Je sais que ça peut paraitre utopique, mais, désolé, il faut penser large, sinon on se perd dans un quant-à-soi ridicule.

Dans le climat actuel, la non-application de son programme en cas d’élection, c’est-à-dire essentiellement la constituante, le refinancement des services publics, le retrait de l’Otan et de ses implications guerrières, la négociation avec les partenaires des BRICS et d’autres pays non-alignés sur l’UE, la réappropriation de l’énergie et des centres de production stratégiques, etc., et donc la renégociation des traités (suivie immanquablement par l’article 50) signifierait une telle ébullition sociale que le gouvernement n’y survivrait pas.

Par ailleurs, JLM n’est pas seul: il doit assumer qu’une partie de ses soutiens, dont il dépend, veulent cette révolution citoyenne. Il n’a pas le soutien des banquiers et des médias, donc il doit s’appuyer sur ses troupes.

Enfin, c’est comme ça que je le vois.

Peut-être que je m’illusionne, mais je préfère alors cette illusion-là (je ne crois pas que ce soit une illusion) à l’espoir mis dans Asselineau ou dans un autre petit candidat dont la visibilité est (malheureusement) quasi-nulle. Je sais que pour un anar ça peut paraitre paradoxal, mais la seule voie actuellement viable pour tenter de remettre un peu de beurre sur les pâtes des Européens pauvres, c’est la FI par effet domino…

Y’a rien à tirer des 5stelle, y’a rien à tirer de Podemos, y’a rien à tirer de Syriza, y’a rien à attendre du Brexit conservateur, et des mouvements comme Die Linke ou le PTB ne sauraient se lever qu’avec un argument de poids comme celui d’un gouvernement français de gauche qui menace de sortir de l’UE.

Après, je ne suis pas en train de mettre ma tête sur le billot en toute confiance. Ce que j’aimerais, c’est contrôler le bracelet électronique autour de la cheville de JLM, évidemment. Mais bon, c’est ça ou une bonne vieille révolution.

Et je sais, je vois, que les populations ne veulent pas d’une bonne vieille révolution.

Croyez bien que j’en suis le premier désolé.

Death Porn

mars 31st, 2017

L’exhibitionnisme n’est plus une maladie, mais la norme.

Qui ne s’exhibe pas devient suspect, sinon des autorités, au moins de l’audience générale.

L’inclusion est toujours plus excluante : qui n’est pas dedans est forcément dehors, et qui ne suit pas reste à la traine.

Le discours commun accompagne l’événement, et l’événement semble créé du discours commun. Illusion, mais généralisation d’un phénomène plusieurs fois centenaire, autrefois réservé à un espace relativement restreint, noblesse et cour, puis étendu à une classe, la bourgeoisie, qui, finalement, ne se distingue de la première que par un certain nombre de conventions et d’usages dont on discute la réalité ((Joseph Morsel, dans son livre, L’aristocratie médiévale (Ve-XVe Siècle), Armand Colin, 2011, montre avec talent -même si j’ai des doutes sur quelques passages- que ce que nous appelons bourgeoisie, vue de notre temps, et réalité d’ancien régime, accompagne le pouvoir aristocrate, s’y greffe et s’y confond en grande partie.)).

Ce phénomène de mode, de convention, fait de conformisme plus que de création, et d’exhibition de la personne plus que de l’individu ((En droit romain, la personne possède, l’individu existe.)), s’est ensuite étendu à la classe moyenne. Et aujourd’hui, internet rend les choses plus rapides et plus immédiates. On partage des éléments de sa vie qui, autrefois, faisaient partie de notre intimité. Ce que nous portons, ce que nous achetons, les endroits où nous allons, sont partagés ((Bien plus que ce que nous faisons.)), au sens qu’ils sont révélés, auprès de notre audience, dans le même esprit, mais à une échelle autrement plus importante, que ce que la bonne société faisait à travers les chroniques, les gazettes, puis les magazines qui en racontaient -et en racontent encore- les péripéties.

Mais ceci s’étend à des domaines auxquels on aurait pu ne pas s’attendre : si la dernière coiffure ou la couleur des ongles récemment adoptée ne surprennent plus, on peut s’étonner de la floraison des photos rapidement prises des plats préparés chez soi ou commandés au restaurant avant d’être mangés, et qui sont diffusés sur la toile bien avant leur digestion.

C’est tout juste si l’on ne pourrait pas supplier l’auteur des photos d’épargner sa nourriture tant la vitesse de partage a atteint des sommets.

L’internet sans fil disponible dans les restaurants permet d’éviter le décalage temporel entre l’exhibition et l’ingestion. Une boisson surmontée d’un petit parasol, une paire de gants ou de chaussures, achetées, consommées, ne sont pas moins fréquentes.

Les poètes anti-consuméristes ne sont pas en reste. « Une pierre, un arbre, un nuage » (C. McCullers) peuvent aussi servir de prétexte à un partage, sans doute plus gratuit, mais pas moins révélateurs d’un besoin d’exister aux yeux des autres non pas à travers un discours, un travail ou une pensée, mais via un élément hors de soi que l’on s’approprie par sa fixation dans l’image.

Il peut y avoir de la beauté dans cette futilité aussi.

Mais dans le même temps, les médias télévisuels multiplient les expériences dites de télé-réalité. Les exploits des appartements fermés partagés par une douzaine de candidats éliminés un à un par des systèmes d’élection au moins aussi douteux, sinon plus, que ceux des campagnes politiques, ont laissé la place à une multitude de variantes : des plus exotiques, et conservant un système sélectif pernicieux mais balancé par des voix suaves et des debriefings ((Comme pour « Death porn », je n’ai pas cherché de version française pour ce terme.)) permettant une catharsis ambiguë, aux plus inattendues, telles ces émissions qui proposent à une personne de l’aider à métamorphoser son apparence physique ou celle de son appartement, en passant par des concours de cuisine ou des comparaisons professionnelles. Le concours devient permanent, l’exhibition se généralise dans tous les domaines. On peut s’interroger sur la moralité de telles émissions, mais il faut reconnaître que dans une société qui valorise les relations marchandes, les échanges commerciaux et dénigre de plus en plus les échanges sociaux fondés sur la gratuité et les relations désintéressées, où le héros est celui qui gagne, et non pas celui qui aide, il est difficile de culpabiliser des producteurs qui proposent simplement à des milliers, voire des millions d’individus, de prendre sa part de célébrité, puisqu’il s’agit précisément de ce que la société moderne sociale-libérale propose comme principale possibilité d’accomplissement de soi. On est loin de l’idéal de recherche de bonheur que proposait la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen en 1789 ((Et de la Constitution américaine.)).

Reconnaissons-le, les jeux télévisés sont déjà très vieux et certains vainqueurs, par le passé, ont connu une certaine notoriété. Les compétences intellectuelles ou sportives étaient alors privilégiées, même si on peut s’interroger sur les critères d’excellence proposés par ces jeux, déjà. Puis, la chance, voire la fourberie ont commencé à être encouragés. La complexité des règles de certains jeux permet de faire gagner non pas celui qui sait plus ou fait mieux, mais celui qui a tiré les bonnes cartes. De nouveau, entre un principe méritocratique dont on peut discuter longtemps de la pertinence morale et une désignation par le sort d’un vainqueur, on ne sait trop à quoi donner sa préférence. Mais ensuite sont venus d’autres principes encouragés par ces jeux comme par les émissions de télé-réalité : le double-jeu, la traitrise, l’hypocrisie. Il s’agit d’éliminer l’autre avant qu’il vous élimine, quitte à réduire vos propres chances de victoire finale. Les affinités ou les intérêts communs passent au second plan, voire nous desservent. Forcément, les coups dans le dos se multiplient. C’est le règne de Loki, le dieu de la discorde. C’est le réflexe d’Apollon qui crache dans la bouche de Cassandre pour en dénigrer la parole. C’est la préférence de l’apparence au vrai. Il y a quelque chose de la tragédie grecque portée à son pinacle, mais surtout banalisée, généralisée, et, alors que le théâtre antique, lui, devait éveiller les spectateurs sur les excès à éviter, il semble que la télé-réalité cherche à nous inciter à la démesure et à l’orgueil. Non, plutôt à la vanité.

Et tout ceci de longue date est encouragé par des commentateurs, des animateurs, qui dédouanent le tricheur, voire encouragent ce qu’ils transforment en « beau geste ». Si tel joueur de football marque de la main, sans que l’arbitre ne le voie, il en est justifié par la cause qu’il défend, c’est-à-dire, bien sûr, non pas celle de son propre portefeuille, mais celle du pays qu’il propulse à l’étape suivante de la compétition. Si tel commentateur avait été irlandais et non pas français, dans un exemple célèbre, il n’aurait pu que condamner le geste du fauteur et réclamer la déchéance de l’équipe dont, dans notre dimension, il loue le jusqu’au-boutisme. Comment ensuite parvenir à un jugement cohérent lorsqu’il s’agit de responsables politiques ou de comportements des dirigeants de grandes entreprises ?

Perspectives.

Tout ceci ne nous dit pas vers quoi nous allons. La pornographie amateure, qu’on pourrait presque appelée « artisanale », si la pornographie professionnelle pouvait être qualifiée d’industrielle, devient le symbole des limites que l’on s’attend de mois en mois à voir franchir. J’avoue ne pas savoir laquelle des deux a précédé l’autre, de l’exhibition des plats au restaurant ou de celle des ébats sexuels. Mais c’est d’une synthèse des deux que m’est venue l’idée saugrenue qu’il ne m’étonnerait pas de voir surgir sur internet, voire à la télévision.

Peut-être cette idée est-elle plus révélatrice de l’état de démence de notre société que de mon propre état de santé mentale. Je ne suis guère qu’un historien qui tente d’observer le monde dans lequel il évolue en fonction du temps long, dans le souhait, d’ailleurs, que ce temps long l’emporte sur le temps court et sur l’immédiateté. Ce souhait, qui peut paraître arbitraire, est le produit d’une réflexion intellectuelle, que l’on retrouve chez des penseurs morts depuis longtemps, depuis Hegel, Marx ou Kropotkine, jusqu’à observateurs contemporains tels que Todd, Lordon, Onfray, Bricmont, Attali, etc. Des personnes qui ne sont pas sur la même longueur d’onde, donc, mais qui partagent au moins une chose : que la réalité ne se mesure pas sur le seul temps présent.

Prochaine frontière

La dernière intimité est peut-être aussi le dernier lieu de notre solitude.

Ce lieu, c’est celui de notre mort. On meurt solitaire. Que l’on agonise à l’hôpital, dans la compagnie d’autres malades et dans la sollicitude d’aides professionnelles, ou que l’on décède accidentellement chez soi sans avoir eu le temps d’appeler au secours, on meurt en réalité dans la solitude, parce qu’on est le seul ou la seule à mourir au moment où on le fait.

Même si l’on partage un accident de moyen de transport collectif ou si l’on meurt dans une bataille, la réalité du phénomène de la mort est qu’on ne la partage pas.

C’est sans doute ce qui fait qu’elle effraie le plus les hommes qui, généralement, n’aiment pas la solitude. C’est aussi sans doute a contrario pour cela que les plus stoïciennes d’entre nous, les moins pris par cette peur sont des solitaires, parfois misanthropes, même s’il s’agit parfois d’une façade de désillusion.

Mondragon allégorie de la mort

La mort est peut-être la dernière intimité. Et donc peut-être la prochaine barrière, la limite suivante qui sera franchie.

On peut l’imaginer sous deux profils différents.

Tout d’abord, sordide et crue, mais correspondant bien aussi bien à cette expansion de l’exhibition telle que nous la connaissons aujourd’hui, sans cependant exclure qu’elle suivrait un phénomène déjà très ancien. Monet peignait sa femme sur son lit de mort, Madame Tussaud réalisait des masques de cire à partir de masques mortuaires et les exposait au grand public, et ces masques mortuaires accompagnent les maisons depuis Agammemnon, depuis les cérémonies funéraires des Romains, qui exposaient les masques mortuaires des ancêtres à chaque enterrement. Les cérémonies américaines, « à cercueil ouvert », sont dans la même veine et ont sûrement une explication historique similaire. Demain, des sites nous proposeront des images, voire des films autour de morts, ou même d’agonisants. Il existe déjà des sites qui proposent aux proches d’un défunt de se recueillir ensemble autour de sa figure, mais ce n’est pas de cela qu’il s’agira. Généralement, ces sites ne proposent pas d’images du défunt dans son dernier état, mais plutôt des photos souvenirs de l’époque où il partageait notre histoire. En fait, ce que ces nouveaux sites proposeront sera la généralisation de ce qui a été réalisé pour Lénine pendant plus de septante ans, l’exposition de sa momie, combiné à ce que l’on a pu voir pour le pape Jean-Paul II : une véritable exhibition de son agonie pour le plus grand plaisir des béats qui s’imaginaient assister à une ascension en direct. Quel dommage qu’il n’y ait pas eu de mise en scène telle que celle imaginée par Dino Risi dans « le bon roi Dagobert », où, à la fin, Coluche, mort, est monté à l’aide de treuils vers le ciel.

Aux plus belles assiettes pourraient succéder les plus belles agonies ou les plus belles figures mortuaires. Et plus seulement pour les seuls princes, présidents ou artistes, mais pour madame et pour monsieur tout-le-monde.

Enfin, la mise en scène de ce genre d’exhibition rejoindra le cadre d’une émission de télé-réalité. Une demi-douzaine de familles s’affronteront autour, chacune, d’un parent ou d’une parente sur le point de quitter cette vallée de larmes. Il s’agira de rivaliser d’inventivité pour promouvoir, par des critères esthétiques ou spectaculaires, celui ou celle qui est sur le point de nous quitter, mais avec le sentiment d’avoir une dernière fois contribué à la pérennité de sa maison. Une forme de retour ponctuel de l’importance des familles, de la manse, de la domus telle que l’histoire et l’anthropologie nous la présentent dans son importance à travers le temps et l’espace. Il y aura une forme de revanche un peu futile de la vieille ennemie de l’individu à travers cette émission ((Des émissions de jeu proposaient d’ailleurs ce type de promotion, où des familles s’affrontaient dans des épreuves amusantes. Mes souvenirs en remontent aux deux dernières décennies du XXe Siècle, mais je suppose que, ci ou là, le fait existe encore.)).

La mise en scène de la mort ne serait ni une nouveauté ni quelque chose d’incroyablement choquant. Mais notre société de consommation avait pris l’habitude de reléguer la mort à des espaces et des temps relativement restreints et isolés. On est loin de l’époque où le cimetière entourait l’église qui se trouvait au centre du village. Les cimetières ont progressivement été évacués des villes ((Je viens de lire que celui de Monaco a quitté le Rocher dans la décennie même où la Principauté adopta ce qui allait faire sa fortune, le tourisme et le casino, vers 1860. Ce n’est donc pas si ancien. Vienne avait exclu ses cimetières quelques temps avant la mort de Mozart, par souci d’hygiène. Quand on voit une ville tentaculaire comme São Paulo, on est en droit de se demander ce qui arrive aux défunts qui ne sont pas incinérés. Les Romains nous ont laissé des routes qui font penser un peu à l’idée exposée ci-avant : un étalage de tombes et de monuments mémoriels nous rappellent que nous sommes vivants et que nous allons mourir. Si les pierres tombales ont longtemps été le privilège des personnes aisées, voire riches, il arrive qu’elles nous cherchent à nous rappeler que le défunt continue de vivre avec nous. Les gisants se redressent, redeviennent altiers et s’exposent dans le meilleur de la forme de qui ils représentent)).

Ce genre d’émission en arriverait à permettre des situations paradoxales, où deux mourants se faisant face pourraient être amenés à compatir l’un pour l’autre. Le premier mort aurait ainsi le privilège d’assister (presque) à la mort de celui ou celle qui mourra après lui. Jusqu’ici, le philosophe pouvait dire que la mort n’arrivait qu’aux autres, puisqu’on n’assistait jamais à la sienne propre, mais désormais, on pourra en direct visionner les images de sa propre agonie. On ne sait trop évidemment dans quel état, mais le sordide peut-il avoir des limites ?

De quoi la France est-elle le nom ?

mars 7th, 2017

Cette nuit, j’ai fait un curieux rêve. Je suivais les infos. On annonçait le décès de Mélenchon. Des images de ses derniers moments en public passaient en boucle. Comme on sait si bien le faire sur les chaines idiotes. J’ai passé le reste de la nuit dans le désespoir, incapable dans mon sommeil de faire la différence entre le songe et la réalité.

La puissance du rêve est parfois telle qu’elle emplit le corps de certitudes. Chez moi, c’est le plus souvent des réveils de personnes disparues, qui se réaniment et viennent me parler, telles que je me souviens d’elles. Ces moments me font parfois du bien, même si je me réveille alors au bord des larmes.
Mais là, dans le contexte politique que nous connaissons, mon imaginaire produisait l’état d’esprit dans lequel je serais en cas d’échec de JLM. J’étais tout simplement mal.

A bien y réfléchir, Mélenchon représente un espoir pour des millions de personnes, notamment des personnes comme moi qui ne croient plus ou n’ont jamais cru aux élections. C’est peut-être un songe creux. Peut-être Mélenchon est-il « comme les autres », ainsi que m’en préviennent certains, et c’est possible. Mais comme le temps des révolutions est loin et que, physiquement, je me sens de moins en moins capable de les assumer, je me dis qu’une dernière tentative, et surtout la relative modération des promesses (constituante, retrait de l’Otan, renégociation des traités UE), tout cela semble… accessible, possible, et même tellement raisonnable, bien plus que mon collectivisme libertaire…

Imaginez les mois de fièvres de la constituante! JLM, vous produiriez une onde de « tourisme politique » telle qu’on n’en a plus connu depuis les premières années de Cuba ou la Ière Internationale…

Imaginez le choc de la sortie de l’Otan! Les cartes enfin redistribuées, de nouvelles relations entre un pays important et les pays des Brics et autres dits « émergents ».

Imaginez la renégociation des traités UE dans ce double contexte! Ne fut-ce que l’onde d’espoir pour des millions de déshérités de cette instance verticale insouciante du sort de ses travailleurs, et l’onde de choc pour son aristocratie…
Rien que pour ça, je voudrais être français et voter.

Etre obligé de se justifier, etc. III

mars 6th, 2017

Suite de ceci.

Depuis 2011, la guerre a ensanglanté la Syrie, l’Irak et d’autres lieux, périphériques ou non, pour des raisons qui se situent dans le Croissant fertile.

Je ne sais pas qui me dira le vrai de la guerre au présent; je ne suis pas plus capable de rejeter ou d’entériner un témoignage quel qu’il soit, qu’il s’agisse d’un journaliste de grand média, d’un reporter indépendant, d’un civil sur place, d’un civil émigré et réfugié chez nous. Toute personne est présumée de bonne foi jusqu’à preuve du contraire: je crois fermement dans ce principe, du moins tant qu’il s’agit de justice. Mais, en tant qu’historien, je ne peux que soumettre tout témoignage aux filtres de la critique historique.

Or, ces filtres sont à la fois nombreux et exigeants.

Il ne s’agit pas seulement de douter de la bonne foi du témoin, diplomate ou habitant d’une ville bombardée, général ou journaliste, mais aussi de poser la question de la partialité de son témoignage.

Ensuite, il faut rappeler que chaque témoin n’a pu qu’assister qu’à une portion étroite de la réalité que constitue une guerre. Le témoignage, outre partial, ne peut être que partiel. Il faut donc en cumuler de nombreux, souvent contradictoires, pour envisager une vision d’ensemble.

En outre, l’interprétation des faits auxquels chaque témoin a assisté peut être faussée par des éléments de mise en scène, des mensonges, des masques. La guerre de Mandchourie a été déclenchée par un attentat ferroviaire attribué à un camp et en réalité fomenté par un autre. Les provocations telles que la canonnière du Nankin, la dépêche d’Ulm, le couloir de Dantzig, l’appel à l’aide des Eduens, etc. Dans le cas syrien, les deux parties attribuent à l’autre les mêmes faits criminels. On sait tout de suite de quoi je parle.

Enfin, et ce filtre n’est pas le plus mince, la guerre crée des moments de stress incomparables, des situations extrêmement vives, ne permettant pas d’asseoir un témoignage sur une sereine ataraxie, mais aussi des traumatismes violents qu’il serait pour le moins maladroit de laisser de côté.

Quadruple raison pour laquelle le jugement à chaud de la situation d’une guerre ne saurait être légitime pour produire une réaction en rapport avec le juste.

Ce n’est pas parce qu’un témoin, en toute bonne foi, attribue à un camp tout le malheur qui s’est abattu sur sa famille que cela nous légitimerait à prendre parti contre ce camp et, a fortiori, en faveur d’un second camp. Pour un témoin dans un sens, on en trouvera un dans l’autre. Par ailleurs, le premier témoin, toujours de bonne foi, aura pu assister à une toute petite séquence de la guerre qu’il subit. Dans chaque guerre, les armées sont composées de soldats capables d’agir dans des sens très opposés. Peut-on imaginer qu’il y a autant de militants sincèrement égalitaires d’un côté que de l’autre? Et si je me trompe, cela signifie qu’une moitié des personnes que je connais et qui ont pris parti pour un côté mus par ce sentiment se trompent.

Il ne s’agit pas ici de prétendre à une neutralité confortable ou munichienne. Le prétendre est se tromper, voire tromper. La neutralité, d’ailleurs, n’est jamais confortable, car elle s’attire les foudres des deux côtés.

N’allez pas croire que je n’ai aucune empathie pour les images qui nous arrivent de Syrie ou pour les témoignages oraux ou écrits. Mais aucune autorité déléguée n’apparait légitime pour obtenir moyens, armes ou hommes dans le conflit en question, tant les parties y sont floues et discutables. Il y a des communistes du côté d’Assad, des Kurdes au milieu, des militants légitimes de l’autre côté. Mais surtout, il y a de tous côtés des pions dangereux et illégitimes, des arrivistes et des criminels, des éléments arrivés d’autres côtés de la frontière syrienne et dont les motivations ne sont ni démocratiques, ni libertaires, ni égalitaires. Les alliances se renversent, les cibles changent, les civils souffrent au milieu. Les sondages, les enquêtes, les humanitaires lancent des messages contradictoires.

Je ne prétends pas non plus me laver les mains de tout cela. J’écoute souvent des avis qui ne sont pas les miens. J’ai changé d’opinion sur bien des sujets ces vingt dernières années, et je ne prétends pas avoir raison sur tout. Mais je pense avoir toujours été et être encore fidèle à mes valeurs de gauche, de liberté et d’égalité, sans lesquelles je me sens démuni de mon identité.

La réalité de la Syrie n’était pas très différente de la réalité du Congo, par exemple, au moment de son explosion. L’état de la Syrie d’aujourd’hui n’est pas très éloignée de celui de bien d’autres régions où l’Otan et ses affidés sont intervenus. Des millions de gens souffrent, sont exilés, blessés, mutilés, tués. Des millions d’individus. Mais c’est le cas dans de nombreuses régions du monde, et il semble que seules certaines doivent faire l’objet de nos foudres vengeresses. Ces plaintes sélectives n’ont aucun sens.