« Venez, venez dans la rue »

juin 21st, 2013

Eclaircissements sur le mouvement de protestation brésilien, en particulier à São Paulo

Ces deux dernières semaines, un large mouvement de protestation dans plusieurs grandes villes du Brésil a semblé rassembler des centaines de milliers de personnes dans les rues, donnant l’apparence d’une vague uniforme. Rien n’est pourtant moins évident.

Comme souvent au Brésil, quand il s’y passe quelque chose, il s’en passe beaucoup trop. En périphérie des interrogations légitimes sur la mobilisation de l’argent public en vue des événements sportifs des années 2014 et 2016, dont les exigences urbanistiques ont de larges répercussions sur des quartiers entiers de personnes souvent en état de fragilité importante, ce sont aujourd’hui des mouvements de protestation impressionnants qui secouent de nombreuses villes du pays, à commencer par les deux plus importantes en terme de population : Rio et São Paulo.

Et ce n’est pas tout : une proposition d’amendement de la constitution, connue sous le terme PEC37, propose de limiter le pouvoir d’investigation du Ministère Public, ce que nombre de personnes pensent être une espèce d’action de protection des politiciens contre la justice. La réalité est plus confuse : selon certains juristes, c’est le PEC33 qui est bien plus dangereux à cet égard, visant à « limiter l’autonomie du seul pouvoir qui ait encore un peu de respect au Brésil », nous précise Leandro Kfouri Bianchini, juriste pauliste. Ce pouvoir, selon lui, c’est la Cour Suprême, espèce de garde-fou contre les abus les plus flagrants de la classe politicienne brésilienne, mélange de Cour Suprême américaine et de Cour Constitutionnelle européenne. L’épouvantail PEC37 agité par la presse et de nombreux manifestants, semble, lui, vouloir mettre un peu d’ordre dans la confusion des attributions judiciaires ((Voir pour information le site suivant : http://www.anonymousbrasil.com/politica/uma-analise-sobre-os-textos-das-pecs-33-e-37/)).

Dans un autre ordre d’idée, une proposition de loi vient encore d’être renvoyée aux calendes grecques, probablement en raison de l’agitation actuelle. Cette proposition a connu une récente notoriété sous le nom de « cura gay » ; elle est censée permettre aux psychologues de « traiter » les homosexuels. Cette proposition de loi émane de députés membres d’Eglises Evangéliques. Par contre, « il n’y a pas de loi autorisant le mariage gay au Brésil, mais la Cour Suprême a déclaré qu’il était anticonstitutionnel de les empêcher. Et donc, dans la pratique, ils se font, » nous explique Leandro.

MPL et les origines des agitations

C’est donc dans cette ambiance que les slogans ne pouvaient manquer à l’appel du MPL ou « Mouvement du Passe Libre » (Voir encadré), qui, depuis plusieurs années, milite pour un meilleur accès aux transports collectifs ((Collectifs, mais pas vraiment publics, puisque ces transports sont contrôlés par des entreprises privées.)), et surtout à moindre coût. Une toute récente augmentation du prix des transports collectifs (métro, bus), dans les principales villes du pays, a mis le feu au poudre. Le MPL a réussi à galvaniser une grande quantité de personnes, notamment des étudiants, qui, comme les médias européens l’ont fait savoir, ont longuement manifesté, tant à São Paulo, qu’à Rio et ailleurs, jusqu’à obtenir, ce 19 juin, la suppression de cette augmentation des tarifs.

« Groupe de militants depuis 2005 pour l’instauration du « passe libre » à São Paulo, le MPL s’est transformé en un mouvement national de lutte pour une nouvelle gestion de la mobilité urbaine, basée sur le transport public, gratuit et de qualité. Le MPL estime que cet objectif est possible si l’Etat renonce à ses investissements dans les transports privés et les reportent sur les transports publics. », d’après Dirceu Franco, historien. « Le MPL est un mouvement social indépendant et horizontal, sans président, dirigeant, chef ou secrétaire »

Ces manifestations furent tout d’abord très froidement accueillies par les couches sociales traditionnellement réactionnaires, et notamment par les médias. Mais suite à certaines violences policières, touchant notamment des journalistes, on eut une impression de retournement de la situation. « Ainsi, dit Amanda Vasconcelos Brito, étudiante en histoire de l’art, nous sommes passés d’une manifestation de « vandales » (comme la presse voulait la qualifier), à une « manifestation légitime d’un état démocratique » (pour moi, ce l’était depuis le début). » Désormais, ce n’était plus seulement les groupuscules d’extrême-gauche, les libertaires ou les seuls mouvements citoyens qui s’enflammaient, tant sur la toile que dans la rue, mais une bonne partie de la population bien-pensante, mais cette fois agitée de nouveaux slogans tels que « Je suis brésilien et fier de l’être », « Assez de corruption », « Pas de parti », vite rejoints par « Tous contre Dilma » (Dilma Rousseff étant l’actuelle présidente de la République), voisinant des « Non au PEC37 » et des appels à ne pas venir à la Coupe du Monde de l’année prochaine.

« Un ami vient de me dire que nombre de ses amis réactionnaires ne cessent de poster des trucs contre le gouvernement actuel. Tous veulent en profiter, évidemment… Des choses du genre : Plus de Bolsa Familia ! » ((Bolsa familia est un programme d’aide aux plus démunis, généralement attribué sous forme d’une carte de crédit alimentée mensuellement et mise à la disposition, la plupart du temps, de mères de familles.)), nous rapporte Bianca Antunes, rédactrice et éditrice à São Paulo. Ces « manifestants issus de la classe moyenne (…) semblent depuis un bon moment (et même depuis toujours, je crois) mécontents du gouvernement du PT, on parle même déjà d’une procédure d’impeachment de la présidente. Comme si ça allait résoudre quelque chose », constate Amanda.

Les critiques contre la présidente de la République, légitimes à d’autres occasions, n’ont guère de sens ici : « L’augmentation (des tarifs de transports) est le fruit d’un accord entre les gouvernements des Etats et ceux des villes », nous apprend Plinio Birskis Barros, licencié en Lettres de l’Université de São Paulo. Rien à voir, donc, avec l’Etat Fédéral. Mais tout est arrivé, comme dans un entonnoir, sur les images des manifestations, et la présidente a toujours été la cible privilégiée des classes sociales les plus réactionnaires. Par facilité surtout, car, si donc Dilma Rousseff peut être critiquée aussi bien sur sa gauche que sur sa droite, il faut également rappeler qu’elle gouverne avec une coalition de centre-droit et que son élection fut soutenue, Etat par Etat, par pratiquement tous les hommes d’influence qui désiraient se placer dans le sillage de la popularité de Luis Ignacio Lula da Silva, le précédent président.

Cette confusion a fini par noyer le fond du message du MPL, dont la critique sociale était bien plus profonde que les seuls 20 centimes de real supplémentaires par billet de bus. Mais non pas comme la presse bien pensante tente de le faire passer, c’est-à-dire un mouvement poujadiste de rejet du gouvernement fédéral. « Qu’il soit bien clair que la Globo (principale chaîne de télévision privée) et toutes les autres n’appuieraient jamais un mouvement qui lutte contre l’augmentation (des tarifs de transport) ; ils ont voulu tirer la couverture à eux, et ils y sont arrivés », selon Plinio. « A partir de vendredi (14), les médias ont commencé à promouvoir un discours de « Ce n’est pas seulement pour les 20 centimes » (…) J’ai tout de suite pensé : quelque chose va mal, avant même de déceler la stratégie de la droite. (…) Hier (18 juin), la manifestation confondait déjà les choses (…), d’autres thèmes, d’autres panneaux commençaient à surgir, portés par un groupe ridicule enrubanné dans le drapeau du Brésil, chantant « je suis brésilien, avec beaucoup de fierté et beaucoup d’amour ». La lutte contre les tarifs était encore présente, mais rejointe par des arguments étranges contre la Coupe du Monde, contre la corruption et contre Dilma. Voilà la stratégie de la presse : nous dirons que ce n’est pas seulement contre l’augmentation, mais aussi contre la corruption du gouvernement du PT, de sorte que nous neutraliserons le mouvement et nous liquiderons Dilma devant le monde entier… »

Ce qui n’était pas du tout l’objectif du MPL. D’après Dirceu Franco, historien, c’est l’industrie automobile qui est en ligne de mire. « Depuis au moins soixante ans, l’industrie du pneumatique et des véhicules est responsable, au Brésil, d’une partie significative des emplois offerts chaque année. Ces grands entrepreneurs sont depuis longtemps plus forts que les gouvernements eux-mêmes. L’exemple le plus récent est la succession de réduction de la taxe sur les produits industrialisés dans leur domaine. Le gouvernement de Dilma Rousseff a perdu tous ses bras de fer avec l’industrie de la voiture. » Le MPL remet en question l’importance accordée depuis le président Juscelino Kubitchek au développement du transport privé. Ce qui n’est pas du tout du goût des médias traditionnels… et suffit pour expliquer la récupération…

Depuis la manifestation du jeudi 13 juin dernier, le mouvement de contestation s’est donc trouvé peu à peu confisqué au MPL, non seulement par ces dizaines de slogans à la limite du poujadisme, mais aussi par une presse qui, apparemment retournée par les violences policières, en a profité pour mettre en exergue toutes ses critiques contre le parti de la présidente, flattant donc par là la frange droitière du pays. On entend dire dans les manifestations « La seule bannière acceptable est celle du Brésil. » Le MPL avait eu beau répéter qu’il ne refusait la présence de personne, ni d’aucune bannière, il souffrait naturellement des faiblesses de son type de mouvement : horizontal, sans chef, sans service d’ordre, il fut vite débordé par les initiatives qui s’agglomérèrent autour de lui, qu’elles viennent de groupuscules désireux d’en venir aux mains ou de briser des vitrines ou de faux protestataires dont le souci principal est de préserver leurs privilèges.

Le mouvement homogène n’existe donc pas, ou plus : il s’agit désormais de grandes tendances, souvent contradictoires, certaines clairement cautionnées par les grandes chaînes de télévision et les journaux généralement les plus suivis par l’Establishment. Ces oppositions devaient fatalement tourner au vinaigre ; au cours de la manifestation du 20 juin, des heurts opposaient les porteurs de bannières brésiliennes et ceux qui portaient les couleurs de partis ou de mouvements sociaux. Ce sont les premiers qui semblent s’être emparé du terrain.

Dirceu Franco: « Ecoute, vraiment, le mouvement dominant, c’était la bannière contre la corruption. Derrière, un grand groupe du PT/CUT/MST.
Hélène Châtelain: « Le MPL n’est plus là? »
Dirceu: « Le MPL est là aussi. »
Hélène: « Et cette bannière contre la corruption… Elle est comment? »
Dirceu: « En tissus, avec du bleu, du blanc et du noir. »
Hélène: « Non, je veux dire: critique sociale ou droite conservatrice? »
Dirceu: « Ah… Droite conservatrice. De la pire espèce. Personne ne parle de lutter contre la mafia des transports, ou de participer de la distribution du budget municipal. Ces bannières, à l’exception de celles du MPL, sont assombries par la droite conservatrice aujourd’hui. Je ne sais pas. Je crois que ça va se démobiliser, vraiment… » ((Voir aussi: http://www.cartacapital.com.br/politica/militantes-de-partidos-e-movimentos-sociais-viram-alvo-em-sao-paulo-6932.html.))

Ces mouvements peuvent-ils être animés par une « connexion centrale (…), le sentiment d’injustice et de faillite des Pouvoirs de l’Etat brésilien -en particulier des Pouvoirs Exécutif et Législatif », comme le fait remarquer Leandro Kfouri Bianchini ? « Il existe une idée collective selon laquelle nos gouvernants et législateurs sont corrompus, font un mauvais usage de la machine publique et de l’argent public, qu’il est investi dans des travaux surfacturés et superflus (comme les stades de la Coupe et les installations pour les Olympiades), alors que nous manquons d’hôpitaux de qualité et bien équipés, des écoles, alors que le transport public est bien trop cher et inefficace, etc. Pour résumer en quelques mots : les montagnes d’argent que nous payons en impôts ne sont pas employées correctement, et ne reviennent jamais à la population, (ceci menant à) l’élaboration de lois qui ne bénéficient qu’aux gouvernants eux-mêmes -y compris pour les protéger des crimes qu’ils commettent. »

Le problème, note encore Leandro, c’est que cette connexion est ténue, parce que « les intérêts (des manifestants) sont très hétérogènes, bien qu’unis par un sentiment commun d’injustice. Et donc, chacun dans la foule crie une chose différente. Les uns défendent la liberté d’expression, les autres la réduction des impôts, les autres une meilleure sécurité publique, et ainsi de suite. »

Leandro, optimiste, se réjouissait encore le 19 juin de la présence de « pauvres et de riches, de noirs et de blancs, de travailleurs et de chômeurs, de docteurs et d’analphabètes, de gays et d’hétéros, de protestants et d’athées, qui tous luttent côte à côte. »

Trop optimiste ?

Vendredi 21 juin… Suite à la dernière manifestation organisée la veille, et qui fut marquée, comme nous l’avons dit, par des marques d’hostilité de nombreux manifestants à l’égard des mouvements sociaux et des partis, y compris ceux qui sont partie prenante depuis le début aux revendications du MPL, ce dernier décide de ne plus organiser d’actions pour le moment… Sans doute la prudence et le dégoût de la récupération du mouvement par des ensembles réactionnaires ont-ils contribué à cette décision. En dépit des déclarations d’un porte-parole temporaire, leur conquête resssemble bien à une victoire à la Pyrrhus.

Même jour. Plinio revient de manifestation… Il était du côté gauche… Du côté droit sont arrivés des projectiles, objets enflammés, bouteilles… Une sur sa tête…
Leandro était peut-être trop optimiste, mercredi…

A suivre…

La confusion des genres – extrait 1 (pages 7-9)

juin 18th, 2013

Restaient finalement nos pauvres carcasses de « reduci » jetées à la risée de ceux qui nous avaient quittés sous prétexte de réalisme et de pragmatisme et en tout cas de ceux qui ne nous considéraient que comme des obstacles d’envergure moyenne ou médiocre, des espèces de facteurs incontournables, mais à la limite utiles en ce qu’ils justifiaient à la fois les budgets sécuritaires et la démocratie qui nous tolérait, disait-on, parce que, bonne poire, elle tolère tout, même ce qui la conteste de manière non démocratique, à condition que l’on joue le jeu de la démocratie, ce qui se mordait la queue, certes, mais ne dérangeait presque personne, car comment montrer à mon beau-père, et c’était là la deuxième faiblesse que je ne me pardonnais pas, mon incapacité à convaincre les personnes que j’aimais, que, contrairement aux assertions des journaux, nous n’étions en réalité pas plus libres de contester la démocratie telle qu’elle existait sous le prétexte qu’elle n’existait pas en essence, puisque justement elle nous laissait la contester pour autant que nous ne critiquions pas son essence. Cela me rappelait ces chrétiens qui se targuaient d’être libres parce qu’ils avaient choisi, disaient-ils, de se soumettre à Dieu de la manière qu’ils avaient estimé conforme, mais qui refusaient de considérer que cette soumission consistât en une limite substantielle de leur liberté, comme ces « libres penseurs » britanniques, pour lesquels il n’existait qu’une limite : celle de la foi en Dieu. Comme si la liberté devait s’imposer des limites, perdre son essence pour exister. Par exemple, s’il était impossible de la considérer hors du carcan de la propriété privée, dont la fonction première, avant de donner un droit à quelqu’un, était bien d’en priver tous les autres. J’avais de la considération pour mon beau-père mais je ne pouvais m’empêcher de lui trouver un esprit étroit et incompatible avec un raisonnement logique à plusieurs étages comme il était nécessaire de poser pour expliquer mon point de vue, surtout que la patience n’était pas exactement sa principale vertu et que lorsqu’il commençait à voir qu’il perdait pied, plutôt que de me réclamer des éclaircissements, il me laissait en plan en me disant que mon raisonnement ne tenait pas debout. Il me fallait bien reconnaître que les faiblesses qu’il manifestait étaient le lot de la plupart des personnes que je connaissais en dehors de nos cercles de militants et je constatais qu’il fallait sans doute se situer en dehors du système de pensée établi pour en comprendre les défauts. Mais cela n’est pas suffisant, car, si vous vivez depuis votre naissance hors de ce système de pensée établi, vous n’en saisissez pas plus les défauts que si vous y êtes ; et j’en dois conclure qu’il faut y avoir vécu et en être sorti pour le comprendre effectivement. Toute l’équation réside alors dans la problématique : comment en sortir ? Et par là même, je posais la question : comment en étions-nous sortis ? Et, peut-être plus difficile encore, comment ceux qui se moquaient de nous y étaient retournés ?

Il me semblait que je réinventais le mythe de la caverne augmenté de cette nouvelle inconnue à l’équation qui impliquerait que certains philosophes, après avoir vu les idées dans leur réalité, auraient décidé de retourner s’enchaîner, et je ne voyais guère comment convaincre Roberto de la quitter, lui pour qui les écologistes signifiaient la surtaxation de son camion ; les socialistes la multiplication des impôts sur les petits patrons autonomes dont il était ; les communistes une engeance qu’il fallait interdire d’exercer la politique puisqu’ils étaient opposés à la liberté d’entreprise, donc à la liberté tout court ; les anarchistes guère autre chose que des terroristes que rien ne distinguait des musulmans qui obligeaient leurs femmes à porter des vêtements dont il ne parvenait à retenir ni les noms, ni les définitions ; les féministes des emmerdeurs (et plus généralement des emmerdeuses) dont la tâche était achevée depuis des décennies et qui ne savaient pas quand il fallait s’arrêter.

Des racines? Carrées!

avril 24th, 2013

De quoi avons-nous besoin?

De la certitude que nous allons mourir? Peut-être…

De manger? Non, puisque nous allons mourir.
De pouvoir nous exprimer? Mais non, nous allons mourir…
De pouvoir nous soigner, suivre des cours,nous déplacer? Nenni, nous allons mourir.

Par contre, la liberté d’entreprendre, elle, nous est indispensable. Et tant pis si, renforçant celle-ci, nous nous dégarantissons tous les autres droits.

Critiquer le nucléaire? Pourquoi faire? Nous allons tous mourir, laissez-les donc rentabiliser le moindre atome à nos risques et périls.

Remettre les traités européens en question? Horreur! C’est toutes les traditions européennes, chrétiennes, d’ouverture et des Lumières que nous voulons hypothéquer! Et puis, de toute façon, nous allons mourir…

Nous n’avons pas de racines, nous ne sommes pas raisonnables, pourquoi ne laissons-nous pas les hommes d’affaires nous diriger? Ne savent-ils pas mieux que nous ce qu’il faut faire pour que nos décès arrivent au bon, au juste moment?

Ne comprenons-nous pas? Nous devons laisser l’Etat garantir la propriété et l’entreprise; tout le reste, c’est de la restriction de l’entreprise, c’est du pognon jeté par la fenêtre. Et comme nous allons tous mourir, l’argent, c’est bien plus important, ne comprenons-nous pas? Cet argent, c’est l’argent que les pères des pères des pères des pères de nos riches maîtres et patrons qui l’ont fait naître, l’ont fait croître, l’ont nourri, l’ont soigneusement distribué (au mérite, à la naissance, à leurs fils), méticuleusement, histoire de s’assurer que le Produit Intérieur, ou National, ou International Brut poursuivrait son éternelle ascension, parce que c’est notre gloire, notre identité, notre assurance… Parce que, finalement, face à l’infini, l’important, ce n’est pas la souffrance des hommes, des femmes, des esclaves, des salariés et des indépendants (faux ou non), des serfs, des sans-terre, de tous les autres qui contribuent avec leur sueur aux accumulations de patrimoines dans les indécences de la City ou des records d’altitude du Qatar, non, l’important, c’est que l’histoire retienne le nom de Rockfeller et de Vanderbilt, de Soros et de Mittal.

Rassurons-nous, dans cent ans, tout le monde aura oublié les noms des familles mises sur la paille par les quelques milliers de celles qui se partagent la toute grande majorité des biens et revenus sucés sur la Terre.

Qui se souvient des noms qui se cachent sous le Carnegie Hall?

Ah, les philanthropes! Les grands hommes!

Les philanthropes!
Qui dénoncent le radicalisme, l’extrémisme, le terrorisme, les restrictions de la liberté,… enfin, celle d’entreprendre, évidemment…

En d’autres temps, des hommes comme moi auraient appelé à ce qu’on les bombe, les poignarde, les pende… Aujourd’hui, des lois scélérates me l’interdisent. Elles nous durrutisent. Elles nous berkmanisent. Ah! Je suis pleutre, car des lois pareilles existaient déjà dans ces autres temps…

Radical, moi?

Bien entendu, je suis radical. Je dois être radical! Je suis radicalement pour la liberté (pas celle d’entreprendre, la liberté tout court), l’égalité, la démocratie, je suis radicalement pour la vie, le droit à la santé, le droit à se servir dans la soupe des aliments produits par la terre et le travail, le droit à se vêtir en dépit du droit des affaires et des traités commerciaux, le droit à jouir d’un toit et d’un système de chauffage en hiver, malgré le droit de l’entrepreneur immobilier; je suis radicalement contre la primauté du capital, de la finance sur tout le reste; je suis même contre le droit du travail ou du mérite face au droit à la vie et au pain; je suis radicalement contre la primauté de l’image historique, de l’esprit de la nation sur la vie des hommes, le droit à chercher le bonheur dans l’espace de temps auquel chacun a droit dans la mesure des possibilités les plus larges et dont chacun devrait pouvoir disposer selon son désir; je suis radicament pour le droit à fuir la misère, la guerre et la bêtise religieuse contre le droit des frilosités.

Par contre je suis modérément pour le droit à la sécurité; de toute façon, n’allons-nous pas mourir? N’avons-nous pas assez appris « Vivre libre ou mourir »?

Il semble qu’on préfère un peu trop « vivre en cage plutôt que mourir »…

Radicaux, nous? Extrémistes? Si vous le dites! Nous sommes extrémistes parce que vous l’êtes! Nous sommes radicaux, parce que vous l’êtes! Vous êtes notre extrême comme nous sommes le vôtre. Européistes, libéraux, sociaux-démocrates, vous êtes des extrémistes. Vous êtes des terroristes. Vous êtes des criminels. Mais, naturellement, l’histoire est de votre côté…

A ce jour, nous déclarons tout qui s’attaque, ne fut-ce que d’une once, aux soins de santé, à l’enseignement ou aux transports publics, ennemi des hommes et des femmes.

A ce jour, nous déclarons tout qui privilégie la sécurité des biens à la liberté d’expression, de pensée ou au droit au confort de vivre, ennemi des femmes et des hommes.

A ce jour, nous déclarons tout qui s’accroche à des soucis d’identité et à des valeurs même bien emballées pour justifier leurs bombes, ennemi des hommes et des femmes.

A ce jour, nous déclarons tout qui repose sur un dogme, un livre, une mystique le droit de réduire ceux des autres, ennemi des femmes et des hommes.

A ce jour, nous déclarons tout qui privilégie le droit à bétonner pour aller plus vite, plus loin, plus fort contre la liberté de maintenir son environnement, ennemi de l’homme.

Pendant l’exposition, les travaux continuent…

avril 11th, 2013

Ce blog n’est pas fermé, il est en souffrance de temps et de motivation, mais il n’est pas question, encore, qu’il meure…

En attendant, j’invite la lectrice et le lecteur à déclarer ennemis du peuple tous ceux qui s’attaquent toujours un peu plus aux soins de santé, à l’enseignement, aux transports publics, qui bradent la vie des femmes et des hommes au nom d’une austérité qui sert de cache-sexe à une politique qui doit faire mouiller l’ex-dame-de-fer « là où elle est », qui vous vendent des nécessités là où il n’y a que celles des amasseurs, qui considèrent comme superflu ce que chacun est en droit de considérer comme essentiel dans sa quête du bonheur terrestre; je les invite aussi à ne jamais renoncer à la lutte contre la foi, les dogmes, les allumés, les inspirés, les éclairés qui trouvent dans un livre, un haddit, un verset, un évangile, un traité d’économie autrichien la vérité de toute la vie et de tout savoir; je les invite à pendre, fut-ce symboliquement, tous les faiseurs de papier inutile, tous ceux qui n’ont rien à dire qui vaille et qui vous vendent de la consolation; tous ceux qui n’ont d’originaux que leurs plans commerciaux; n’hésitez pas à pendre Amélie Coelho, Alain Nothomb ou Paulo Minc; n’hésitez pas à jeter au feu… pardon, au recyclage, les livres imbéciles de Bernard Glucksmann ou André-Henri Lévy; ne votez pour aucun parti qui a ait fait preuve de son attachement au courant dominant, qui vous vend toujours plus blanc avant élection, et repasse les mêmes soupes le jour d’après…

Essayez autre chose.

Essayez de travailler moins, de consommer moins, de planter des graines pas homologuées Grosse Industrie, de moins râler sur le temps et de chauffer moins vos pièces chimiquement isolées; de refonder des liens avec le libraire, le maraîcher et le boucher; de vous acheter un vélo, d’apprendre à le regonfler, à réparer un pneu, à remettre une chaîne, à la huiler; d’arrêter de chier sur les transports publics et de vous reporter sur les files de conducteurs tout seuls dans leurs grosses berlines; et de penser à tout ce qui fait qu’on va dans le mur…

Lisez Kropotkine, Proudhon, Bakhounine, Malatesta, Debord, Goldman, Luxembourg, Marx, Goodwin, Lucien, Epicure, Chomsky, Jorion, Miller (Henri et Arthur), McCullers, Steinbeck,…

A plus tard, qui sait, sur les barricades?

Dernier tango à Davos

janvier 18th, 2013

On a tort de dire que les capitalistes ne savent pas se remettre en question. En fait, quelque part, on aimerait qu’ils le fassent… moins.
Je reçois dans ma boîte mail le dossier de l’Echo Week-end, à paraître, avec en tête le titre « Profil bas à Davos ». Tiens, peut-être un acte de contrition en projet sur les hautes montages de la finance et du pouvoir? Pour rappel, Davos est ce petit lieu cossu isolé dans les hauteurs helvètes où chaque année se réunissent les auto-proclamés maîtres du monde d’en bas (en attendant celui des cieux, naturellement); ceux-ci invitent dans leurs anneaux généralement l’un ou l’autre élu du peuple -les moins repoussants-, histoire de montrer qu’ils sont ouverts aux choses de la démocratie.

Une forme de consécration, de reconnaissance, pour ces valets. Bref…

Généralement, l’arrogance de « ceux de Davos » n’a d’égal que les mesures de sécurité qui entourent leurs réunions. Il est rare de trouver dans leurs discours des traces de compassion envers les syndicats, de sympathie pour les mouvements alternatifs ou d’ouverture à l’invite des paysans sans terre. En général, leurs réunions se soldent par des appels à plus de liberté (d’entreprendre), moins de contrôle (sur les déplacements d’argent), ce genre de choses, et surtout des critiques aux auteurs de lois allant dans le sens inverse.

Croissance, dérégulation, privatisation sont les éléments de langage les plus agréables à ces précieuses oreilles.

Mais bon…

Par ces temps de crise, qu’il est de plus en plus difficile de n’attribuer qu’aux méchants gouvernements (qui sont méchants, de fait) ou aux sans-papiers, il fallait bien qu’ils admettent… mais quoi? On verra ça ce week-end… Ou plutôt, cherchons l’article sur le web, qui sait? Il est peut-être déjà en ligne. Tapotons « Profil bas à Davos »…

Ah ben non, pas d’article de 2013, mais… tiens… un article intitulé « Davos a adopté un profil bas »… On y lit:

«Plus personne ici (à Davos, donc) n’ose dire que, puisque c’est le business qui sauvera le monde, il ne faut pas gêner le business, explique un participant. Responsables d’entreprises et politiques sont bien obligés d’admettre certains dysfonctionnements de la mondialisation». Comme celui d’une finance globalisée, souvent pris en exemple à Davos, notamment par le Nobel d’économie, Joseph Stiglitz.

Participant samedi à une table ronde, il a pu dénoncer les méfaits d’une finance globale sans garde-fous, devant un parterre de patrons, sans être contredit. «Ces considérations n’auraient jamais eu droit de cité ici, il y a encore peu, estime le directeur général de l’Organisation internationale du travail Juan Somavia. Car avant, Davos était trop occupé à faire du business pour s’angoisser».

Oh ben ça alors.

Quelle audace dans les éléments de langage!

D’un article qui remonte à

2004

Et oui…

9 ans plus tard, Davos repart-il à la pêche aux indulgences?

Tardi refuse la breloque…

janvier 3rd, 2013

Contrairement à beaucoup, Jacques Tardi, que je flattais pas plus tard que deux posts plus… bas (sur cette page), ne parvient toujours pas à nous décevoir… Il a refusé la Légion d’Honneur et on ne peut que l’en féliciter…

Vive l’anarchiste!

Extraits d’Imbrications

décembre 21st, 2012

De mon incapacité à convaincre les personnes qui m’étaient proches depuis tant de temps (et que dire de mon frère, qui venait d’accepter de se présenter aux prochaines élections parlementaires sous une bannière qui criminalisait depuis presque toujours tous les mouvements auxquels j’avais participé depuis la fin de mon adolescence), je ne ressentais aucune frustration, aucun sentiment d’inaboutissement, seulement un énorme complexe de culpabilité, du fait que j’estimais avoir l’intelligence nécessaire pour les amener à nous suivre et que, n’y parvenant pas, cela ne pouvait signifier qu’une seule chose : c’était ma propre personnalité, prétentieuse ou méprisante, comme on me l’avait déjà soulignée, qui les empêchait de s’accorder pour changer de route et participer à un monde effectivement meilleur, plus égal et plus libre, moins dangereux et moins désespéré. Pourtant, au cours de maintes discussions, je m’étais aussi entendu dire que, si je me présentais, les mêmes personnes qui me taxaient d’orgueil surdimensionné et de mépris pour leurs intelligence, juraient qu’elles voteraient pour moi, persuadées que j’apporterais quelque chose de nouveau et peut-être parviendrais à résoudre les problèmes qui les touchaient particulièrement. Comme il n’en aurait pu être question, les élections dans le cadre d’une démocratie représentative figurant pour moi l’aboutissement de l’exploitation intellectuelle des masses et ne pouvant en aucun cas permettre l’émancipation des populations, je me renfermais lors de ces discussions dans un discours brumeux –souvent lié à l’alcool y ingurgité- qui devait justifier de ma position (« Nan, c’est pas de l’antiparlementarisme primaire ! Et, nan, j’suis pas poujadiste ! ») et qui ne servait généralement qu’à faire croire à mes interlocuteurs que ma paresse restait plus forte que mon ambition révolutionnaire ou que mes belles idées n’étaient destinées qu’à les rester (« un’idea, un concetto, un’idea, Finché resta un’idea, é soltanto un astrazione… »), qu’en fin de compte ma position politique n’était qu’une posture –au moins, évitais-je probablement le terme d’imposture de la part de ceux qui m’aimaient.

décembre 14th, 2012

J. TARDI, Moi René Tardi prisonnier de guerre au Stalag IIB, Casterman, 2012.

Jacques Tardi ne nous déçoit pas, même quand il se met en difficulté.

Plus de 160 pages de récits relatant l’histoire d’un soldat de la IIe guerre mondiale.

Ce serait peut-être banal ou juste un témognage intéressant si ce n’était pas le travail de Jacques Tardi, qui parvenait à nous toucher sur la Guerre de 14-18, à laquelle avait participé son grand-père; cette fois, c’est son père, servant d’un char Hotchkiss, capturé dès 1940, qui raconte à son fils dix ans de sa vie, de 1935 à 1945. René Tardi passera notamment plus de quatre ans dans un stalag allemand, sur la Mer Baltique. Un récit étonnant, présenté comme un dialogue entre le père prisonnier et son fils âgé d’une quinzaine d’années. Tardi s’est inspiré, pour reconstruire cette belle relation avec son père décédé depuis 1986, des cahiers que ce dernier avait rédigé pour lui quelques années avant de mourir.

Changeant de période, d’horizon, il n’est plus en France, ni aux alentours des années 1910. Son souci du détail, de l’information, mêlé à son sens de la mise en scène, de l’adaptation, nous offre plus qu’un reportage au sein du monde des prisonniers de guerre. Il prête également à son père ses vieux réflexes anarchistes -à moins qu’ils ne fussent authentiques-, ce qui n’est pas pour nous déplaire. A un détail près, Tardi ne cherche jamais à embellir ou à manipuler l’histoire pour nous la rendre. Il la dessine telle qu’il la lit.

Tardi, pour la première fois à ma connaissance, se déshabille lui-même et n’hésite pas à montrer la passion qu’il devait éprouver pour son père, une passion de petit garçon qui vécut ses premières années sans son père, d’un adolescent bouleversé par le caractère fermé, colérique de son paternel.

Le résultat, c’est probablement l’un des meilleurs opus (auquel ont participé ses enfants et sa femme) de ce géant sans Dieu, ni maître, comparable en vigueur à « Ici-même » et dans le souci de la reconstitution à « C’était la guerre des tranchées ».

Jacques Tardi, une fois de plus, n’a pas pu nous décevoir.

Dialogue des Maures

novembre 30th, 2012

%-Ah mais alors, vous êtes athée?

&-Pardon?

%-Vous êtes athée?!

&-…

%-Vous ne croyez pas en Dieu, n’est-ce pas?

&-Ah, non, pas plus en Dieu qu’en…

%-Oui, bon, vous ne croyez pas en Dieu, donc vous êtes athée.

&-Je ne sais pas, c’est vous qui voyez.

%-Vous êtes quoi alors?

&-Je suis rationaliste.

%-Comment? Pourquoi rationaliste?

&-Je suis rationaliste, ça veut dire que je base mon discours et ma pensée sur la raison et l’observation.

%-Mais moi aussi.

&-Ah? Alors vous ne croyez pas en Dieu non plus?

%-Mais si!

&-Ah bon? Comment vous faites?

%-Pardon?

&-Comment vous faites pour croire en Dieu en basant votre discours et votre pensée sur la raison?

%-Et bien, mais, comme Pascal ou Descartes, Voltaire, John Locke, aussi: la raison me sert pour tout ce qui est observable et me permet de douter de tout, sauf d’une chose: Dieu.

&-Ah, je vois. Donc Dieu existe?

%-Oui.

&-Pourquoi?

%-Ah ben, Dieu est cause de Lui-même, évidemment. Dieu est cause première et dernière.

&-Dieu existe parce que Dieu existe alors?

%-…

&-Je n’ai pas l’impression que ce soit très rationnel, ça.

%-Attendez-attendez-attendez: on *peut* être rationnel et croire en Dieu, non?

&-Ben, je ne sais pas, je me demande comment vous l’expliquez. Je veux dire, comment vous pouvez l’expliquer *rationnellement*.

%-Tout de suite les grands mots. Mais donc vous êtes athée.

&-Oui, bon, disons-le, je suis athée, puisque je n’ai pas le choix de l’appellation.

%-Comment ça? Ben si, vous pourriez choisir de croire en Dieu ou d’être agnostique.

&-Ah, j’ai le choix, alors?

%-Evidemment, vous êtes libre: Dieu vous donne le choix de croire ou ne pas croire.

&-C’est le libre-arbitre?

%-Voilà, c’est le libre-arbitre. Vous êtes libre de choisir la voie éclairée ou de plonger dans l’obscurité de l’ignorance.

&-Ah, vu comme ça… Mais donc j’ai le choix, alors?

%-Ah oui, vous avez le choix de prendre le bon ou le mauvais chemin. La lumière ou les ténèbres.

&-En connaissance de cause?

%-Ah oui, sinon, ce n’est pas un choix.

&-Ah parfait… C’est mieux comme ça… Mais… J’y pense… Quels sont les abrutis qui choisissent le mauvais chemin en connaissance de cause?

%-Et bien… Les orgueilleux… Les pervertis… Ceux qui sont tentés par le péché d’incroyance… Ceux qui refusent l’amour de Dieu… Ceux qui refusent de craindre Dieu…

&-Attendez, attendez, là, j’ai un problème…

%-Lequel?

&-Et bien, si je choisis en connaissance de cause, cela signifie que je choisis de croire en Dieu ou non en sachant que Dieu existe, non?

%-…

&-Quand vous me dites que j’ai le choix de croire ou de ne pas croire en Dieu en connaissance de cause, ça signifie que j’ai le choix de croire ou non en Dieu en sachant que Dieu existe…? Ou non?

%-…

&-J’imagine mal le contraire. Donc, un athée, selon cette idée, c’est quelqu’un qui sait pertinemment que Dieu existe mais qui choisit de ne pas croire en Dieu?

%-…

&-Je vous sens dubitatif, là. Douteriez-vous de quelque chose?…

%-…

&-Je plaisante… En tout cas, maintenant, vous voyez peut-être pourquoi je n’aime pas beaucoup l’appellation d’athée. Lorsque vous me dites “athée”, vous me définissez par rapport à un concept que vous avez adopté -Dieu- et sur lequel, en un sens, je n’ai pas envie de me prononcer, mais vous voulez que je me prononce. Imaginez qu’un type vienne me dire que le Père Noël est à l’origine de toute chose, il faudrait que je me définisse aussi comme apèrenoël… Ca ne vous paraît pas un peu lourd?

%-…

&-A propos, vous êtes apèrenoël?

(généralement, c’est alors que commencent les imprécations du genre « agressif », « mécréant », « enfer », « pas de dialogue possible »… Parfois, c’est beaucoup plus tôt…)

La preuve que Dieu n’existe pas n’est pas obligatoire…

novembre 27th, 2012

… Il suffit de montrer que Dieu n’est pas nécessaire…

Or, la théorie de l’évolution et le principe anthropique permettent de montrer comment le monde que nous connaissons a pu prendre naissance, se développer et évoluer jusqu’à ce jour. A l’instar de Laplace, nous pouvons dire que nous n’avons pas besoin de l’hypothèse de Dieu pour expliquer l’existence du monde. Est-ce suffisant? Cela ne le sera jamais à ceux qui ont besoin d’une cause, d’une raison.

Mais, comme Dawkins le montre abondamment dans son livre « Pour en finir avec Dieu » ((Le livre roboratif et efficace de Richard Dawkins, Pour en finir avec Dieu, est paru en français chez Robert Laffont, en version de poche dans la collectin Tempus.)), l’hypothèse de Dieu, destinée à donner une raison d’être à notre présence plutôt qu’à notre absence bute sur une aporie: pourquoi y’aurait-il un Dieu plutôt que rien? Qui a conçu le concepteur? C’est le coup du mythe indien qui pose que la Terre repose sur une tortue qui repose sur une tortue qui repose sur une tortue….

Donc, Dieu ne justifiant rien, il n’est pas nécessaire. S’il n’est pas nécessaire, rien ne nous oblige à considérer cette hypothèse. Toute personne désirant inclure Dieu dans une théorie scientifique doit donc en montrer la pertinence par des faits et observations scientifiques. A ce jour, rien ne permet de s’en approcher. La théorie du « dessein intelligent », aussi subtile puisse-t-elle paraître, achope elle aussi sur la justification de l’existence de Dieu -Pourquoi un Dieu plutôt que rien?

Il reste que beaucoup de travail reste à faire pour parvenir à convaincre la plupart des gens de la justesse de cette position, à commencer par la mise en mots à la fois intelligente et accessible des faits corroborants la théorie de l’évolution et le principe anthropique appliqué au Cosmos.

Ce principe explique l’existence d’une planète susceptible d’accueillir la vie (la Terre, par exemple) par l’énorme quantité de planète existante dans l’univers connu. Même s’il est très très improbable que la vie apparaisse sur une planète, le fait qu’il existe une quantité énorme de planètes permet d’obtenir une probabilité finalement très grande de conditions permettant l’apparition de la vie sur une planète -à commencer par la nôtre. Cette théorie peut également s’appliquer sur les lois régissant l’univers (et notamment aux constantes de l’univers permettant aux lois de la physique et de la chimie d’avoir une chance de développer la vie.

Quant à la théorie de l’évolution, aujourd’hui corroborée par des millions de scientifiques ayant observé des milliards de faits étalés dans des disciplines aussi différentes que la biologie, la géologie, l’archéologie, la physique, la chimie, l’éthologie, et j’en oublie certainement, elle n’attend qu’une chose: que l’on montre qu’elle ne fonctionne pas. Un grand généticien de la première moitié du XXe Siècle, défié par un popperien borné de dire comment l’on pourrait réfuter la théorie de l’évolution, marmonna cette réponse restée fameuse: « Des lapins fossiles dans le Précambrien. » Le Précambrien remontant largement avant les dinosaures, il devrait être impossible de trouver un lapin dans une couche géologique de cette période. Cette phrase est restée tellement célèbre qu’il y a même eu des tentatives de fraude à son endroit ((Voir http://www.talkingsquid.net/archives/133 par exemple.)).

La génétique et l’établissement de ses lois permettent également de conforter la théorie de l’évolution. L’observation des chaînes de mutation menant à des impasses d’un côté -les plus fréquentes-, à des stades d’évolution plus adaptés d’un autre -les plus rares-, nous permet de montrer comment, depuis l’apparition de la vie, il y a près de 4 milliards d’années, elle a pu évoluer jusqu’à aujourd’hui -et comment, contrairement à ce que prétendent les créationnistes, cette évolution de la vie est longue, très variée et ne répond pas du tout aux assertions bibliques. Le simple fait qu’il a existé des millions d’espèces qui se sont éteintes, que les espèces actuelles sont généralement très récentes, est déjà un signe évident que la « création » est un joli mythe qui n’explique plus rien. Par ailleurs, l’évolution par mutation génétique montre qu’il n’y a pas d’intention dans les mutations, mais simplement une série gigantesque d’accidents qui donnent une infime proportion de succès. Ce qui mène Hawkins à dire qu’un athée a toutes les raisons de se réjouir d’exister et aucune de se lamenter de mourir, car nous sommes les bénéficiaires d’une probabilité extrêmement ténue de pouvoir considérer le monde pendant un temps très réduit, et pourtant suffisamment long pour en apprécier les plaisirs.

A cet égard, une chouette expérience -qui n’est pas démonstrative, mais illustrative- à faire est la suivante: prenons une phrase bien déterminée, assez longue, et une quantité importante de personnes qui joueront le rôle des étapes de l’évolution.

Un premier cobaye prononce la phrase à trois autres cobayes, une seule fois, sans se répéter et sans l’écrire. Le premier cobaye représente le porteur d’un gène qui se reproduit, les 3 autres la première génération de ses successeurs. Ces trois membres symbolisant la 1e génération répéteront la phrase une fois et sans la répéter à, respectivement, trois nouveaux cobayes, qui représenteront donc, à 9, la 2e génération. Et ainsi de suite; à la 3e génération, ils seront donc 27 et à la 4e 81. A la 5e, il faudrait qu’ils soient 243. Au total, l’expérience nécessiterait déjà 364 personnes, à ce stade. Idéalement il serait bon de la poursuivre le plus loin possible, jusqu’à la 10e génération. On peut envisager l’expérience autrement, en se contentant de 2 successeurs à chaque fois, ou alors de partir avec une 1e génération de 10 membres qui ne transmettent leur « gène » qu’à un successeur chaque fois. Cette version de l’expérience n’aurait besoin que d’une centaine de cobayes pour 10 générations. Rien ne nous empêche de produire les deux versions de l’expérience.

L’idée ensuite est que l’on enregistre chaque version du gène transmis pour en observer l’évolution, par les changements accidentels survenus dans la phrase. On suppose que pour que le gène continue de fonctionner et permette à son porteur de « survivre », de « s’adapter », la phrase continue de signifier quelque chose de cohérent. Il est fort probable que dans certains cas la phrase reste exactement telle qu’elle était à l’origine. Dans d’autres, elle aura évolué de manière incohérente -probablement que les porteurs successifs du gène s’en seront émus, mais qu’importe pour notre objectif. Ce qui est intéressant, c’est de voir la quantité et la qualité de ces mutations. Enfin, parmi les mutations, certaines porteront peut-être à une phrase -qui serait pour les besoins de notre expérience le phénotype d’un gène- qui restera cohérente, tout en étant différente de celle d’origine. Ceci illustrerait à une échelle minuscule et de manière très parcellaire à ce qui se passe dans l’évolution. Il faudrait multiplier ce phénomène par le nombre de gènes susceptibles d’évoluer au sein d’un être vivant qui se reproduit, mais aussi par le nombre d’individus se reproduisant, par le nombre d’individus reproduits et enfin par le nombre de génération étendu sur une certaine période. Par cette expérience, les participants pourraient prendre la mesure de la puissance de la théorie de la mutation génétique accidentelle dépourvue de toute intention.

On pourrait aussi réaliser des variantes de cette expérience en mettant les éléments de la chaîne sur une seule ligne et pousser jusqu’à cent, deux cents, trois cents générations. Ou faire comme le propose Dawkins dans son livre de remplacer la phrase par un dessin ou un origami compliqué.

Une école serait à cet égard un excellent lieu où accomplir cette expérience, soumise à un protocole très sérieux, et dont les résultats pourraient envisager une publication. Rien qu’en en évoquant la possibilité, je me demande si cela n’a pas déjà été réalisé.

Dawkins évoque cette expérience, non encore faite par lui, pour montrer la pertinence du principe de l’évolution par mutation dans un autre domaine: la culture. Je trouve l’idée très jolie quoique je ne puisse l’apprécier dans sa subtilité, ne l’ayant pas étudié plus avant. Cependant, intuitivement, elle me paraît juste, ou tout au moins exploitable pour la plus grande joie de nos esprits scientifiques.